Lʹémancipation médiatique selon Framasoft - Pouhiou sur RTS


Pouhiou

Titre : Lʹémancipation médiatique selon Framasoft
Intervenants : Pouhiou Noénaute - Thierry Fischer
Lieu : Émission Médialogues - RTS
Date : avril 2018
Durée : 18 min 45
Écouter ou télécharger le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Chocobozzz - Logo de PeerTube, licence GPLv3
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Les multiples scandales liés à l'exploitation abusive des données personnelles commercialisées par les géants numériques d'Internet incitent de plus en plus les usagers à opter pour des logiciels libres. L'association française Framasoft développe maintenant un système de partage de vidéos sans traçages des visiteurs et sans capitalisation des productions individuelles. Avec Pouhiou Noénaute, vidéaste et porte-parole de Framasoft.

Transcription

Thierry Fischer : Vous êtes sur La Première. Vous écoutez Médialogues.

Une communauté de bénévoles souhaite proposer une alternative à YouTube. La plateforme américaine à but lucratif siphonne démesurément les vidéos mises en ligne gratuitement pas les usagers. En somme, eh bien oui, en somme, il faut que ça change. Pouhiou Noénaute, bonjour.

Pouhiou : Bonjour.

Thierry Fischer : Pouhiou Noénaute, merci d’accorder votre disponibilité à Médialogues depuis les studios de Radio France à Toulouse. Vous êtes chargé de communication de ce projet dont on va décrire les contours et puis, aussi, l’un des artisans de cette nouvelle proposition. Nombreux, c’est vrai, sont celles et ceux qui souhaitent une alternative aux géants américains du numérique, pas seulement concernant YouTube, mais concernant les moteurs de recherche, les plateformes d’échange, réseaux sociaux, etc. Vous allez, bien sûr, nous expliquer tout ce projet. Mais tout d’abord, on va commencer peut-être par le début. YouTube, ça ne vous convient pas ?

Pouhiou : Non. Et pourtant j’ai pu l’utiliser dans ma vie, comme tout le monde j’imagine. Mais non, ça ne me convient pas parce que YouTube, en fait, centralise à la fois les contenus créés par les personnes, mais, du coup aussi, centralise nos attentions, parce que comme on trouve de tout sur YouTube, du cours vidéo de tricot à la vidéo de chatons, eh bien on va forcément aller là et, pendant ce temps que nos attentions sont captées par Google, eh bien toutes nos données personnelles, c’est-à-dire les traces de notre intimité, sont notées par Google et revendues à des publicitaires. Et c’est un modèle qui ne me convient pas personnellement.

Thierry Fischer : Alors ce nouveau projet, qu’on va décrire là dans une minute, est inscrit dans une démarche générale de votre association qui s’appelle Framasoft1. Vous nous expliquez un petit peu la philosophie de cette intention-là et de cette organisation ?

Pouhiou : En fait, Framasoft, notre philosophie ça a toujours été d’apporter des outils concrets pour que les personnes comme vous et moi puissent avoir plus de libertés numériques dans leur vie. Ça, ça a été pendant des années, on a fait un annuaire de logiciels libres, une maison d’édition de romans ou de manuels libres, sous licence libre.

Depuis trois ans, enfin entre 2014 et 2017, nous avons eu une campagne qui s’appelait Dégooglisons Internet, pour éduquer les personnes aux dangers de la centralisation des données personnelles, pour proposer des alternatives2. Nous avons plus de 32 services en ligne qui sont des alternatives aux outils les plus communs qu’on utilise dans notre vie numérique, je peux penser à Doodle, WeTransfer, je ne sais pas, Google Docs, Google Agenda, des choses comme. Et enfin, le but étant de décentraliser ; ce n’est pas de créer une nouvelle centralisation des données chez des Français qui se veulent éthiques, mais le but c’est que vous veniez chez nous, que vous testiez, et que ce soit une première marche vers votre indépendance numérique, vers l’hébergement de vos propres données.

Thierry Fischer : Et cette communauté, c’est une communauté de bénévoles. La caractéristique de ceux qui participent, elle est éducative ?

Pouhiou : Oui. Nous sommes une association d’éducation populaire et c’est très important pour nous. L’idée c’est que le numérique, aujourd’hui, est devenu une partie essentielle de nos vies, de nos sociétés, voire de nos citoyennetés et, du coup, il nous semble important d’apporter des outils absolument concrets pour que des personnes puissent avoir une vie numérique saine. On parle souvent d’hygiène numérique parce que, eh bien, c’est quelque chose qui s’apprend comme on apprend l’hygiène quand on est enfant, en fait. Et le numérique étant hyper-récent dans nos sociétés, on n’a pas encore eu ces réflexes d’hygiène et donc, il y a beaucoup de gens qui essayent d’y penser et d’apporter ces savoir-faire-là.

Thierry Fischer : Quand je dis que la démarche a, en quelque sorte, des racines éducatives, c’est parce qu’on pense aux jeunes, finalement. On leur a donné, le monde des adultes leur a donné une sorte de Ferrari numérique à mettre dans la poche, avec un accès direct à tout, à énormément de choses à travers le monde via le numérique. Il manque un maillon éducatif, finalement, à l’usage de ce nouveau monde.

Pouhiou : Tout à fait. Et les jeunes, mais pas que parce que, finalement, nous-mêmes adultes, ce numérique est arrivé extrêmement rapidement dans nos vies. Je veux dire, je suis né dans un monde sans Internet, sans téléphone sans fil — je ne parle même pas de téléphone mobile, téléphone sans fil — et j’ai vécu toute cette transition numérique-là qui est formidable, qui permet des choses incroyables : je peux découvrir des personnes que je n’aurais jamais découvertes autrement dans ma vie. Mais oui, il y a une notion d’éducation à faire. Or, l’éducation pourrait être pontifiante, quand on fait parfois des cours un peu académiques et tout ça. Nous, notre but, ce n’est pas d’éduquer comme ça ; notre but c’est de dire « regarde, voici un outil pratique, voici un outil concret numérique et, derrière cet outil, il y a des valeurs parce que cet outil fonctionne un peu comme ça ». Et, au final, on essaie comme ça d’apporter un peu plus de savoir aux personnes, vraiment par la pratique.

Thierry Fischer : Et vous, Pouhiou, vous êtes précisément particulièrement impliqué, parce que, outre votre rôle dans cette association concernant la communication de ce que vous faites et la mise en place de ce futur projet, eh bien vous êtes un youtubeur, ce qu’on appelle un youtubeur, mais vous n’aimez pas ce terme !

Pouhiou : Ah non ! Non ! S’il vous plaît, non ! Je préfère le terme vidéaste puisque j’ai créé des vidéos. J’ai cessé ma chaîne il y a un peu plus d’un an maintenant, mais j’avais une chaîne de vidéos sur YouTube qui avait plus de 40 000 abonnés. Et, en effet, le terme youtubeur, je ne sais pas, quelqu’un qui court on ne va pas dire que c’est un « nikeur » ou un « adidaseur », vous voyez ! Donc je ne sais pourquoi je mettrais un logo YouTube. YouTube, pour moi, c’était juste ou outil parce que je voulais faire passer un message à une certaine population, que je savais que cette population était enfermée chez YouTube et que c’était donc là que je devais publier mes vidéos.

Thierry Fischer : Donc prise de conscience, alternative, un nouveau projet se profile. De quoi s’agit-il concernant cette alternative à YouTube, Pouhiou Noénaute ?

Pouhiou : C’est basé sur le logiciel PeerTube3. L’idée c’était de dire il existe déjà des logiciels qui vous permettent de faire votre propre petit YouTube sur votre serveur, si vous le désirez et si vous le savez le faire. Ça veut dire mettre toutes vos vidéos à un seul endroit et puis les gens viennent les chercher sur cet endroit sur Internet. Le problème c’est que c’est pensé de la même manière que YouTube, on centralise les vidéos au même endroit. Si vous n’avez pas un catalogue des vidéos assez grand, eh bien, du coup, les gens vont s’en foutre et ne pas aller sur votre site, simplement.

Thierry Fischer : Comme c’est le cas, par exemple, dans l’usage que l’on peut faire de Dailymotion, plateforme centralisatrice de vidéos, mais c’est français et visiblement ça ne séduit pas grand monde.

Pouhiou : On est bien d’accord. Oui. Ou alors Vimeo qui a un public mais qui est un public, là aussi, assez marginal par rapport à celui de Google. Donc en effet, il y a cette problématique-là de il faut avoir un grand catalogue de vidéos. Google, lui, est obligé de centraliser tout pour capter les données. Mais est-ce qu’on est obligé de faire comme lui ? Est-ce qu’on ne peut pas penser hors de ces sentiers battus. Et donc là, l’idée c’est que PeerTube permette de fédérer des hébergements vidéos. C’est-à-dire que les personnes qui le souhaitent pourront créer leur petit site de vidéos, qui ressemblera à une espèce de YouTube, mais en se fédérant. C’est-à-dire que, par exemple, vous créez « RTS Tube », je crée « PouhiouTube », eh bien si je vous suis, vos vidéos apparaîtront sur mon site. Et ainsi cela permet, en se suivant les uns les autres, d’augmenter le catalogue et de répartir l’espace disque, parce que c’est ce qui coûte cher quand on héberge de la vidéo, la vidéo ça prend de la place sur des disques durs, eh bien ça répartit entre plusieurs personnes qui hébergent différemment. Voilà.

Thierry Fischer : Nos vidéos, en quelque sorte, si je suis un particulier, que je veux créer une fameuse chaîne dans votre système, en somme mes vidéos restent chez moi, mais connecté à l’intérieur d’un réseau, chacun pourra les consulter. Et c’est ça la grande différence.

Pouhiou : Exact. C’est ça la grande différence. C’est une des premières grandes différences. L’autre grande différence, c’est que si vous hébergez des vidéos votre plus grande chose à craindre, techniquement, c’est le succès. Si une de vos vidéos fait le buzz, ça veut dire que plein de personnes, en même temps, iront télécharger la vidéo depuis votre serveur – c’est comme ça que marche un streaming, c’est du téléchargement en fait –, si ça arrive, votre serveur a toutes les chances de tomber. Et là, il y a une deuxième technologie qui rentre en compte, je ne vais pas entrer dans les détails, mais juste, ça permet que pendant que vous, spectateur, vous regardez la vidéo sur votre onglet et que moi aussi je le fais depuis Toulouse, eh bien nos ordinateurs s’échangent des bouts de fichiers. Et ça, ça permet de décharger les serveurs des hébergeurs vidéos. Et avec ces deux solutions techniques alliées, on peut rendre, finalement, la diffusion de vidéos accessible au plus grand nombre. Alors qu’avant il fallait avoir les moyens colossaux de Google Alphabet, une des premières capitalisations boursières au monde.

Thierry Fischer : Est-ce que votre organisation, donc dans cet esprit, va sélectionner la nature des vidéos ; j’imagine qu’une vidéo d’un petit chaton qui fait un saut périlleux ou une vidéo de ce que l’on appelle un tutorial musical, de piano, de guitare ou autre, est-ce qu’il y a une sélection ? Une hiérarchisation et autre ?

Pouhiou : Justement, c’est ça tout l’intérêt, c’est que notre organisation ne sélectionnera les vidéos que pour notre site d’hébergement vidéos à nous. Vous, si vous créez votre site d’hébergement vidéos, vous sélectionnerez les vidéos que vous voulez accueillir ou pas, ou les autres hébergeurs dont vous voulez ajouter les vidéos à votre catalogue. Et c’est ça tout l’avantage. C’est qu’en fait, vous allez avoir tous les pouvoirs que Google a sur YouTube et toutes les responsabilités aussi.

Thierry Fischer : En somme, ça veut dire qu’on peut mettre en ligne un peu tout et n’importe quoi ? Je caricature.

Pouhiou : Techniquement oui. Vous aurez la capacité technique de le faire. Maintenant, à un moment donné, vu que vous avez ce grand pouvoir-là, vous aurez aussi de grandes responsabilités, c’est-à-dire que vous serez légalement responsable, en tant qu’hébergeur, comme peut l’être tenu Google. Donc si vous hébergez des contenus illégaux, par exemple sur des questions de droit d’auteur, eh bien c’est vous qui pourrez être attaqué, même si ce n’est pas vous qui avez produit ces contenus.

Thierry Fischer : Comment, progressivement, va être mise en place cette nouvelle offre, cette alternative ?

Pouhiou : Ça va vraiment être très progressif. Il faut bien se rendre compte que nous sommes une petite association : Framasoft, 35 membres, 8 salariés, soutenue par une très belle communauté de bénévoles et de soutiens. Là, nous allons lancer ce que l’on appelle la bêta, c’est-à-dire c’est le logiciel qui est presque prêt mais un peu vert, pour vous donner un ordre d’idée. Et donc, à partir de là, nous sommes déjà en pourparlers avec des personnes qui souhaitent être hébergeurs vidéo. On espère avoir une petite dizaine d’hébergeurs et d’hébergeuses, donc une petite dizaine de sites reliés ensemble qui commenceront, comme ça, ensemble, la fédération PeerTube. Donc ça c’est le début.

Et ensuite, eh bien grâce à cette première expérience et aux personnes qui vont venir nous rejoindre dans cette aventure, au fur et à mesure, nous aurons des retours. Et puis le développement va devoir continuer parce qu’il y a des fonctionnalités, aujourd’hui, qui sont manquantes dans PeerTube ; par exemple, pour l’instant, il n’est pas possible d’ajouter des sous-titres à une vidéo.

Thierry Fischer : Pouhiou Noénaute, vous êtes représentant d’une association française qui se charge de s’engager et de mettre sur pied ce projet mais, évidemment, l’idée c’est aussi de casser les frontières : c’est pour tout le monde quelle que soit, en fin de compte, la langue, l’origine, la culture ; quel que soit le pays en somme.

Pouhiou : Tout à fait. Ça c’est très important pour nous. D’autant plus que nous avons beaucoup d’expérience ; finalement, l’expérience qu’a proposée Framasoft avec Dégooglisons Internet est assez unique parce qu’elle est vraiment très complète et, cette expérience, nous aimerions bien la documenter pour que d’autres puissent s’en inspirer et l’adapter à leur culture, à leur langue et la reproduire partout sur Internet. Donc ça c’est très important pour nous et nous envisageons, en effet, de vraiment aller parler aux personnes dans d’autres langues sur Internet, leur expliquer le projet et essayer de démarrer, comme ça, un mouvement plus national. Évidemment, pour commencer, on le fait en français, c’est là qu’on est à l’aise !

Thierry Fischer : Est-ce que vous rencontrez des obstacles, des chicanes induites par les géants américains qui finalement, probablement, ne voient pas forcément d’un très bon œil le développement de votre initiative, parce que, très probablement, ailleurs dans le monde il y en a d’autres ? Est-ce que vous subissez des pressions ? Est-ce que vous subissez des chicanes ? Des entraves ?

Pouhiou : Écoutez, pour l’instant absolument aucune et j’ai même l’impression qu’ils ne nous connaissent pas et qu’on est passés sous leurs radars. Donc il ne faut pas leur dire trop fort parce que nous, tant que c’est comme ça, ça nous va très bien. Et après, de toutes façons, si à un moment donné nous subissions des pressions, etc., nous sommes pour l’ouverture et la transparence, nous saurions le dire haut et fort.

Néanmoins il y a une problématique très forte, c’est qu’on a beaucoup de mal, aujourd’hui, à penser par exemple la diffusion vidéo sur Internet autrement qu’en des termes de YouTube. Google nous a, je ne vais pas dire lavé le cerveau, mais est tellement omniprésent, hégémonique, que nous ne pensons plus qu’en ses termes et c’est très difficile d’imaginer hors de ces termes-là.

Thierry Fischer : Oui, dans l’ordre de pensée, dans la logique de l’usager, l’hégémonie de ces géants américains est telle que finalement on ne dit pas moteur recherche, on a le réflexe de dire Google et on fonce dedans.

Pouhiou : Oui. Tout à fait. J’ai un autre exemple. Depuis qu’on parle de ce projet de PeerTube, etc., on a évidemment demandé aux personnes de s’exprimer, de nous donner des idées. Voilà, c’est collaboratif, et beaucoup de gens nous disent : « Pensez à la pub pour rémunérer les youtubeurs ». Alors que, finalement, moi je l’ai été vidéaste, les annonces publicitaires rémunèrent extrêmement mal les vidéastes ; c’est le pire modèle économique qui existe, à part si vous avez plusieurs millions de vues sur plusieurs vidéos. Et que le système du don, le système parfois du placement de produit, pour ceux qui aiment ça, ou du merchandising, sont des systèmes économiques plus viables. Mais les personnes pensent uniquement en termes de youtubeur. Or qui produit de la vidéo et la diffuse sur Internet ? Vous avez aussi les établissements de formation ; vous avez aussi des bénévoles ; vous avez aussi des familles qui partagent des vidéos ensemble ; il n’y a pas que les vidéastes, dont j’ai fait partie, et c’est une communauté que j’adore.

Thierry Fischer : Raison pour laquelle il est important, à vos yeux, de proposer des alternatives pour que, finalement, l’usager ait le choix de ses sources et des plateformes numériques. C’est dans un cadre bien intentionné. Je le disais, votre organisation est composée de bénévoles. Comment vous vous financez pour vous engager ? Parce qu’il faut rendre ça aussi pérenne ; c’est sur la durée que ça va « payer », en quelque sorte et entre guillemets.

Pouhiou : Tout à fait.

Thierry Fischer : Comment vous vous financez ? Quels sont vos espoirs et vos rêves, finalement ?

Pouhiou : On a eu les chiffres sur 2017, la compta de 2017, et donc, que je ne vous dise pas de bêtises, je crois que c’est à plus de 95 % par les dons. Nos services, nous les proposons à l’ensemble de la population sans discrimination et ça semble très important de ne pas les faire payer parce que sinon ça voudrait dire qu’avoir des services web éthiques c’est si nous en avons les moyens, ce qui n’est pas vraiment dans notre philosophie. Du coup, il y a à peu près 3500 personnes en 2017 qui nous ont fait un don. On a récolté plus de 350 000 euros de dons sur l’année 2017 et c’est ce qui nous permet de payer les salariés, de payer les serveurs, de payer aussi les voyages, tout ça, parce que nos membres, nos 35 membres, font plus de 100 interventions par an en France et ailleurs, histoire de pouvoir…

Thierry Fischer : Des interventions dans les écoles, par exemple, dans les institutions ; des conférences, etc. Comment ça se passe ?

Pouhiou : Exactement. Dans plein d’endroits, c’est hyper-varié. Évidemment les écoles, les bibliothèques, des institutions, des regroupements associatifs, des ligues d’éducation populaire, mais aussi des festivals, je pense par exemple au festival Les Geek Faëries qui rassemble des fans de Harry Potter, de vidéastes et de jeux de rôles et qui nous ouvre un espace pour que ces personnes-là puissent en apprendre plus sur leurs libertés numériques.

Thierry Fischer : Pouhiou Noénaute, on va être très pratiques, en fin de compte, celles et ceux qui nous écoutent en Suisse romande et qui auraient envie d’adhérer non seulement à la philosophie de votre projet, mais concrètement adhérer à votre association, est-ce possible en Suisse romande ? Serait-il possible d’avoir une antenne de Framasoft en Suisse romande dans cet esprit-là ? Qu’en est-il ?

Pouhiou : Il n’y a pas de possibilité d’adhérer à Framasoft, parce que l’idée de Framasoft c’est qu’on est une asso par cooptation. Les membres sont juste des personnes qui vont travailler plus dur dans les coulisses de l’asso. Mais, par contre, n’importe qui peut venir et contribuer à n’importe lequel de nos projets. C’est ouvert et nos bras sont grands ouverts, même si, parfois, on peut être maladroits. Voilà, on est tout le temps débordés et donc on peut mettre parfois un peu de temps à répondre ; mais on est ravis de recevoir des contributions et on travaille là-dessus parce que c’est essentiel. Donc n’importe qui peut dire j’ai envie de faire une antenne de Framasoft en Suisse romande ou j’ai envie de faire des soirées pour présenter les choses de Framasoft. C’est simple, allez sur contact.framasoft.fr4, venez nous parler et on trouvera comment faire, ensemble.

Thierry Fischer : Une alternative à YouTube aujourd’hui intégrée dans un vaste projet de proposer des alternatives aux grandes plateformes américaines, donc plateformes à but lucratif, et des alternatives, aussi, à un moteur de recherche comme celui de Google, totalement hégémonique et pourquoi pas, également, proposer des alternatives dans le domaine des réseaux sociaux.

Pouhiou : C’est déjà fait !

Thierry Fischer : Ah ! Racontez-nous !

Pouhiou : Écoutez, je peux vous parler de Framapiaf, qui est basé sur, pareil, c’est la même chose que PeerTube, une fédération qui s’appelle Mastodon5. Nous, notre porte d’entrée dans cette fédération s’appelle Framapiaf6, c’est une alternative à Twitter, qui est beaucoup plus respectueuse des gens, évidemment au niveau de leurs données, mais aussi vous avez la possibilité de mettre des caches sur certaines photos que vous partagez ; de décider que tel message que vous envoyez – alors ce ne sont pas des tweets, ce sont des pouets en l’occurrence – que tel pouet que vous envoyez ne sera visible que par tel type de personnes, etc., enfin c’est très paramétrable. Et pour l’alternative à Facebook, on se base sur le réseau social fédéré Diaspora et notre porte d’entrée s’appelle Framasphère7. À chaque fois vous rajoutez un « .org » : framapiaf.org, framasphere.org, et vous avez le site.

Thierry Fischer : Merci beaucoup de nous avoir donné l’occasion de nous faire découvrir vos propositions, ces fameuses alternatives aux géants numériques hégémoniques, le plus souvent américains.

Pouhiou : Merci à vous.

Thierry Fischer : Pouhiou Noénaute, je le rappelle, vous êtes chargé de communication à Framasoft et l’un des artisans aussi de ce nouveau projet de PeerTube, cette proposition d’alternative à YouTube ; ce n’est pas rien. Médialogues vous remercie beaucoup d’avoir été disponible en duplex depuis nos studios de Toulouse. Merci à ceux qui vous ont reçu et assuré la connexion.

Pouhiou : Merci à tout le monde.

Thierry Fischer : Médialogues vous souhaite de passer un excellent week-end.

Pouhiou : À vous aussi, un très bon week-end.

Décryptualité du 23 avril 2018 - Alternatiba et le libre

Écouter ou télécharger le décryptualité du 23 avril 2018 (15 minutes)

    Alternatiba et le libre. Alternatiba, le village des alternatives a accueilli un village du libre lors de ses deux éditions. Retour sur les liens entre ce mouvement écologiste et le libre.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 16 de l'année 2018

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 16

[Paperjam News] Cinq raisons de choisir (ou pas) les logiciels libres

Par la rédaction, le vendredi 20 avril 2018. Extrait:
> L’open source, un choix économique mais aussi une volonté de s’affranchir de la dépendance vis-à-vis de solutions commerciales propriétaires.
Lien vers l'article original: http://paperjam.lu/news/cinq-raisons-de-choisir-ou-pas-les-logiciels-libres

[The Conversation] Dans la famille «innovation sociale», je demande… les hackers!

Par Yannick Chatelain, le jeudi 19 avril 2018. Extrait:
> L’éthique hacker: une innovation sociale! Si Steven Levy a mis en lumière six principes qui fondent l’éthique hacker dès 1984, dix-sept années plus tard Pekka Himanen philosophe finlandais allait lui donner un nouvel éclairage.
Lien vers l'article original: https://theconversation.com/dans-la-famille-innovation-sociale-je-demande-les-hackers-94267

[Contexte] À Bruxelles, la guerre de la responsabilité des plateformes se prépare déjà

Par Camille Fortin, Laura Kayali, le mercredi 18 avril 2018. Extrait:
> La Commission Juncker a promis de ne pas rouvrir la directive e-commerce. Mais après 2019, tout est possible. Alors que Paris, Londres et Berlin semblent en faveur d’une redéfinition du cadre, l’industrie numérique anticipe déjà les débats à venir.
Lien vers l'article original: https://www.contexte.com/article/numerique/a-bruxelles-la-guerre-de-la-responsabilite-des-plateformes-se-prepare-deja_85959.html

[L'Informaticien] Le logiciel libre a-t-il toujours la cote auprès de l’Administration?

Par Christophe Guillemin, le mercredi 18 avril 2018. Extrait:
> Alors que Barcelone et Montréal engagent de vastes plans de migration vers le logiciel libre, les collectivités françaises et l’administration d’État sont-elles toujours aussi férues d’open-source? Il semble en effet, selon les acteurs du secteur, que le logiciel libre n’a jamais autant suscité d’intérêt dans les territoires, les ministères et les autres structures publiques, qu’en cette période de restrictions budgétaires. Près d’un tiers des collectivités en serait désormais équipé!
Lien vers l'article original: https://www.linformaticien.com/actualites/id/49028/le-logiciel-libre-a-t-il-toujours-la-cote-aupres-de-l-administration.aspx

[Numerama] 5 questions sur l'action de la Quadrature du Net contre les géants du web

Par Julien Lausson, le mardi 17 avril 2018. Extrait:
> La Quadrature du Net annonce le lancement d'une action de groupe contre Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Elle est fondée sur le Règlement général sur la protection des données, qui entre en application le 25 mai. L'association juge que ces entreprises obtiennent incorrectement le consentement des internautes.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/345803-5-questions-laction-de-groupe-de-quadrature-net-contre-geants-web.html

[Next INpact] Collecte de données via les sites de l'État: avant les impôts, le précédent de l’Élysée

Par David Legrand, le mardi 17 avril 2018. Extrait:
> Si le site de la DGFiP est critiqué pour l'utilisation d'une vidéo YouTube, imposée à ses visiteurs en pleine campagne de déclaration des revenus, qu'en est-il des autres sites publics? Recours à des plateformes de vidéos tierces, présence de nombreux traceurs et consentement non explicite sont au programme.
Lien vers l'article original: https://www.nextinpact.com/news/106478-collecte-donnees-via-sites-etat-avant-impots-precedent-lelysee.htm

Et aussi:
[Next INpact] Vidéo YouTube obligatoire: la DGFiP fait machine arrière
[L'Informaticien] Après YouTube… PeerTube? Déjà des centaines d’instances!

[La Tribune] Qui est Kat Borlongan, la (probable) nouvelle patronne de la Mission French Tech?

Par Sylvain Rolland, le mardi 17 avril 2018. Extrait:
> Sauf rebondissement, le secrétaire d’Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, devrait annoncer dans la deuxième quinzaine de mai la nomination de l’entrepreneure Kat Borlongan en tant que nouvelle directrice de la Mission French Tech. Une vraie surprise, autant pour la Mission French Tech que pour l'écosystème d'innovation français.
Lien vers l'article original: https://www.latribune.fr/technos-medias/qui-est-kat-borlongan-la-probable-nouvelle-patronne-de-la-mission-french-tech-775564.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

21 degrés de liberté – 15

La communication, sur Internet et ses médias sociaux comme dans la vie, doit rester dans le cadre des lois. Mais est-il normal qu’un puissant média comme Facebook s’arroge le droit de décider, le plus souvent sans explication ni recours, de quels sujets on parle de façon privée ?

Voici déjà le 15e article de la série écrite par Rick Falkvinge. Le fondateur du Parti Pirate suédois prend ici l’exemple de la censure exercée par Facebook, qui en quelque sorte se substitue aux lois en imposant la sienne et bride la liberté d’expression.

Le fil directeur de la série de ces 21 articles, comme on peut le voir clairement dans les épisodes précédents que nous vous avons déjà livrés, c’est la perte de certaines libertés dont nous disposions encore assez récemment, avant que le passage au tout-numérique ne nous en prive.

Les médias numériques interdisent à nos enfants d’aborder certains sujets.

Source : Rick Falkvinge sur privateinternetaccess.com

Traduction Framalang : wyatt, draenog, goofy, et un⋅e anonyme

Dans le pire des cas il pouvait être interdit à nos parents de se rencontrer. Mais aujourd’hui, on empêche nos enfants de parler de certains sujets, une fois la conversation en cours. Cette évolution est effrayante.

Lorsqu’un lien vers The Pirate Bay est publié sur Facebook par nos enfants, une petite fenêtre fait son apparition à l’écran avec pour message « Le lien que vous venez de publier n’est pas approprié. Veuillez ne plus publier de tels liens ».

Oui, même dans les conversations privées. Particulièrement dans les conversations privées.

Cela peut paraître anodin, c’est véritablement inouï. Les discussions de nos enfants ne sont pas restreintes en soi, mais elles sont en revanche contrôlées si elles abordent les sujets sensibles dont le régime ne souhaite pas qu’on discute et on les empêche d’en discuter. C’est bien pire que de simplement interdire à certaines personnes de se rencontrer.

L’équivalent analogique de cette pratique serait une conversation téléphonique classique de nos parents dans laquelle une troisième voix menaçante interviendrait, parlant lentement sur un ton assez doux pour être perçu comme une menace : « Vous avez fait mention d’un sujet interdit. Veuillez ne plus discuter de sujets interdits à l’avenir. »

Nos parents auraient été effrayés si cela s’était produit — et à juste raison !

Mais dans le monde numérique de nos enfants, au lieu d’être conspuée, cette pratique est acclamée par les mêmes personnes qui la réprouveraient si elles venaient à en être les victimes.

Dans le cas de notre exemple bien sûr, n’importe lequel des liens vers The Pirate Bay est considéré comme sujet interdit, selon le postulat — le postulat ! — qu’ils mènent à la production de copies qui seraient décrétées en violation du droit d’auteur par un tribunal.

Copie d’écran de Marc Rees en illustration d’un article de NextInpact : Facebook censure (toujours) les messages privés qui l’ennuient.

La première fois que j’ai vu la fenêtre Facebook m’enjoignant à ne pas discuter de sujets interdits, je tentais de partager via The Pirate Bay du contenu à caractère politique que j’avais créé. Cette façon de faire s’est avérée très efficace pour partager des gros fichiers, c’est exactement la raison pour laquelle le site est très utilisé (qui aurait pensé à ça, hein ?), notamment par des personnes qui comme moi veulent partager de vastes séries de documents politiques.

Il existe des canaux de communications privés, mais très peu de personnes les utilisent, et les politiciens (oui, nos parents analogiques inclus) s’en réjouissent, à cause du « terrorisme » et autres épouvantails.

La vie privée demeure de votre responsabilité.

Libre en Fête à Digne-les-Bains


Jean-Christophe Becquet - Arnaud Champollion

Titre : Libre en Fête à Digne-les-Bains
Intervenants : Jean-Christophe Becquet - Arnaud Champollion
Lieu : Digne-les-Bains - Médiathèque François Mitterand
Date : mars 2018
Durée : 4 min
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : affiche de l’événement
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Jean-Christophe Becquet : On est sur la journée Libre en Fête, organisée par l’association Linux-Alpes1 à la médiathèque de Digne. Le Libre en Fête2 est une manifestation nationale qui est initiée par l’April et qui a comme vocation de faire connaître et de promouvoir le logiciel libre. Linux-Alpes est l’association locale pour les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes et cette année on a répondu à l’invitation de la médiathèque de Digne ; on a été présents toute la journée pour animer des ateliers, des conférences de sensibilisation au logiciel libre.

Pendant toute la journée des démonstrations généralistes de logiciels libres, comment on installe des logiciels libres sur son ordinateur. Un focus particulier sur les logiciels éducatifs et, en particulier, le logiciel Scratch qui est un logiciel utilisé à l’école, notamment dans les collèges.

Arnaud Champollion : Ce matin il y a eu une conférence sur le logiciel libre Scratch3. Scratch est un langage de programmation à visée pédagogique. Le but n’est pas de faire des logiciels très puissants ou très élaborés, mais d’apprendre les bases de la programmation. On peut commencer dès l’âge de six ans jusqu’à l’âge adulte, en manipulant des concepts de programmation que l’on retrouve par ailleurs dans tous les langages dits professionnels tels que les variables, les boucles, les tests, tout ce qui fait qu’un langage de programmation est un langage de programmation. La différence qu’on va avoir avec Scratch c’est que la syntaxe va être facilitée, notamment pour les enfants, par une structure graphique en forme de puzzle, et la découverte est relativement intuitive.

Jean-Christophe Becquet : Il y a eu une table ronde, en clôture de journée, sur les enjeux du logiciel libre, avec Delphine Bagarry députée de la 1re circonscription des Alpes-de-Haute-Provence et Thibaut Le Corre conseiller municipal et communautaire en charge du numérique à Digne, Provence-Alpes Agglomération. Je les ai interrogés sur leur positionnement par rapport aux enjeux du logiciel libre ; sont ressorties les valeurs de liberté, de partage, de mutualisation, voilà, de faire ensemble en réseau des logiciels au service de tous ; de partager des données sous licence ouverte pour faciliter leur propagation, leur diffusion. Et ensuite, on a parlé un petit peu des réalisations concrètes de chacun en matière de logiciel libre. Pour la ville de Digne, ça a été la migration de la médiathèque au logiciel libre ; ça a été l’implication forte dans la cartographie sous licence libre avec OpenStreetMap, avec des animations citoyennes ; ça a été un logiciel de sondage à la population, LimeSurvey, qui est un logiciel libre, qui a été mis en place par la ville. Ville qui d’ailleurs, la ville de Digne, qui a obtenu cette année le label Territoire Numérique Libre4, qui est une reconnaissance aux collectivités particulièrement pionnières en matière de logiciel libre.

Et puis Delphine Bagarry nous a raconté comment, pour le fonctionnement de sa permanence et en particulier pour le travail collaboratif entre les collaborateurs à Paris, les collaborateurs à Digne, elle utilise le logiciel libre MediaWiki, installé sur un serveur entièrement équipé avec des logiciels libres, pour pouvoir communiquer, échanger, partager de l’information.

Le logiciel libre c’est aussi une démarche qui a besoin de temps, qui a besoin d’infuser. On a besoin de sensibiliser, on a besoin d’accompagner, on a besoin de former. C’est la raison d’être de journées comme celle d’aujourd’hui de Libre en Fête, et on va en faire d’autres, on va continuer parce qu’on a une oreille réceptive de la collectivité, on a un soutien et donc on va continuer à organiser ce genre d’événements pour toucher plus de monde, pour installer plus de logiciels libres dans différents domaines. Et, à la fin, avoir des logiciels libres partout.

Projet de loi Protection des données personnelles - Discussion générale - Mme Morin-Desailly, sénatrice


Catherine Morin-Desailly

Titre : Projet de loi Protection des données personnelles - Discussion générale au Sénat
Intervenantes : Madame Morin-Desailly, sénatrice - Madame Lienemann, présidente
Lieu : Sénat - Séance publique
Date : 19 avril 2018
Durée : 10 min 35
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Capture d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Marie-Noëlle Lienemann, présidente : La parole est maintenant à madame Morin-Desailly.

Catherine Morin-Desailly : Madame la présidente, Madame la ministre, mes très chers collègues, Monsieur le président de la Commission, Madame la rapporteur. « Le nouveau monde doit apprendre de l’ancien », c’est en ces termes que s’exprimait il y a quelques jours l’ancien patron de la Federal Communications Commission dans The New York Times, faisant la promotion de l’Europe dans sa conception de la protection de la vie privée. Aujourd’hui, au lendemain de la scandaleuse affaire Cambridge Analytica, où l’on a découvert que les données de dizaines de millions d’internautes ont été détournées, ces propos prennent une saveur toute particulière. Ils doivent encore être appréciés à l’aune des aveux de Mark Zuckerberg lui-même qui, la semaine dernière, convoqué par le Congrès, reconnaissait que oui, Facebook avait collecté les données d’internautes n’ayant pas de compte, mais liés à des « facebookeurs » ; oui, Facebook avait constitué des shadow profiles, fait confirmé par une employée de Cambridge Analytica qui a, depuis, précisé que certaines données auraient pu servir lors de la campagne sur le Brexit.

Alors oui, le RGPD est regardé avec intérêt Outre-Atlantique ; oui, certains Américains commencent à se rendre compte, en l’absence chez eux de législation sur les données, de la menace désormais avérée que font peser les géants du numérique non seulement sur la vie économique mais également, ce qui est plus grave, sur la vie démocratique et citoyenne.

Oui, sur ces questions, et ce n’était pas l’intention à l’origine, il faut désormais réguler. Et c’est le fondateur du World Wide Web, le Britannique Tim Berners-Lee lui-même, qui s’exprimait ainsi il y a quelques jours dans l’un de nos grands quotidiens nationaux, constatant que le Web dans les mains de quelques géants de plus en plus monopolistiques s’éloignait dangereusement du Web de ses origines, libre et ouvert.

Les événements, mes chers collègues, nous rattrapent et nous démontrent jour après jour que ce modèle économique de l’Internet basé sur la captation et le profilage des données, sur la publicité et la gratuité, n’est plus viable à terme. On a laissé se créer les conditions d’une revente sauvage, quasi incontrôlée des données, laissant des monopoles se constituer, lesquels ne cessent d’éliminer du jeu leurs concurrents, le système s’autoalimentant par le biais de toujours plus de données traitées, renforçant toujours plus les positions dominantes.

Aujourd’hui il faut dire stop à ces entreprises, les GAFAM, qui continueront de contester les actions juridiques lancées contre elles, qui affirmeront la main sur le cœur que tout ira bien. Elles ont largement outrepassé leurs droits. C’est vrai en matière de fiscalité ; c’est vrai en matière de concurrence déloyale ; et aujourd’hui, fait nouveau et grave, elles outrepassent leurs droits en s’attaquant au cœur même de ce qui fait nos systèmes démocratiques, en s’immisçant dans les processus électoraux et contribuant à la manipulation des opinions. Ce n’est pas tolérable !

Dans ce contexte, le RGPD [Règlement général sur la protection des données] est assurément le coup de frein. Mais je pense qu’il ne sera efficace que s’il est accompagné d’une vraie volonté politique, Madame la ministre, qui consiste d’une part à accompagner, avec les moyens financiers et humains nécessaires, son application. Le besoin de formation et d’informations de nos collectivités, de nos administrations, de nos entreprises et citoyens, est, en effet, immense. Et d’autre part, qu’il soit accompagné d’une vraie prise de conscience politique qui fasse que nous ne soyons pas uniquement dans le défensif, mais que son application s’inscrive dans une cohérence d’actions et une stratégie plus globale et offensive. Or, pour l’instant, que constatons-nous ? Des incohérences entre le ministre de l’Économie qui, dans le sillage de l’action de l’Union, s’attaque aux abus de position dominante de Google et Apple – ce que j’approuve totalement, même si je pense que tout cela doit être accompagné d’une politique industrielle puissante. Et d’autres ministères qui, pendant ce temps-là, ont contractualisé ou contractualisent aveuglément avec ces mêmes acteurs. Je l’ai dit au ministre de l’Éducation nationale la semaine dernière lors d’une question d’actualité au gouvernement1. Ce dernier, d’ailleurs, en a convenu. Mais le dernier fait en date, cité par d’autres collègues ici sur ces bancs, le dernier fait en date, sans que le citoyen contribuable en soit informé, la mise en ligne sur YouTube d’une vidéo informative par la Direction générale des Finances publiques, pouvant potentiellement offrir à Google les données de millions de Français, est-ce franchement sérieux ?

S’agissant des marchés publics, Madame la ministre, portant sur le traitement des données ou la formation de nos administrations, là aussi il y a beaucoup à dire. Je vous l’ai déjà dit il y a quinze jours d’ailleurs, mais je le redis encore aujourd’hui : nous exigeons un surcroît de rigueur du gouvernement dans le choix des prestataires, notamment lorsqu’il s’agit des données publiques sensibles. De même l’État doit-il se préoccuper de voir certains de ses agents quitter des postes hautement stratégiques qui du directeur de l’Arcep, du directeur maintenant du numérique éducatif, qui rejoignent des entreprises qui exercent, et cela est avéré, un lobbying intense sur l’appareil d’État. Qu’on se le dise, ces mouvements nous fragilisent et j’aimerais qu’on mette un peu de déontologie dans tout cela, car cette porosité est vraiment préoccupante.

En résumé, Madame la ministre, ma question est la suivante : qui coordonne tout ça au niveau du gouvernement ? Où est le Chief Technical Officer d’un Obama ? Où est le commissariat au numérique dont ici au Sénat, mes chers collègues, préoccupés de la souveraineté de notre pays et de l’Union européenne, nous avions inscrit le principe dans la loi République numérique ? En tout cas, quelqu’un disposant de suffisamment d’autorité et de poids pour assurer la transversalité de la réflexion, la cohérence de l’action gouvernementale sur ces sujets.

Vraiment, Madame la ministre, il est temps que nous sortions de cette complaisance naïve ou encore de ce fatalisme qui consiste à penser qu’on a une révolution de retard, qu’on ne peut pas faire sans. Cela va vraiment à l’encontre de nos intérêts supérieurs, cela va à l’encontre d’un Internet construit sur nos valeurs. C’est la raison pour laquelle je déplore que les députés, en lien avec le gouvernement, n’aient pas jugé bon de prendre en compte les avancées du Sénat sur ces sujets que nous connaissons bien ici, pour lesquels il y a une tradition de réflexion, d’anticipation et d’initiative.

Je voudrais, à cet égard, saluer le travail de notre Commission des Lois et celui de la Commission des Affaires européennes aux travaux desquelles, d’ailleurs, j’ai pu participer.

Dois-je rappeler que la CNIL, dont nous avons fêté les quarante ans ici même il y a quelques jours, au Sénat, est née de l’initiative du Sénat.

Voilà pourquoi nous pensions que nous pouvions améliorer ce texte de transposition de directive sur quelques sujets ; les traitements des masses de données, l’intelligence artificielle, exigent une transparence absolue des plateformes et des algorithmes utilisés, seule condition de la neutralité. De même faut-il garantir une liberté de choix des fournisseurs de logiciels ou de services nécessaires à leur fonctionnement. Tel était le sens des amendements que j’ai portés pour notre groupe Union centriste que vous avez boudés.

Je remercie madame la rapporteur d’avoir compris quel en était le sens. Je remercie madame la rapporteur d’avoir voulu améliorer, dans la concertation avec l’ensemble des sénateurs, ce texte par ailleurs pour les collectivités territoriales.

S’agissant, en quelques mots, de la plateforme Parcoursup maintenant, quelques précisions. Il y a quelques semaines, dans le cadre du projet de loi orientation réussite des étudiants, avec le rapporteur Jacques Grosperrin, nous avions abordé la question de la transparence des algorithmes de traitement, mais sans aboutir à une solution satisfaisante. À la demande du gouvernement, auteur d’un amendement de dernière minute, dans un souci d’apaisement et de sécurisation des acteurs, alors que la plateforme était active, déjà, et utilisée par les étudiants, nous avions accepté une exception aux règles de publicité pour Parcoursup. Mais nous voyions bien que cette question de la transparence des algorithmes n’était pas traitée et qu’elle reste centrale dans le fonctionnement de la nouvelle plateforme, tout en respectant, bien sûr, le travail des universités et le secret des délibérations.

Enfin dernier point, j’insisterai, venant de déposer une proposition de résolution européenne sur le sujet, sur ce que je considère comme étant un angle mort du RGPD, sur la question des objets connectés à travers lesquels, demain, tout transitera, et nos données les plus sensibles ; la question vraiment de leur certification est posée ; la question également d’une politique industrielle dans ce sens.

Voilà. Il faut que, à défaut de réformer, vouloir réformer nos règles économiques et de la concurrence au niveau européen, il va falloir, bien sûr, être beaucoup plus offensifs sur ce sujet.

En tout cas mes chers collègues, je voulais vous dire que l’intensification des sujets sur lesquels j’ai voulu, au nom de notre groupe, insister est inexorable.

En conclusion, je voudrais saluer le rôle majeur qu’a joué la CNIL dans cette affaire. Le dynamisme et la clairvoyance de sa présidence ont fait jouer à la France un rôle majeur. Elle a été moteur dans l’élaboration de ce règlement et elle a aiguillonné le G29 dans le bon sens. Et mon dernier mot est pour notre rapporteur, exigeante, constructive à l’écoute, qui a su faire progresser ce texte utilement. Je vous remercie.

Marie-Noëlle Lienemann, présidente : Merci chère collègue.

[Applaudissements]

Mon CV ? Il est hébergé par Framasoft !

Les Pages Framasite évoluent encore. Robin, l’infatigable développeur de Pretty Noémie CMS, a ajouté des fonctionnalités pendant qu’on ne regardait pas. C’est le moment de refaire votre CV.

Depuis que nous avons annoncé les pages Framasite, l’outil a été adopté, et a évolué au fil de vos retours.

Une petite liste à la Prévert ?

Des modules supplémentaires !

  • Module agenda avec une insertion de votre Framagenda ou Google agenda (oui, si vous n’avez pas encore dégooglisé votre vie, c’est pas grave, on vous accepte)
  • Module réseaux sociaux (et même ceux qu’on n’aime pas)
  • Module lecteur audio (SoundCloud) si vous souhaitez faire le site de votre groupe de musique

  • Module avec lecteur vidéo et vidéo d’arrière plan

  • Un formulaire d’initialisation pour installer votre site sur un serveur personnel
  • Module de code avec coloration syntaxique, comme les pros

 

Du zouli design !

  • Redimensionnement d’images
  • Bouton « haut de page »
  • La page d’accueil est encore plus cool
  • Le menu réapparaît lorsqu’on scrolle vers le haut
  • Une version mobile pour le menu
  • Les fenêtres sont plus sympas (il y a eu un coup de main d’un designer)

On va glisser sur les nombreuses corrections de bugs.

Un tuto vidéo pour faire son CV

Et comme il restait du temps, hop, Robin a concocté une petite vidéo pour fabriquer son CV sur Framasite.

 

Vous pouvez le mettre sur un média social propriétaire appartenant à un GAFAM, hein. No problemo. C’est cool.

Mais bon, votre CV hébergé par Framasoft, ça fait toujours son petit effet :p !

 

Pour aller plus loin & contribuer :

 

La Fédération FDN appelle au rejet de l'article 19 de la LPM

Dans le cadre du projet de Loi de Programmation Militaire portant sur la période 2019-2025 [1], l'article 19 élargit les pouvoirs donnés à l'Agence Nationale pour la Sécurité des Systèmes d'Information (ANSSI), modifie le cadre législatif concernant les opérateurs, les hébergeurs, et touche donc au domaine d'activité de la Fédération des fournisseurs d'accès à Internet associatifs (dite Fédération FDN, ou FFDN).
En invoquant des exigences de sécurité des systèmes d'information, le texte prévoit la possibilité pour les opérateurs d'installer des sondes pour l'analyse du trafic, et la possibilité pour l'ANSSI de les exploiter. Dans un deuxième temps, l'article octroie également à l'ANSSI le droit de procéder à l'installation et l'exploitation de matériel auprès des opérateurs et des hébergeurs.
Alors que la Loi de Programmation Militaire de 2013 [2] avait autorisé l'ANSSI à toute action nécessaire pour organiser la défense à une attaque informatique, le texte en projet, sous couvert de répondre à des besoins de sécurité, autorise une analyse approfondie des flux et permet à l'ANSSI de s'implanter, si elle le souhaite, au cœur de l'infrastructure des opérateurs.

Si nous sommes en faveur d'une meilleure sécurité des équipements connectés à l'Internet - en particulier des objets connectés ainsi que des infrastructures critiques - les mesures évoquées posent de nombreux problèmes que la Fédération souhaite pointer :

Le texte est contraire au cadre juridique actuel

Esquivant toute formulation claire et précise, l'article laisse une très grande marge de manoeuvre à l'ANSSI, dont le directeur général, Guillaume Poupard, avoue souhaiter pouvoir effectuer des analyses jusque dans les pièces jointes des courriers électroniques. L'entrée en vigueur du texte dans sa version actuelle signifierait donc la fin du secret des correspondances.
Ce même niveau d'imprécision pose un autre problème, car les opérations d'analyse et marquage des flux préconisées par l'article permettent la mise en œuvre de discriminations qui sont incompatibles avec le réglement européen sur l'Internet ouvert.
Une observation automatisée du réseau directement au niveau des opérateurs constitue une forme de surveillance généralisée de l'ensemble du trafic (et donc des utilisatrices et utilisateurs) et n'apparaît pas proportionnée à la menace concernée. A notre sens, un tel dispositif n'est admissible, comme outil de détection des attaques, que s'il est utilisé avec le consentement explicite et éclairé de chaque utilisateur final concerné.

Aucun réel contrôle n'est instauré

Equipée de nouvelles prérogatives lui permettant d'agir sans entraves et de porter de graves atteintes aux libertés, l'ANSSI ne sera pas pour autant soumise à un strict contrôle de son action. Tout d'abord, le détail de ce qu'elle met en œuvre restera inconnu du public, l'ANSSI craignant, comme l'a indiqué Guillaume Poupard, que la transparence affecte son efficacité. Il est par ailleurs à souligner que ces nouveaux pouvoirs ne sont assortis d'/aucun/ mécanisme de sanction en cas d'abus, que ce soit du fait de l'ANSSI ou de l'un de ses agents. Seule l'Autorité de Régulation des Communications Éléctroniques et Postales (ARCEP) est chargée de veiller aux conditions de mise en place de ces mesures et nous ne pouvons que souligner que les simples remontrances d'une autorité administrative sont insuffisantes. L'ARCEP s'en inquiète elle-même dans son avis 2018-0101 du 30 janvier 2018 [5], soulignant l'absence totale de cadre de gouvernance pour ce contrôle et, qui plus est, l'inadéquation de l'ARCEP face à cette mission en l'état actuel de ses ressources humaines et financières.

L'impact sur les petits opérateurs est disproportionné

Si la loi de programmation militaire est un texte consacré avant tout à un encadrement budgétaire, l'article 19 semble se concentrer sur l'introduction de nouvelles exceptions aux libertés fondamentales alors qu'il en oublie les implications financières.
Notamment, le texte accorde à l'ANSSI la possibilité d'imposer aux opérateurs des actions dont le coût serait à leur charge. « Le coût marginal très faible » - d'après les mots de son directeur général - des actions que l'ANSSI serait en mesure de faire peser sur un opérateur n'est cependant pas tel lorsqu'il ne touche pas les grands acteurs du marché mais les FAI associatifs qui, opérant dans une optique de bien commun, disposent de budgets de fonctionnement bien plus réduits.

Par ailleurs, des considérations analogues sont à soulever pour les atteintes à la vie privée causées par ce texte. En effet, chez un opérateur comptant plusieurs millions d'abonné·e·s, les données de ceux-ci peuvent ne pas être immédiatement rapportables aux individus. En revanche, ce n'est pas le cas chez les opérateurs de petite taille dont le petit nombre d'utilisatrices et utilisateurs concerné·e·s facilite grandement leur observation, fine ou globale.
La mise à mal de ces petits acteurs est particulièrement malvenue, car, comme le reconnaît l'UNESCO [8], les opérateurs associatifs représentent un indicateur important de l'universalité de l'Internet dans les différents pays.

Le texte prépare le terrain pour de nouvelles atteintes à la neutralité du net

Alors que le débat sur la neutralité du Net est au cœur de l'actualité numérique depuis plusieurs années, la loi de programmation militaire remet en cause ce principe fondamental pour le fonctionnement d'Internet et le respect des libertés fondamentales. En effet, comme le souligne l'ARCEP dans son avis sur le texte, « pour produire tous ses effets, le dispositif envisagé pourrait mener à terme à la mise en place de mesures de gestion de trafic pour bloquer des flux malveillants. »
Or, cette automatisation d'un traitement différencié des paquets constitue une atteinte à la neutralité du Net, atteinte aggravée par le caractère flou et opaque exposé plus haut et sans garde-fous permettant de s'assurer d'une limitation au strict nécessaire d'un tel dispositif. À tout cela s'ajoute enfin le risque de faux-positif, dont aucun système ne saurait être à l'abri et qui aboutirait à une sur-censure de trafic ainsi qu'à une atteinte disproportionnée à la neutralité du Net.

Aucun recours effectif n'est mis en place

Le texte ne prévoit aucun recours pour les opérateurs et hébergeurs qui auraient des sondes de l'ANSSI installées sur leurs infrastructures. D'autre part, il n'existe pas de recours effectif pour les abonnés qui voudraient vérifier la légalité des mesures de surveillance mises en œuvre à leur encontre, alors qu'il s'agit d'une obligation réaffirmée par la Cour Européenne des Drois de l'Homme (§ 287, affaire Roman Zakharov c. Russie [6]).

Les équipements de surveillance seront des cibles de choix pour des attaques informatiques

Si le projet de loi prévoit des fortes atteintes aux libertés fondamentales et fait peser des menaces disproportionnées sur les petits acteurs de l'internet, il introduit aussi un autre risque important. En effet les équipements dont il autorise le déploiement pourraient être détournés de leur finalité par des personnes ou organisations malveillantes, comme tout équipement informatique. De par leur position privilégiée dans les réseaux des opérateurs et des hébergeurs, leur compromission offrirait un accès direct aux données de tous les Français. La mesure s'oppose donc à une véritable politique de défense des systèmes informatiques qui voudrait, au contraire, que l'on minimise les risques en évitant les systèmes ayant un accès disproportionné aux données transitant sur les réseaux.

En conclusion, la Fédération des fournisseurs d'accès à Internet associatifs reprend les remarques faites par l'ARCEP et par La Quadrature du Net [7] et ainsi souligne que l'article 19 de la Loi de Programmation Militaire menace aussi bien les libertés fondamentales des citoyens (vie privée, secret des correspondances) que l'intégrité du réseau Internet telle que protégée par le règlement européen sur l'Internet ouvert. Le texte, ayant recours à des termes et définitions trop vagues pour encadrer ces menaces de manière appropriée, ne prévoit pas non plus les instruments de contrôle ou de recours requis et adéquats.
Par ailleurs cet article, dont les mesures risquent d'introduire de nouveaux risques de sécurité et vont donc à l'encontre de l'intention affichée, se révèle aussi particulièrement inique et pénalisant pour les  dizaines de petits FAI et pour les milliers d'adhérents de la Fédération.
C'est pour ces raisons que cette dernière appelle au rejet de ce texte sous sa forme actuelle.

Sources

[1] Le texte du projet de loi de programmation militaire : https://www.defense.gouv.fr/content/download/523151/8769287/file/LPM%202019-2025%20-%20Projet%20de%20loi.pdf
[2] Article de LPM 2013 : https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006071307&idArticle=LEGIARTI000028342546
[3] https://www.nextinpact.com/news/106233-du-deep-packet-inspection-dans-projet-loi-programmation-militaire-2019-2025.htm
[4] https://www.nextinpact.com/news/106115-comment-lanssi-compte-detecter-cybermenaces-chez-operateurs.htm
[5] Avis de l'ARCEP : https://www.arcep.fr/uploads/tx_gsavis/18-0101.pdf
[6] Avis de la CEDH pour l'affaire Zakharov : https://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-160008
[7] Avis de La Quadrature du Net : https://www.laquadrature.net/fr/Detection_cyberattaques_nouvelle_loi_surveillance
[8] Sur le rôle des FAI associatifs dans les indicateurs de l'universalité de l'Internet: https://netcommons.eu/?q=news/netcommons-unesco

RGPD : la Quadrature au carré

Le 16 avril dernier, la Quadrature du Net a lancé un appel inédit en France pour une action de groupe contre les GAFAM. Cette action s’appuiera sur l’application prochaine du Règlement général sur la protection des données (RGPD).

Sans attendre la date d’entrée en vigueur du RGPD (le 15 mai 2018), la Quadrature du Net propose à tous les utilisateurs des services numériques des GAFAM de souscrire en masse en vue de déposer une plainte auprès de la CNIL et obliger implicitement celle-ci à agir.

En effet, l’article 80 du RGPD permet aux associations « actives dans le domaine de la protection des droits et libertés des personnes » à entreprendre des actions collectives dans le cadre de la protection des données.

La personne concernée a le droit de mandater un organisme, une organisation ou une association à but non lucratif, qui a été valablement constitué conformément au droit d’un État membre, dont les objectifs statutaires sont d’intérêt public et est actif dans le domaine de la protection des droits et libertés des personnes concernées dans le cadre de la protection des données à caractère personnel les concernant, pour qu’il introduise une réclamation en son nom, exerce en son nom les droits visés aux articles 77, 78 et 79 et exerce en son nom le droit d’obtenir réparation visé à l’article 82 lorsque le droit d’un État membre le prévoit. (extrait de l’art. 80)

À ce titre, la Quadrature du Net se propose d’agir en tant que mandataire pour tous les citoyens-utilisateurs qui le désirent par l’intermédiaire d’un formulaire simple et rapide à remplir.

Pour permettre de comprendre les arguments sur lesquels repose la plainte, la Quadrature met à disposition un texte très clair. En résumé, il repose sur l’aspect illicite de l’échange de services contre le consentement systématique des utilisateurs permettant à ces entreprises d’extraire et inférer leurs données personnelles. Ce consentement est en effet soit déduit du silence de l’utilisateur (le fait d’utiliser le service impliquerait ce consentement) soit littéralement extorqué par une action « positive » (cliquer sur un bouton « j’accepte ») sous contrainte de ne pas accéder au service.

Les conséquences de l’extraction des données des utilisateurs sont connues et l’affaire Cambridge Analytica en a donné récemment une illustration convaincante. Le fait d’utiliser et vendre les données des utilisateurs dans un cadre qui n’a pas de lien direct avec le service pour lequel ils ont été contraint de les céder n’est pas le seul grief que la Quadrature du Net expose. Cette action collective vise aussi à mettre en lumière le lien évident entre le droit à ne pas monétiser les données personnelles et la liberté de conscience menacée par le traitement des informations relatives à la vie privée des citoyens, véritable porte ouverte à la segmentation sociale et la manipulation de l’information.

Pendant les 40 jours qui nous séparent de l’entrée en vigueur du RGPD, la Quadrature du Net publiera chaque semaine sur son site des documents et vidéos visant à expliquer les tenants et aboutissants de ce recours collectif.

Liens :
* Qu’est-ce qu’une action de groupe ?
* La Quadrature du net
* Le site de la campagne et la procédure
* Le texte du RGPD