Papiray fait du Komascript

Raymond Rochedieu est, depuis des années, un pilier de l’équipe bénévole qui relit et corrige les framabooks. Quand ce perfectionniste a annoncé vouloir s’attaquer à la traduction et l’adaptation d’un ouvrage kolossal, personne ne pouvait imaginer la masse de travail qui l’attendait. Surtout pas lui !
Personnage haut en couleur et riche d’une vie déjà bien remplie, ce papi du Libre nous offre aujourd’hui le fruit d’un travail acharné de plusieurs années. Framabook renoue ainsi le temps d’un précieux ouvrage avec sa tradition de manuels et guides.

Markus Kohm, Raymond Rochedieu (traduction et adaptation), KOMA-Script. Typographie universelle avec XƎLATEX, Framabook, octobre 2017.

KOMA-Script. Typographie universelle avec XƎLATEX

Bonjour Raymond, si tu aidais nos lecteurs à faire connaissance avec toi ?

Bonjour, je m’appelle Raymond Rochedieu et depuis une quinzaine d’année, lors de la naissance de mon premier petit fils, tout le monde m’appelle Papiray. Je suis âgé de 72 ans, marié depuis 51 ans, j’ai deux garçons et 6 petits-enfants.

Je suis à la retraite, après avoir exercé des métiers aussi variés que : journaliste sportif vacataire (1959-1963), agent SNCF titulaire (1963-1967), VRP en machines-outils bois Guilliet (1967-1968), éducateur spécialisé (1968-1970, école d’éducateur de Reims), artisan imprimeur en sérigraphie (1970-1979), VRP (Textiles Florimond Peugnet – Cambrai, Éditions Paris-Match, Robert Laffont et Quillet, Laboratoires Messegué, Électro-ménager Vorwerk et Electrolux, Matra-Horlogerie JAZ…), puis ingénieur conseil, directeur commercial, artisan menuisier aluminier, avant de reprendre des études à 52 ans et de passer en 10 mois un BTS d’informaticien de gestion. Malgré les apparences, je ne suis pas instable, seulement curieux, « jusqu’auboutiste » et surtout socialement et individuellement responsable mais (très) indépendant, ce que j’appelle mon « Anarchie Utopiste » (expression qui, comme chacun le sait, vaut de l’or) : je rêve d’un monde où tous seraient responsables et égaux… mais ce n’est qu’un rêve !

J’ai terminé ma carrière professionnelle comme intervenant en informatique, installateur, dépanneur, créateur de sites internet, formateur agréé éducation nationale, chambre de commerces et chambre des métiers et même jury BTS à l’IUT de Reims.

Ton projet de traduction et de Framabook a été une œuvre de longue haleine et aboutit à un ouvrage massif. Comment tout cela a-t-il commencé ? Pourquoi as-tu entamé seul ce gigantesque labeur ?

Je me suis tout d’abord intéressé à l’ouvrage de Vincent Lozano Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur LATEX sans jamais oser le demander (Ou comment utiliser LATEX quand on n’y connaît goutte) auquel j’ai participé, à l’époque, en qualité de correcteur. Mais 2008, c’est aussi, pour moi, une rupture d’anévrisme et 14 jours de coma dont je suis sorti indemne, bien que physiquement diminué.

Puis j’ai enchaîné opération du genou droit, infection nosocomiale, prothèse du genou gauche, phlébite, re-opération pour éviter l’amputation, bref vous comprenez pourquoi j’ai mis du temps pour poursuivre le travail !

J’ai cependant connu quelques moments de bonheur : deux stages de tourneur sur bois, à l’école Jean-François Escoulen d’Aiguines (83630) avec le « Maître » qui m’ont conduit à un premier projet : construire un tour à bois fonctionnant à l’ancienne sans électricité et raconter mon ouvrage, projet toujours d’actualité mais qui s’est fait croquer, l’âge aidant, par l’envie d’écrire mes souvenirs, moins de sport… car même la marche m’est devenue pénible… un refuge, mon bureau… l’ordi…et KOMA-Script…

En réalité, ce n’est pas tout à fait ça. Début 2014, je rencontre une amie  qui se plaint de l’utilisation du logiciel Word, inadapté à son besoin actuel : à 72 ans, elle a repris ses études et prépare un doctorat de théologie. Chapeau, Françoise… elle a aujourd’hui 75 ans et elle est, je crois, en dernière année…

Je cherche donc quels sont les outils utilisés par les « thésards » et les « doctorants », et je découvre LaTeX que l’on dit « créé par les Américains, pour les Américains » et mal adapté à la typographie du reste du monde. J’achète le livre de Maïeul Rouquette et découvre finalement cette perle qu’est KOMA-Script, à travers « Les fiches de Bébert » (voir liste de références plus bas).

Ce qu’il en écrit me donne envie d’aller plus loin dans la connaissance de l’ouvrage de Markus KOHM, mais pour moi, c’est l’horreur : l’original en langue allemande n’existe que dans une traduction en langue anglaise.

Et qu’est-ce qu’y fait, Papiray ? Hein ? Qu’est-ce qu’y fait ?

Ben y contacte Markus Kohm pour lui demander l’autorisation de passer l’ouvrage en langue française et y demande à ses « amis » de Framasoft ce qu’ils en pensent… ou l’inverse… toujours est-il que Markus m’y autorise en date du 19 juillet 2014 et que mes amis de Framasoft me disent « vas-y, fonce », le début d’une aventure commencée en réalité en mai de la même année.

Dans l’absolu, je n’ai pas l’impression d’avoir été réellement seul. La curiosité, la découverte des différents systèmes, les réponses – surtout par Christophe Masutti – aux questions posées, les lectures des multiples articles et ouvrages consacrés au sujet, les tests permanents des codes (dont les résultats n’étaient pas toujours ce que j‘en attendais), les erreurs de compilation non identifiées et dont il me fallait corriger la source…

Et puis, pour tout avouer, je ne savais pas réellement où je mettais les doigts… une fois la machine lancée, fallait bien assurer et assumer…

Tu as travaillé dur pendant longtemps et par-dessus le marché, les passes de révision des bénévoles de Framabook ont été nombreuses et t’ont souvent obligé à reprendre des détails, version après version. Comment tu as vécu ça, tu ne t’es jamais découragé ?

Vu dans l’instance Framapiaf du 26 juillet 2017 à propos de l’utilisation d’une varwidth dans une fbox :

Ce sont surtout les modifications de versions dues à Markus qui m’ont « obligé ».

Comme je l’ai indiqué ci-dessus, j’ai démarré ce travail, en mai 2014, sur la base de la version de l’époque qui a évolué le 16 avril, le 15 septembre, le 3 octobre 2015, avant de devenir la v3.20 en date du 10 mai 2016, la v3.21 le 14 juin puis la v3.22 le 2 janvier 2017, enfin la v3.23 le 13 avril 2017 et chaque fois, pour coller à la réalité, je me suis adapté en intégrant ces modifications.

De plus, Markus Kohm a multiplié des extensions et additifs publiés sur internet et j’ai décidé de les intégrer dans la version française de l’ouvrage. KOMA-Script est bien entendu le noyau, mais LaTeX, le système d’encodage abordé, m’était totalement inconnu. Je me suis inspiré, pour le découvrir à travers XƎLATEX, des ouvrages suivants qu’il m’a fallu ingérer, sinon comprendre :

Cette liste n’est pas exhaustive et ne mentionne que les quelques ouvrages et sites parcourus le plus fréquemment.

Quant au bon usage de la langue française, j’ai toujours, à portée de main,

que je consulte régulièrement. En cas de doute, il me reste trois références françaises solides :

Et j’ai navigué au hasard de mes hésitations (merci Mozilla), sur de nombreux sites que je n’ai pas cités dans mes références.

Que leurs auteurs et animateurs ne m’en tiennent pas rigueur.

Tu es donc passionné de LaTeX ? Pourquoi donc, quels avantages présente ce langage ?

LaTeX — prononcer « latèk » ou « latèr » comme avec le « j » espagnol de « rota » ou le « ch » allemand de « maren » (machen), selon votre goût — est un langage de description de document, permettant de créer des écrits de grande qualité : livres, articles, mémoires, thèses, présentations projetées…

On peut considérer LaTeX comme un collaborateur spécialisé dans la mise en forme du travail en typographie tandis que l’auteur se consacre au contenu. La fameuse séparation de la forme et du fond : chacun sa spécialité !

Et ce KOMA-Script c’est quoi au juste par rapport à LaTeX ?

LaTeX a été écrit par des Américains pour des Américains. Pour pouvoir l’utiliser convenablement il nous faut charger des paqs qui permettent de l’adapter à notre langue car les formats de papiers américains et européens sont très différents et les mises en page par défaut de LaTeX ne sont adaptées ni à notre format a4, ni à notre typographie.

L’utilisation de KOMA-Script, outil universel d’écriture, permet de gérer la mise en page d’un ensemble de classes et de paqs polyvalents adaptés, grâce au paq babel, à de multiples langues et pratiques d’écriture, dont le français. Le paq KOMA-Script fonctionne avec XƎLATEX, il fournit des remplacements pour les classes LaTeX et met l’accent sur la typographie.

Les classes KOMA-Script permettent la gestion des articles, livres, documents, lettres, rapports et intègrent de nombreux paqs faciles à identifier : toutes et tous commencent par les trois lettres scr : scrbook, scrartcl, scrextend, scrlayer

Tous ces paqs peuvent être utilisés non seulement avec les classes KOMA-Script, mais aussi avec les classes LaTeX standard et chaque paq a son propre numéro de version.

Donc ça peut être un ouvrage très utile, mais quel est le public visé particulièrement ?

j’ai envie de répondre tout le monde, même si, apparemment, ce système évolué s’adresse d’avantage aux étudiants investis dans des études supérieures en sciences dites « humaines » (Géographie, Histoire, Information et communication, Philosophie, Psychologie, Sciences du langage, Sociologie, Théologie…) et préparant un DUT, une licence, une thèse et même un doctorat plutôt qu’aux utilisateurs des sciences « exactes » qui peuvent être néanmoins traitées.

En réalité, je le pense aussi destiné aux utilisateurs basiques de MSWord, LibreOffice ou de logiciels équivalents de traitement de texte, amoureux de la belle écriture, respectueux des règles typographiques utilisées dans leur pays, désireux de se libérer des carcans plus ou moins imposés par la culture anglo-saxonne, même s’il n’est pas évident, au départ, d’abandonner son logiciel wysiwyg pour migrer vers d’autres habitudes liées à la séparation du fond et de la forme.

Est-ce que tu as d’autres projets pour faire partager des savoirs et savoir-faire à nos amis libristes ?

Oui, dans le même genre, j’ai sous le coude un ouvrage intitulé « Utiliser XƎLATEX c’est facile, même pour le 3e âge  » écrit avec la complicité de Paul Bartholdi et Denis Mégevand, tous deux retraités de l’université de Genève, l’Unige. Ces derniers sont les co-auteurs, en octobre 2005, d’un didacticiel destiné à leurs étudiants « Débuter avec LaTeX » simple, clair, plutôt bien écrit et dont je m’inspire, avec leurs autorisations, pour composer la trame de mon ouvrage qui sera enrichi (l’original compte 98 pages) et portera – comme son titre le laisse supposer – sur l’usage de XƎLATEX, incluant des développements et surtout des exemples de codes détaillés et commentés de diverses applications (mon objectif est de me limiter à 400 pages), mais ne le répétez pas…

 

 

Décryptualité du 9 octobre 2017


Luc - Manu - Nico - Mag

Titre : Décryptualité du 9 octobre 2017
Intervenants : Luc - Manu - Nico - Mag
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : Octobre 2017
Durée : 15 min 13
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 40 de l'année 2017
Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Présentation du documentaire Nothing to hide de Marc Meillassoux.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 40. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : La semaine dernière on a trouvé, Mag, que tu étais vraiment trop bien à faire les titres, donc on a décidé que c’était reparti, alors même que je suis guéri.

Manu : Les titres de la revue de presse.

Mag : Vous n’êtes que des gros fainéants, en fait. ZDNet France, « Non, Linux n’est pas soudain devenu populaire sur PC », par Steven Vaughan-Nichols.

Manu : On dit « Von » !

Mag : Parle-moi de l’article plutôt !

Manu : Effectivement, on en avait parlé il y a longtemps, comme quoi les statistiques d’utilisation de GNU/Linux, grâce aux sites Internet, étaient montées de manière féroce. Je crois que c’était 5% ou 6 % d’utilisation sur les sites web.

Luc : C’estt énorme.

Manu : C’était énorme parce qu’ils se sont rendu compte que ce n’était pas le cas. Vraisemblablement une erreur de mesure ; ce serait plutôt le classique 2 %, qui n’est pas si mal, mais qui n’est pas non plus gigantesque.

Mag : Le Monde.fr, « Le pouvoir judiciaire devient le parent pauvre de l’antiterrorisme », par Camille Bordenet.

Manu : L’était d’urgence qui est en train d’évoluer. Il y a beaucoup de discussions qui sont en train de se faire sur les conséquences pour l’informatique, Internet. Le fait que, par exemple, on devra tous donner nos identifiants de connexion à l’État.

Luc : Non, pas tous !

Manu : Va savoir ! Va savoir ! Ça pourrait aller assez vite, parce qu’on ne sait pas exactement quand est-ce que ça va s’arrêter ces différents textes.

Mag : Et si on n’a pas de compte sur ces sites ?

Manu : Il faudra en faire un ; tu seras obligée pour qu’ils puissent te suivre. Voilà !

Mag : Rue89Lyon, « François Aubriot : Le logiciel libre redonne de la valeur à l’individu », par Bertrand Enjalbal.

Manu : Ça parle d’une association Ploss RA, Rhone-Alpes.

Mag : On les connaît.

Manu : Oui. Des gens intéressants et donc effectivement, ils sont en train de se battre auprès des administrations et il faut aller les aider.

Mag : Numerama, « VideoLAN a refusé des dizaines de millions de dollars pour placer de la pub dans VLC », par Julien Lausson.

Manu : Alors là je suis dégoûté ! J’aurais dû faire VLC avant, je suis sûr que je serais hyper riche maintenant. Ça me dégoûte. VLC c’est un outil de lecture de vidéo et c’est le logiciel français, oui madame, oui monsieur, qui est le plus utilisé dans le monde !

Mag : C’est le logiciel avec le petit cône orange.

Manu : Exactement !

Mag : On devrait peut-être essayer de les inviter à une prochaine revue !

Luc : Ce serait bien !

Mag : ZDNet France, « Contrat open bar Microsoft-Défense : l’April pointe l’armée “victime du syndrome de Stockholm” », par Thierry Noisette,

Manu : C’est moche parce que je ne sais jamais ce que c’est que le syndrome de Stockholm. C’est quoi ? Avec l’armée quoi ! L’armée est trop forte pour avoir un syndrome comme ça !

Mag : Ce n’est pas quand on tombe amoureux de son kidnappeur ?

Luc : De son ravisseur !

Nico : De son ravisseur, c’est ça.

Manu : Et là, son ravisseur, c’est Microsoft et ça fait mal au cœur !

Luc : C’est bon on a fait le tour ? Excusez-moi parce que j’étais en train de dormir. Bon, je me réveille. Le sujet qu’on voulait aborder aujourd’hui n’est absolument pas celui-là. C’est un sujet dont on parle depuis au moins deux semaines, qui est un film. On vous a dit : « On va aller le voir » et nous sommes allés le voir. C’est Nothing to hide, le nom du film est en anglais, qui veut dire « je n’ai rien à cacher » et qui est donc un documentaire sur cette idée de « je n’ai rien à cacher », donc sur la surveillance, etc. Et donc Nothing to hide, le réalisateur, on peut peut-être le nommer.

Mag : Marc Meillassoux.

Luc : C’est un documentaire qui est sorti l’année dernière, qui est sous licence Creative Commons, alors ce n’est pas une super Creative Commons1, c’est la NC ND.

Mag : NC ND.

Luc : Ça veut dire qu’on a juste le droit de le diffuser, sans le modifier et uniquement dans des contextes où on ne fait pas d’argent avec.

Manu : Ceci dit, ce n’est déjà pas si mal de pouvoir le diffuser !

Luc : Effectivement.

Manu : Ça va permettre à plein de petits cinémas de reprendre le documentaire et de le mettre un peu partout.

Luc : Et on peut le voir sur Internet.

Mag : Alors je ne suis pas sûre que les cinémas s’en sont vraiment emparés.

Manu : Je crois que c’est Utopia, le réseau Utopia des cinémas.

Mag : En tout cas, sur Paris, il n’y avait que le cinéma Saint-Germain et il y avait une autre salle à Orléans.

Luc : Et une séance par jour.

Mag : Et une séance par jour. En plus il a été libéré, si on peut dire, puisque maintenant on peut le trouver sur Vimeo2 et sur le site du réalisateur.

Nico: Et aussi sur Torrent.

Luc : Et YouTube, mais je ne suis pas sûr que ce soient eux qui l’aient mis là.

Nico: Sinon, il est à disposition aussi en Torrent, si vous voulez économiser le réseau, ce sera bien plus respectueux !

Luc : Vous pourrez télécharger un truc sur Torrent qui soit totalement légal, juste pour énerver la HADOPI !

Manu : Bref, qu’est-ce que vous en avez pensé ?

Luc : Moi je l’ai trouvé bien. C’est un documentaire qui est clairement à destination du grand public, donc on n’a pas appris grand-chose !

Manu : Parce que nous on connaît tout par cœur !

Mag : Un peu comme Les Nouveaux Loups du Web, qu’on avait eu, qui avait tourné. C’était très grand public mais, du moins, c’est super accessible.

Luc : Le film n’est pas trop long, il fait un peu moins d’une heure trente, donc une durée raisonnable.

Mag : Une heure vingt-six.

Luc : Une heure vingt-six. Très exactement 96 minutes.

Manu : Non !

Mag : 86. Reprends-toi Luc !

Manu : C’est taillé pour être un documentaire tel qu’il se diffuse partout dans le monde.

Luc : Quoi d’autre ? Qu’est-ce qu’on peut dire d’autre ? Il y a toute une partie avec des interviews de gens qui ont des choses à dire sur la surveillance et ce comédien allemand, puisque ça se passe entre la France, l’Allemagne et un peu les États-Unis, mais qui, en gros, dit n’avoir rien à cacher, qui est un type qui mène sa vie et deux hackers vont se pencher sur ses métadonnées et uniquement les métadonnées.

Mag : Ce ne sont pas des hackers. Ce sont des analystes professionnels.

Luc : D’accord !

Nico : En gros son PC et son téléphone portable et autres vont être mis sur écoute ; donc ça va récupérer…

Luc : Et il est d’accord !

Nico : Et il est d’accord, bien sûr ! On lui a demandé son avis avant.

Mag : Et il est mort de rire d’ailleurs. Il pense vraiment qu’il n’a rien à cacher ! Il rigole !

Nico : Oui. Il pense qu’il n’a rien à cacher et, en fait, ça va remonter toutes les données qui sont remontées habituellement quand vous utilisez votre téléphone mobile. Ce n’est pas le bon vieux mouchard de la DGSI ou autre, ce sont vraiment les applications que vous allez utiliser, WhatsApp, Facebook ou autres. À la fin du film ils font l’analyse de toutes ces données et ils essaient de deviner où est-ce qu’il habite, qui il fréquente.

Luc : Quel genre de vie il a.

Nico : Quel genre de vie il a. Ils arrivent à avoir des données qui sont assez intéressantes.

Mag : Ses moyens.

Manu : D’où vient sa famille, quel emploi il a, dans quel contexte il s’amuse, où est-ce qu’il passe ses soirées, les voyages qu’il a faits partout en Allemagne et au Luxembourg.

Nico : Ils arrivent même à trouver dans quels films il a joué, puisque c’est un comédien, donc ils arrivent à trouver le film, la salle de théâtre où il s’est produit à l’avant-première, et tout ça à partir de données de géolocalisation ou d’appels.

Luc : Et ce sont des métadonnées : c’est-à-dire qu’en gros ils n’ont pas accès aux contenus mais simplement aux données de description des fichiers du genre : telle date, telle heure, tu as contacté tel numéro pendant tant de temps. Typiquement ce genre de données. Ce n’est pas extrêmement spectaculaire dans ce qu’ils trouvent, c’est-à-dire qu’on n’apprend pas qu’il a changé de sexe ou des machins incroyables.

Mag : D’un autre côté, il y a des choses qu’on n’a pas vues concernant tout ce qui est ses amis.

Nico : Oui, parce qu’il a refusé que ses amis fassent partie de l’expérience.

Luc : Effectivement. Il y a plein d’infos sur ses amis.

Mag : Je pense qu’il y a des choses spectaculaires qu’on n’a pas vues.

Luc : C’est probable, oui.

Manu : La conclusion, vous en avez déjà parlé, mais la conclusion c’est que oui, il avait des choses à cacher. C’étaient toutes les métadonnées qui concernaient ses amis, justement il a refusé qu’elles soient diffusées parce qu’il s’est rendu compte que ça avait impact sur plus que lui. Il a accepté qu’on sache qu’il regardait du porno par exemple, ça m’avait fait bizarre quand ils disent : « Voilà, tu as passé tant de temps à regarder du porno ! »

Mag : Ils ne s’étendent pas sur le sujet pour connaître ses goûts, etc., mais ils auraient pu.

Manu : Effectivement, ils auraient pu. Mais pour le coup, quand ils commencent à dire on a aussi des données qu’on a pu déduire qui concernent les amis, là il a bloqué et donc il avait bien quelque chose, et c’est logique, c’est légitime, il avait bien quelque chose à cacher.

Luc : L’autre truc qui l’impressionne beaucoup, et ça c’est assez intéressant à voir, c’est quand il voit sur la carto tous ses déplacements, parce qu’il est géolocalisé, et donc il y a des cartes de chaleur, on voit là où il est le plus souvent, etc. Et c’est ce côté de retracer tout le parcours qui vraiment le frappe et c’est un des moments où il dit : « OK je vais changer, alors pas nécessairement radicalement, mais je vais me calmer sur ces trucs-là. »

Mag : Typiquement on voit où il habite, on voit où il travaille, on voit où il a passé ses week-ends, on voit où sont ses meilleurs amis.

Nico : Ses soirées.

Mag : Ses soirées.

Nico : Sa famille.

Mag : On voit beaucoup de choses.

Nico : On le voit aller au bar en face de chez lui.

Mag : Souvent !

Nico : Souvent.

Manu : Faire du jogging.

Nico : Faire du jogging. On voit exactement où est-ce qu’il passe.

Mag : Ses parcours de jogging, ses parcours différents.

Luc : Et je crois que c’est quelque chose qu’on peut voir assez facilement soi-même quand on est sur Google, etc. Il y a une page, je ne sais pas comment ça marche parce que je n’y suis pas.

Nico : Dans Google historique, effectivement, il va garder l’intégralité de toutes vos positions qu’il va pouvoir trouver. Vous allez pouvoir savoir, comme ça, où vous étiez il y a cinq ans. C’est assez précis d’ailleurs.

Luc : J’ai un copain qui avait fait ça il y a quelques années, qui lui est à fond dans tous ces trucs-là, et qui avait été assez effrayé de voir à quel point sa vie était extrêmement régulière. Et du coup, ça avait été une sorte de renvoi où il se disait « mais en fait ma vie est super banale ; je suis toujours au même endroit au même moment et donc je suis totalement prévisible dans mes actions, dans mes déplacements. » C’est une expérience que vous pouvez faire et voir votre vie et effectivement remonter sur des années et des années.

Manu : C’est le fil rouge personnel, individuel du documentaire, donc cet acteur allemand, ce personnage, ça commence pas mal, en plus, avec un drone qui vient le filmer, qui se rapproche de lui pendant qu’il court et on le voit vraiment jusqu’à la fin. Il a l’air sympathique ! Moi j’ai trouvé que la réalisation n'était pas mal. C’est bien amené, justement, on se rapproche de lui au début ; on voit, on rentre dans sa vie et on commence à mieux le connaître. Mais, en même temps, il n’y a pas que ça. Je trouve que ce n’était pas mal. Ils arrivaient à alterner tout le temps entre le côté hyper personnel, lui, l’individu, sa vie, ses soirées ; on voit qu’il ne dort pas deux nuits de suite, il danse, il fait de la musique, des choses comme ça. Et, en même temps, on parle d’institutionnel, des États ; on parle de l’histoire, la Stasi, par exemple, qui arrive pour parler. Et quand on sait qu’on est en Allemagne dans une partie du documentaire, il y a des choses assez percutantes.

Luc : Ils sont effectivement à Berlin et il y a du beau monde dans ce documentaire.

Mag : Il y a une fille de chez Tor3.

Nico : Il y a une fille de chez Tor ; il y a Jérémie Zimmermann de La Quadrature.

Luc : Qu’on connaît bien.

Nico : Il y a Philippe Epelboin qui est un chercheur en sécurité en France. Qui est-ce qu’on a encore ?

Mag : Il y a deux agents de la NSA, deux ex-agents de la NSA.

Luc : Des lanceurs d’alerte. Ouais !

Mag : Il y a un écolo qui est a été assigné à résidence, français [Joël Domenjoud].

Luc : Français et surveillé depuis des années, bien avant l’assignation.

Mag : Il y a aussi une femme allemande.

Luc : Une militante.

Mag : Une militante allemande qui s’est faite espionner par la Stasi dont même le mari était un des indicateurs.

Luc : Était le principal informateur d’ailleurs.

Manu : Et arrêtée par la Stasi dans une manifestation.

Luc : C’était une militante des droits de l’homme et féministe.

Mag : Il y a le jeune qui a récupéré toutes les informations que Facebook avait sur lui. Malheureusement, lui on ne le voit pas très longtemps, c’est dommage !

Manu : Mark Schrems.

Mag : Il y a vraiment pas mal de beau monde.

Luc : C’est vraiment intéressant, oui. Du coup ça fait quand même un panorama assez intéressant. Évidemment il y avait un débat après, avec Magali et Manu on l’a vu à une projection organisée.

Mag : Organisée par franciliens.net et Parinux, à la FPH [Fondation pour le progrès de l'Homme].

Luc : Et, du coup, il y avait une discussion avec le réalisateur, après. Plein de gens ont dit : « Il manque ça, il manque ça, il manque ça ! » Donc forcément il manque quelque chose.

Mag : Si on avait dû mettre tout ce qui manquait ça aurait duré dix heures, le film !

Luc : Et ça n’aurait pas été très accessible. Après, moi, dans mes regrets, c’est qu'effectivement ça parle beaucoup de la surveillance côté NSA, côté surveillance d’État, avec, notamment en France, notre écolo surveillé, et ça parle assez peu de la partie surveillance des GAFAM, etc., dont on parle ici très souvent et, pour moi, c’est une continuité ; les deux sont liés. Puisque, évidemment, la NSA s’est abondamment appuyée dessus et il y a un côté contrôle social qui est pour moi très important. Je pense que ça aurait mérité un peu plus de temps,

Mag : À cette question, Marc Meillassoux nous fait une belle réponse. Il a dit qu’il avait dû faire un choix, qu’il avait dû se limiter dans le temps, qu’il avait treize heures de rushes ; si vous voulez accéder aux rushes vous pouvez les demander et peut-être qu’il y aura un deuxième film, enfin un deuxième documentaire.

Luc : Il avait dit aussi que pour lui ce n’était pas la même chose parce que, en gros, les GAFAM ne débarquent pas à cinq heures du matin en défonçant ta porte avec un flingue à la main. Moi je pense qu’il a quand même raté quelque chose là-dessus.

Mag : Ou il en fera un deuxième film.

Manu : On va récupérer les rushes et puis on va faire quelque chose.

Luc : Non ; c’est du ND, on n’a pas le droit, on ne peut pas. Sauf s’il nous l’autorise, effectivement.

Mag : Les rushes ne sont pas sous la même licence, sûrement.

Nico : Et sinon, moi ce qui m’a un peu gêné aussi dans ce film-là, il montre l’effet de la surveillance, mais il ne donne pas les outils, en fait, pour se protéger. Il cite vite fait les CryptoParties, Cafés Vie Privée4 et tout ça.

Luc : Il dit qu'il faut y aller quoi !

Nico : Voilà ! Il faut y aller.

Manu : Il parle de logiciel libre rapidement à la fin.

Nico : Quelques logiciels libres.

Mag : C’est Jérémie qui en parle. Merci Jérémie.

Manu : Mais ça c’est un élément de conclusion. C’est-à-dire qu’effectivement, cette surveillance, on ne va pas y échapper comme ça. Et pour le coup, ce n’est pas mal de nous mettre le doigt dessus. Vous êtes surveillés, la surveillance va très loin dans vos vies intimes. Il peut y avoir des conséquences. Moi je vois la Stasi comme l’exemple type de l’État policier ultime. Je n’en connais pas de mieux dans l’histoire moderne et je trouve que ça a vraiment des conséquences. On voit tout ce truc-là. Je pense que c’est un argument. En fait, ce documentaire vous devriez le montrer aux gens que vous connaissez qui pensent qu’effectivement ils n’ont rien à cacher. Et peut-être que, comme l’acteur, vous allez vous rendre compte que finalement… Peut-être que ce n’est pas pour vous, mais c’est au moins pour votre entourage. Ça a des conséquences : la visibilité, la transparence. Peut-être que les gens auxquels vous tenez, vous ne voulez pas qu’ils sachent nécessairement tout ce que vous faites ou que, eux aussi, partagent.

Luc : On peut aussi ne pas vouloir savoir ce qu’ils font ! C’est vrai ! [Rires] Et derrière, il y aussi cette question de la réaction du comédien dans le film. Il souligne ça, et je pense qu’on en parle finalement assez peu, avec cette idée que quand on va se connecter ce ne sont pas uniquement ses données qu’on livre, ce sont également les données de tous ses amis. Et c’est quand même assez fou quand on y pense parce que, pour l’instant, ce n’est pas quelque chose qui a été mis très avant. Qu’on fasse des choix pour soi, c’est une chose, Nicolas en parlait, tu connais bien dans Whatsapp. Quand on installe Whatsapp, Whatsapp télécharge tout notre carnet d’adresses, c’est-à-dire qu’en fait on vend les données de nos amis à ces gens-là.

Mag : On ne les vend pas !

Luc : Si on les vend.

Mag : On les donne. Allez cadeau !

Luc : On a un service derrière, donc on a acheté ce service avec ces données-là. Mais qu’on vende ses données, pourquoi pas ! Mais on vend les données des autres. Et ça, c’est finalement c’est quelque chose sur lequel on insiste, nous, assez peu et c’est peut-être une piste de réflexion. Mais voilà ! Donc pour vous le film à regarder, ou pas ?

Mag : À regarder, clairement !

Mag : Bien sûr ! À regarder et à faire regarder à d’autres.

Nico : C’est vrai que c’est un bel outil de promotion et de propagande, on va dire, sur la surveillance de masse.

Luc : Moi je pense qu’un public qui est vraiment totalement étanche au niveau politique, qui a zéro conscience politique…

Nico : Ça ne passera pas !

Luc : Ça lui passera au-dessus de la tête, à mon avis.

Nico : Il faut avoir un peu de sensibilisation.

Mag : Je n’en suis pas si sûre parce que le comédien, il avait zéro conscience politique. Et puis, on voit bien, à la fin, la gueule qu’il tire quoi !

Luc : Oui, mais il y a beaucoup d’intervenants qui parlent de politique. La militante de RDA, ex-RDA, c’est politique.

Mag : C’est politique mais, en même temps, c’est un témoignage. Quand elle nous dit qu’elle n’avait plus l’impression de vivre. Et on en a une autre dont on n’a pas parlé : celle qui voit sa mère mourir et qui cache son téléphone.

Nico : Dans le four micro-ondes.

Mag : Ou dans le frigo. Là effectivement c’est politique mais, en même temps, son ressentiment est personnel.

Manu : Parce que sur son lit de mort elle va partager des informations et elle a peur que ces informations transitent sur les téléphones.

Luc : Oui. Ce que je trouvais intéressant aussi par rapport à cette question du décès c’était que, effectivement, en gros elle se savait surveillée et elle arrivait à vivre avec.

Mag : Par contre, quand elle va voir sa mère.

Luc : À ce moment-là elle se sentait vulnérable ; et ce n’est pas tant que les informations avaient n’importe quelle valeur, mais c’est qu’à ce moment-là ça devenait insupportable.

Nico : Elle voulait être toute seule.

Luc : Elle avait besoin de cette solitude et de ne plus se sentir surveillée. J'ai trouvé ça vraiment très intéressant de pointer cet aspect totalement irrationnel mais totalement naturel des choses, en fait. Et pour ça, c’est vraiment très bien. Ce film est bien !

Manu : Ce qu’il y avait de rigolo aussi, c’est quand les gens qui se savaient surveillés obtenaient des informations sur la surveillance. La femme de la RDA, une fois qu’elle a su qu’elle était surveillée par, je ne sais plus, quinze personnes.

Luc : Quarante. Plus de quarante.

Manu : Quarante personnes ! C’était incroyable, elle s’est retrouvée dans une situation d’ennemie de l’État ; elle était quasiment l’ennemi numéro un et bêtement ! Et pareil pour l’écolo, qui a découvert qu’en fait c’étaient des notes blanches qui avaient été accumulées sur son compte et qui menaient à pas grand-chose, en fin de compte.

Mag : Et l’ami de l’écolo qui se rendait compte que oui, effectivement, il était suivi et qu’il voyait des choses partout et qui a arrêté de le voir pendant un certain temps, le temps de se remettre de l’information. Là c’est politique et, en même temps, c’est personnel.

Luc : Oui. Tout à fait. Donc regardez absolument ce film. Il est sur Vimeo. Vous pouvez le télécharger sur le site directement.

Mag : Il me semble que franciliens.net5 va aussi le mettre sur le site pour que ce soit en accès libre.

Nico : Il est déjà diffusé, mais ils vont peut-être le mettre un peu plus en avant.

Manu : Et on peut s’attendre à ce qu’il y ait des cinémas, des petits cinémas, probablement, qui le diffuseront à l’occasion.

Luc : Très bien. Donc Nothing to hide, on vous le recommande chaudement. À la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut !

Nico : Bonne semaine à tous.

Bienvenue à Datastopia

L’actualité des champions de l’exploitation peu scrupuleuse des données personnelles est malheureusement toujours chargée… Gee nous propose un petit florilège (les sources sont données en fin d’article). Une façon d’illustrer à quoi Contributopia, notre toute nouvelle campagne, se veut une alternative un peu plus réjouissante…

Sources :

Crédit : Simon Gee Giraudot (Creative Commons By-Sa)

Décryptualité du 16 octobre 2017

- [France Culture] Pouvoir des plateformes et contre-pouvoir citoyen - [Les Echos] Comment protéger sa vie privée sur Internet - [UP Magazine] ”L'innovation ascendante” et le rôle clé de l'utilisateur - [Numerama] Librem 5: pari réussi pour le smartphone libre et sécurisé de Purism - [Numerama] Terrorisme: l'obligation de déclarer tous ses identifiants en ligne est supprimée Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – LAL

Revue de presse de l'April pour la semaine 41 de l'année 2017

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 41

[France Culture] Pouvoir des plateformes et contre-pouvoir citoyen

Par Catherine Petillon, le samedi 14 octobre 2017. Extrait:
> Airbnb, Deliveroo, Facebook.... les plateformes sont partout dans nos vies. Comment les réguler? Le conseil national du numérique sollicite l'avis de tous et lance une consultation publique sur la confiance à l'ère des plateformes.
Lien vers l'article original: https://www.franceculture.fr/emissions/le-numerique-et-nous/donnees-algorithmes-comment-les-citoyens-peuvent-agir

[Les Echos] Comment protéger sa vie privée sur Internet

Par Jessica Berthereau, le vendredi 13 octobre 2017. Extrait:
> Rien de plus facile, pour une personne malveillante ou une entreprise intéressée par nos données personnelles, que de nous pister via nos machines numériques. Même si on n’a rien à cacher, mieux vaut ne pas laisser ouvertes les portes et les fenêtres digitales. Petit guide d’hygiène numérique.
Lien vers l'article original: https://www.lesechos.fr/week-end/perso/developpement-personnel/030695212540-comment-proteger-sa-vie-privee-sur-internet-2122002.php

[UP Magazine] ”L'innovation ascendante” et le rôle clé de l'utilisateur

Par Fabienne Marion, le mardi 10 octobre 2017. Extrait:
> Les recherches en sciences sociales sur le processus d'innovation ont dû beaucoup s'employer pour faire reconnaître l'importance du rôle joué par les usagers. Ceux-ci sont en effet longtemps demeurés la figure marginale des travaux sur les sciences et les techniques. L'image d'un inventeur démiurge, puis celle de la toute puissance de la production, des laboratoires de R&D et des services marketing, cantonnent toutes plus ou moins l'usager au rôle (certes décisif) de consommateur, ou de testeur. Pourtant, plusieurs études de cas sont venues fortement remettre en cause cette représentation.
Lien vers l'article original: http://up-magazine.info/index.php/decryptages/analyses/6977-qlinnovation-ascendanteq-a-travers-quelques-exemples-classiques-2

[Numerama] Librem 5: pari réussi pour le smartphone libre et sécurisé de Purism

Par Julien Lausson, le mardi 10 octobre 2017. Extrait:
> Le projet de financement mis en place par la société américaine Purism pour donner naissance à Librem 5, un smartphone GNU/Linux, ouvert et sécurisé, est un succès. Le cap des 1,5 million de dollars a même été franchi.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/296091-librem-5-pari-presque-reussi-pour-le-smartphone-libre-et-securise-de-purism.html

[Numerama] Terrorisme: l'obligation de déclarer tous ses identifiants en ligne est supprimée

Par Julien Lausson, le lundi 9 octobre 2017. Extrait:
> Lundi 9 octobre, les parlementaires se réunissent en commission mixte paritaire pour décider du sort à donner de l'obligation faite aux suspects de déclarer tous leurs identifiants. Une mesure jugée inutile et inconstitutionnelle par ses détracteurs.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/296025-inutile-inconstitutionnelle-lavenir-incertain-de-lobligation-de-declarer-tous-ses-identifiants-en-ligne.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Penser le sens du code source à la lumière de Gilbert Simondon


Stéphane Couture

Titre : Penser le sens du code source à la lumière de Gilbert Simondon
Intervenant : Stéphane Couture, professeur en communication - Université York - Canada
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 35 min 28
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Reprenant la pensée philosophique de Gilbert Simondon et certains travaux universitaires de sociologie et de communication, cette présentation abordera la question du « sens » des logiciels libres, et en particulier de leur code source. Dans son ouvrage « Du mode d’existence des objets techniques », d’abord paru en 1958, mais aujourd’hui revisité, Simondon visait à susciter une prise de conscience du sens des objets techniques et ainsi réintégrer la technique dans le domaine de la culture. Pour Simondon, la culture reconnaîtrait certains objets comme porteurs de sens, mais en refoulerait d’autres, notamment les objets techniques, dans le monde de ce qui ne possède pas de significations, mais seulement une fonction utile. Pour Simondon, la posture permettant une prise de conscience du sens des objets techniques est celle, consciente, que la machine n’est pas une unité absolue, mais constitue plutôt une association de plusieurs éléments que l’humain a pour rôle de mettre en relation les uns par rapport aux autres. Les différentes études que j’ai menées dans les dernières années m’ont permis de constater que plusieurs des acteurs et actrices des logiciels libres entretiennent une relation avec le code source qui dépasse la dimension purement technique. Le code source est plutôt appréhendé dans sa dimension expressive, en tant qu’il est le lieu même de l’interaction et de la communication entre les membres d’une communauté. Dans cette présentation, j’aborderai de façon générale la manière dont les réflexions de Gilbert Simondon peuvent s’appliquer à l’engagement dans la conception des logiciels libres. J’approfondirai ensuite ces analyses à la lumière de mes propres travaux universitaires sur la sociologie du code source informatique.

Transcription

Mon nom c’est Stéphane Couture. Je suis professeur en communication à l’université York au Canada. On m’a approché pour faire une présentation sur Simondon, sur Gilbert Simondon ou plutôt en hommage à Gilbert Simondon. Gilbert Simondon est un philosophe de la technique, qui est décédé en 1989 [est-ce que vous m’entendez bien ?], qui est né à Saint-Étienne. Donc Saint-Étienne, comme vous le savez, c’est cette ville-ci, donc c’est pour ça qu’on m’a demandé de parler de Simondon. Et comme j’avais travaillé sur ce philosophe-là et sur le logiciel libre, c’est pour ça qu’on m’a demandé d’en parler. Ceci dit, ça fait assez longtemps que j’ai travaillé là-dessus donc j’ai récupéré des documents d’archive, en quelque sorte, pour vous présenter ça.

Qui connaît ici Simondon ? Trois personnes ! Bon.

Donc ma présentation, en fait, va être assez pédagogique. Je vais surtout présenter des extraits de vidéos de Simondon et des extraits de citations de lui, pour montrer un peu l’esprit du philosophe, l’esprit de l’auteur, et je vais essayer de voir comment il aurait analysé le logiciel libre, le code source et tout ça. Je vais essayer de faire ça ouvert un petit peu, peut-être que ça va vous interpeller aussi ce que Simondon disait et comment vous voyez son approche, sa réflexion sur le code source.

Vous pouvez visiter ma page web1 si vous le voulez.

Comme je l’ai mentionné, Gilbert Simondon, on lui attribue beaucoup un philosophe de la technique, mais son œuvre est beaucoup plus large, en fait. Il a cherché à penser le concept d’individuation. Comment des êtres, des êtres techniques ou des êtres vivants, viennent à se différencier d’autres êtres et deviennent des individus. Un exemple facile ce serait un bébé. Un bébé, un fœtus, lorsqu’il est dans le ventre de sa mère, il n’y a pas de différence entre la mère et l’enfant, même avant, et progressivement l’enfant devient, est devenu un individu, au point d’être complètement séparé de sa mère. C’est un peu ça qu’il pense, OK, pas seulement la question du fœtus, mais l’ensemble des individus. Donc les individus autant techniques que biologiques.

Il est né à Saint-Étienne en 1924. Il est mort le 7 février 89 à Palaiseau, près de Paris. Il a défendu sa thèse de doctorat en 58 qui s’appelait L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information. Donc c’est surtout une réflexion en opposition à la cybernétique, s’il y en a qui connaissent la cybernétique. Il a réalisé plusieurs autres publications jusqu’en 69.

Simondon est mort en 89, mais, en fait, il est mort dans la solitude – ça arrive souvent pour des intellectuels – et sa pensée a été redécouverte dans les années 2000. Donc, à partir des années 2000, on a commencé à republier ses œuvres, mais ensuite on a trouvé dans ses greniers, dans sa maison, certains extraits de cours, ses notes de cours qu’on a republiées. Et il a commencé à être traduit en anglais vers 2010/2015, donc c’est tout récent. Et souvent ça va aux États-Unis, ça revient ensuite, donc ça se peut que dans quelques années il va être très populaire.

Ceci dit, il a influencé des philosophes très connus, très influents, comme Gilbert Deleuze ou Bernard Stiegler, que vous connaissez sans doute peut-être aujourd’hui.

Moi je vais me concentrer ici sur un de ses livres, son livre [Du mode d’existence des objets techniques] qui est, en fait, comme la deuxième partie de sa thèse de doctorat et qui a fait l’objet d’une publication immédiate suite à sa thèse de doctorat en 1958.

Je ne vais pas entrer dans les détails de toute sa théorie, je dirais, en fait pour les personnes qui étaient présentes à la présentation de Coline [Coline Ferrarato] il y a deux jours, elle a présenté un peu plus en détail ce qu’était un objet technique.

Moi, ce qui m’interpelle beaucoup, en fait, chez Simondon c’est son objectif que je dirais politique. Il ne parle pas de politique, lui-même, mais je le définis comme ça. Comme on peut voir, dès la première phrase de son ouvrage il dit : « Cette étude est animée par l’intention de susciter une prise de conscience du sens des objets techniques » OK ? Et même dans le paragraphe suivant il dit que cet objectif lui apparaît aussi important que l’émancipation des esclaves. OK ? Il prend ça très au sérieux et c'est la critique qu’on peut faire à Simondon, ce n’est peut-être pas aussi important que de libérer les esclaves, son projet. Mais c’est un projet qui parle beaucoup aux techniciens, aux gens qui ont une sensibilité technique.

Donc deux choses avant – les personnes que je pensais qui allaient être là ne sont pas là – mais deux choses sur lesquelles je voudrais insister : Simondon n’aborde pas beaucoup les enjeux politiques, économiques, sociaux, donc je ne vais pas beaucoup aborder ça ici ; je pourrai l’aborder dans d’autres présentations ou en discussion, mais ce n’est pas l’objet de ma discussion. Ensuite, c’est de la philosophie, donc ce n’est pas facile à instrumentaliser. On peut avoir une réflexion : à quoi ça sert Simondon ? Mais pour moi ça sert à comprendre le monde, ça ne sert pas à faire un logiciel libre en tant que tel ou à changer les politiques.

Je vais montrer un extrait de Simondon qui, j‘espère, va fonctionner. En fait c’est une vidéo, c’est la seule entrevue avec Simondon qui a été réalisée, par ailleurs, par Radio Canada, par les Québécois, en 1968, et ça vous donne un peu une idée du personnage. Je vais passer une minute.

[Extrait de la vidéo]

Journaliste : Et vous vous situez, à votre sens, de quelle façon dans ce courant mécanologique ?

Stéphane Couture : On ne comprend pas très bien.

Journaliste : Vers quoi entendez-vous le faire déboucher ?

Gilbert Simondon : Oui. Je voudrais aller surtout, surtout, vers quelque chose de culturel. Ce qui, maintenant, me préoccupe le plus, ce n’est pas une étude froide et objective que je crois nécessaire. Une étude froide et objective des choses, je ne veux pas faire un musée, encore que j’en reconnaisse la nécessité et l’utilité. Je voudrais surtout éveiller culturellement mes contemporains en ce qui concerne la civilisation technique ou, plutôt, les différents feuillets historiques et les différentes étapes d’une civilisation technique. Car j’entends des grossièretés qui me découragent, particulièrement l’objet technique est rendu responsable de tout ; nos civilisations sont techniciennes ; il n’y a pas assez d’âme. Ou bien la civilisation de consommation est rendue responsable des désastres de nos jours et du désagrément de vivre. Elles n’est pas tellement technicienne, notre civilisation, mais quand elle l’est, elle l’est quelquefois très mal. Autrement dit, je crois bien qu’il faudrait apporter un tempérament, qu’il faudrait modifier l’idée selon laquelle nous vivons dans une civilisation qui est trop technicienne. Simplement elle est mal technicienne.

[Fin de l'extrait]

Stéphane Couture : Donc il disait qu’elle était mal technicienne. Mais vous voyez, en fait, son objectif c’est de changer le tempérament, la culture. Donc c’est vraiment ça que moi je retiens, que je veux retenir ici.

Donc, une des choses que Simondon reconnaît, constate en fait, ne reconnaît pas, mais il constate dès les premières pages, dès l’introduction, il note un peu comme mentionné dans la vidéo, il note que la culture, en particulier la culture occidentale, est déséquilibrée parce qu’elle reconnaît certains objets, comme l’objet esthétique, comme des objets qui ont du sens, une certaine signification culturelle. Mais d’autres objets, surtout les objets techniques seraient, en fait, sans structure, n’auraient pas de sens, n’auraient pas de signification ; ce seraient des êtres, des individus, qui seraient morts, inertes. OK ? En fait c’est contre ça qu’il s’oppose.

Pour Simondon, ce qu’il appelle ce déséquilibre ou ce malaise de la technique, a pour conséquence, ou a pour symptôme, deux attitudes différentes face à la technique.

D’une part l’idolâtrie. Donc les personnes qui sentent la signification ou qui sentent, en fait, qu’il y a un sens aux objets techniques, qu’un objet technique peut être beau ou peut avoir — je vais en parler tout à l’heure, mais ce sont les mots qu’il utilise — peut avoir une certaine poésie, mais qui ne sont pas capables de l’exprimer en tant que poésie parce que ce n’est pas reconnu dans la société, donc ce qu’ils vont faire c’est qu’ils vont idolâtrer les objets techniques. Donc une espèce d’idolâtrie de la technologie.

Vous avez sûrement entendu ça, une technophilie ambiante : des gens, en fait, croient que Facebook ou que n’importe quelle technologie va sauver le monde.

Et de l’autre part un dénigrement : l’objet technique n’est que purement fonctionnel, sans signification et, en fait, c’est d’aucun intérêt, on ne va pas l’étudier de façon anthropologique ou culturelle ou quelque chose comme ça.

Donc Simondon réagissait à plusieurs autres auteurs de son époque, notamment Jacques Ellul et Heidegger qui notaient que la technologie envahissait le monde et qu’on devenait un monde de plus en plus froid et inhumain.

Ce que Simondon dit c’est que, au contraire, la technologie ce n’est pas un nouveau dieu. OK ! Ce n’est pas non plus un monde inerte, mais, en revanche, c’est quelque chose d’humain, il faut l’appréhender comme quelque chose d’humain de façon très humble, ni plus ni moins que ça.

Une des choses — on en a parlé avant-hier à la présentation — Simondon définit l’objet technique par sa genèse. Donc l’objet technique c’est un objet qui a une genèse, qui s’inscrit dans une espèce de généalogie technique. Il y avait un objet plus ancien, un objet technique plus ancien, qui devient plus nouveau ; l y a d’autres objets plus récents qui émergent et tout ça.

Moi, ce qui m’intéresse beaucoup dans Simondon, c’est de voir l’objet technique comme une médiation. Donc Simondon ne voit pas seulement l’objet comme un instrument ; en fait il s’oppose à une vision instrumentale, à savoir que c’est un instrument, mais il le voit plutôt comme une médiation. L’objet technique c’est un point de rencontre entre deux milieux. Il doit être intégré à deux milieux à la fois, mais ces milieux ne sont pas compatibles. Donc ce qui l’intéresse, lui, c’est tout le travail qu’il appelle de concrétisation, le travail que les humains doivent faire pour adapter l’objet technique à deux milieux.

Si on prend l’exemple d’un marteau. Un marteau, simplement, ce sont des exemples de ce qu’il appelle un individu technique, au début un marteau c’était une technique : on utilisait les mains pour clouer quelque chose, pour assembler et, progressivement, ce qu’on fait c’est qu’on extrait des bouts de matière, du bois ; on travaille le bois, on attache la roche ; et tout ça, tout ce travail-là qui progressivement est fait de façon historique va constituer une médiation. Donc on change la nature et certains sociologues plus contemporains vont dire que l'objet technique va être un mix stable d’humain et de naturel. Et le processus de concrétisation, c’est cette idée-là, en fait, de stabiliser l’objet pour qu’il soit fonctionnel. Mais dans le processus, lui ce qui l’intéresse c’est le processus qui fait que les gens vont travailler, vont construire un objet et vont essayer de le rendre compatible entre les besoins humains et les besoins naturels, et c’est dans ce sens-là qu’il y a une dimension culturelle.

[Je vais regarder, ce n’est peut-être pas la bonne. OK !]

Je vais revenir là-dessus. Donc suivant cette question-là, de voir l‘objet technique comme une médiation entre l’humain et le naturel, lui ce qu’il voit, en fait il fait une analyse, il critique beaucoup la robotique il dit : « Les robots, on a une fixation sur les robots justement, on va les sacraliser aujourd’hui ; les robots vont être vus comme la perfection technique. » Simondon dit : « La perfection technique ce n’est pas l’automatisme, en fait, c’est l’indétermination. C’est le fait qu’une machine ou un objet vont être facilement associés à différents usages ou à différents environnements, vont pouvoir être adaptés. » Il écrit : « Une machine purement automatique, complètement fermée sur elle-même dans un fonctionnement prédéterminé ne pourrait que donner des résultats sommaires. […] Le véritable perfectionnement des machines correspond […] au fait que le fonctionnement d'une machine recèle une certaine marge d’indétermination. » Ce qu’il va appeler une machine ouverte, contrairement à une machine fermée. La machine ouverte va être plus propice à faire cette médiation-là et se transformer progressivement, arriver à faire différents liens entre la nature et entre l’humain, mais plus généralement entre les machines entre elles. La nature et l’humain. OK ?

Donc Simondon s’est beaucoup penché, justement, pourquoi notre culture est en quelque sorte déséquilibrée et il a travaillé le concept d’aliénation. Ce sentiment de déséquilibre par rapport aux technologies, il appelle ça l’aliénation. Donc les gens sont aliénés par rapport à la technologie et, dans ce sens-là, il reprend en quelque sorte Marx. Qui connaît ? Vous avez déjà entendu parler de Karl Marx ? Si. Sûrement ? Un peu. Moi je ne suis pas un spécialiste de Marx, mais peut-être les gens vont m’en rappeler. Mais pour Marx, l’idée c’est que les travailleurs étaient aliénés dans leur travail dans le sens qu’ils n’étaient pas propriétaires de leurs moyens de production. Il n’y avait pas la propriété individuelle ou collective, mais ce qui l’intéressait c’est surtout la propriété collective. Autrement dit ils travaillaient, mais le fruit de leur travail leur était aliéné dans le sens qu’ils ne le possédaient pas.

Donc Simondon critique Marx et propose une définition que j’appellerais « psycho-cognitive » de l’aliénation. Pour Simondon, l’aliénation c’est de ne pas avoir conscience des schèmes de fonctionnement, de ne pas prendre conscience du sens des objets techniques. Donc l’aliénation ça serait une non conscience du fonctionnement.

Par exemple le travail à la chaîne pour Simondon, il reconnaît que les travailleurs sont aliénés pas parce qu’ils n’ont pas la propriété de la production, mais parce qu’ils sont dans une chaîne, qu’ils ne sont pas capables de voir l’ensemble du fonctionnement technique. Ils vont travailler seulement sur un individu. Il note aussi la relation de propriété. Il critique l’idée que les banquiers ne seraient pas aliénés, mais il mentionne : « Les banquiers sont autant aliénés que les travailleurs par rapport à la machine, parce que les banquiers voient la machine comme quelque chose d’instrumental, quelque chose qu’on peut maîtriser, mais ils ne cherchent pas, en fait, à comprendre ». Il va appeler ça des psychologues des machines, en fait, de voir comment elles fonctionnent ensemble.

Même chose, la relation d’usage pour Simondon, en fait, c’est une relation instrumentale par rapport aux technologies. Et le fait d’utiliser un ordinateur, par exemple, ou un autre objet sans comprendre au minimum, son mot c’est « sans avoir conscience du fonctionnement de la machine », va être une relation aliénée avec la technologie.

Pour Simondon une relation non aliénée, il dit ça sera en quelque sorte une espèce d’ingénieur des organisations ou un psychologue des machines qui va vivre au milieu des machines, les regarder entre elles, et tout ça.

Lui ce qu’il perçoit, donc la relation non aliénée aux objets techniques, il demande que l’humain devienne en quelque sorte comme un organisateur permanent des objets techniques. Plutôt que de voir des objets techniques, les technologies, comme quelque chose de fermé, l’humain serait en quelque sorte une espèce de chef d’orchestre au milieu d’une société des technologies, qu’il va mettre en relation continuellement les unes par rapport aux autres et dont il va prendre soin.

Son écriture est très belle : « La machine qui est douée d’une haute technicité est une machine ouverte, et l’ensemble des machines ouvertes suppose l’homme, ou l’humain, comme organisateur permanent, comme interprète vivant des machines les unes par rapport aux autres, et qui ont besoin de lui comme les musiciens ont besoin d’un chef d’orchestre. » Donc la relation que Simondon voit avec les techniques, c’est celle du chef d’orchestre par rapport à ses musiciens, qui va essayer d’animer les objets techniques pour les faire fonctionner entre eux.

En fait moi, je travaillais dans la programmation et dans le mouvement du logiciel libre avant de commencer d’étudier ça et ça m’a beaucoup interpellé, parce que j’ai essayé de voir toujours quel était le sens du mouvement du logiciel libre. Richard Stallman va dire que ce sont des questions éthiques, de donner le droit de coopérer. Il y en a d’autres qui vont dire c’est le fait de pouvoir avoir la collaboration ; on va être plus efficaces quand le code source va être ouvert.

Certaines personnes ont dit que si on interprète Simondon on pourrait voir le mouvement du logiciel libre comme un mouvement qui revendique l'accès à l’expressivité du code. Donc c’est de voir, en fait, le code, le fonctionnement interne du logiciel, comme quelque chose de culturel et pas seulement quelque chose de technique. Donc quelque chose qui est humain en soi, et pour cette raison qui ne devrait pas être enfermé dans une machine. Ne devrait pas être enfermé ! Donc en fait, une des choses qui anime beaucoup, je pense, les acteurs du logiciel libre, c’est de pouvoir, de garder une certaine notion de modularité dans les objets, de façon à pouvoir les assembler continuellement et les retravailler. Dans l’idée, je dirais dans l’esprit du logiciel libre, le logiciel va être toujours, d’une certaine façon, en évolution jusqu’à temps qu’il soit abandonné, donc va toujours être en constant changement.

Dans ce sens-là le programmeur et, en particulier, le chef de projet, va être en quelque sorte un chef d’orchestre qui va rassembler des bouts d’objets techniques ensemble et les faire travailler ensemble pour que ça donne un ensemble technique plus grand.

[Combien de temps il me reste ? J’ai 20 minutes. Ce n'est pas si mal. 15 minutes ?]

Déjà là, j’aimerais savoir, est-ce que ça vous parle tout ça ou pas du tout ? Comment vous voyez l’esprit ? Je donne un peu mon interprétation, mais j’aimerais bien savoir ce que vous pensez. Est-ce que ça résonne auprès de vous et par rapport au monde du logiciel libre ? Est-ce qu’il y en a qui veulent parler ? Ou il est trop tôt pour parler ? Est-ce qu’il y en a qui ne voient aucun lien ? Est-ce qu’il y en a qui voient quelques liens ? OK !

Ensuite, la dernière chose, puisqu’on est dans le courant de l’esthétique, le thème de l’esthétique, j’ai décidé d’aborder aussi la question de l’esthétique. Encore là, le lien n’est pas si évident ; moi je le vois, mais ce n’est pas complètement évident. Simondon a abordé aussi la question de l’esthétique. Il parle beaucoup de la culture et tout ça. Dans un des chapitres de son livre, il parle — c’est complètement fascinant et des fois on se demande à quoi il pense exactement — mais il aborde le lien entre l’esthétique, la technique et le religieux. OK ? Donc pour Simondon, dans le monde pré-moderne, l’esthétique, la technique et le religieux étaient réunis dans le magique. Le magique, c’était quelque chose à la fois de sacré, qui fonctionnait, et c’était esthétique, technique et religieux. Le magique c’était quelque chose de beau, de religieux et qui fonctionnait. Donc si on faisait un rituel, par exemple qui servait à faire venir la pluie, eh bien ça avait une composante à la fois religieuse, technique et esthétique. Ça fait trois fois que je le dis, mais bon !

Dans l’époque moderne en fait, ce qu’il dit c’est que la technique et le religieux se sont distingués et là, ce qu’il voit, ce qui réunit la technique et le religieux, c’est l’esthétique. Bon, là je n’ai pas assez préparé mon truc sur cette question-là. Mais la technique, sa particularité ça va être d’être détachée. Et l’esthétique, sa particularité, c’est d’être attachée à un milieu. Donc pour Simondon, un objet technique qui va être beau, c’est un objet qui va être bien attaché à son milieu.

Je vais présenter ce deuxième extrait de vidéo-là. Là vous allez voir la passion de Simondon.

Gilbert Simondon : La télévision, en elle-même, n’est que du métal, une vaste parabole en métal inoxydable et un tout petit doublet au centre.

Stéphane Couture : Donc là il parle de l’antenne de télévision. L’antenne de télévision qu’on voit par exemple au sommet d’une montagne et il va analyser, en fait, la dimension esthétique de cette antenne de télévision.

Gilbert Simondon : Et cette antenne de télévision, en elle-même, n’est que du métal, une vaste parabole en métal inoxydable et un tout petit doublet au centre que termine un câble coaxial. Elle est rigide mais elle est orientée. On voit qu’elle regarde au loin et qu’elle peut recevoir à partir d’un émetteur lointain. Pour moi, elle me paraît être plus qu’un symbole. Elle me paraît représenter une espèce de geste, d’intention, de pouvoir être presque magique, d’une magie contemporaine. En cela, il y a, entre cette rencontre du haut lieu et du point clé, qui est le point clé de la transmission en hyperfréquences, il y a une espèce de connaturalité entre le réseau humain et la géographie naturelle de la région. Cela est un aspect de poésie, un aspect de signification et de rencontre de significations. Par ailleurs on pourrait trouver aussi, par une plongée dans le temps, le pouvoir poétique de ce qui était extrêmement parfait et qui, un jour ou l’autre, sera détruit, est déjà peut-être détruit, par le cours d’une évolution qui est extrêmement et très dramatiquement négatrice de ce qui a été pourtant, un jour, une nouveauté. Voyez les locomotives à vapeur ; voyez les grands navires que l’on met de côté parce qu’ils sont désuets. Ce qu’on appelle l’obsolescence c’est une réalité économique, mais à côté de l’obsolescence économique il y a une espèce de montée poétique qui n’a pas, je crois, tout à fait suffisamment été mise en valeur. Nous manquons de poètes techniques.

Stéphane Couture : Des poètes techniques.

Gilbert Simondon : Et c’est ici que peut-être pourrions-nous faire intervenir, puis…

Stéphane Couture : Simondon, dans un extrait de son texte, dit : « Une antenne de téléphone ou une antenne télévisuelle est belle parce que, en fait, elle se situe à un point clé de l’univers, un point clé de rencontres de l’univers. » Il va dire : « Ces points-là, où on situe des antennes paraboliques, ça a été toujours des points géographiques avec une connotation spéciale, sacrée. » Et c’était souvent à ces points-là que, jadis, on allait faire des rituels ou qu’on allait installer des temples, des trucs comme ça. Donc le fait qu’elle est belle, c’est qu’elle montre une ligne d’horizon, comme ça.

Pour Simondon, l’esthétique ce n’est pas qu’une question de culture, donc ça ne peut pas être appréhendé uniquement par la seule perception. En fait, au contraire, il dit que ce que la culture fait à l’esthétique – là c’est Simondon qui parle, ce n’est pas nécessairement moi – l’esthétique c’est plutôt le produit d’une tendance à la perfection dans la médiation entre l’humain et le monde. L’impression esthétique apparaît dans le rattachement au monde, après son détachement. C’est le lieu de la médiation entre l’homme et le monde. Il dit : « L’impression esthétique n’est pas un construit culturel. La culture intervient plutôt en limitant ce qu’on perçoit comme étant esthétique, en faisant barrage à certains types d’impressions. » La culture, pour lui, va agir sur notre perception de l’esthétique, non pas en disant que tel objet est beau, mais plutôt en disant que tel objet n’est pas beau. En fait, la culture va nous interdire de penser l’objet technique comme étant quelque chose de beau. OK ? Donc la culture bloque ainsi l’impression du beau que l’on peut retrouver dans les objets techniques.

Et là je vais juste revenir. Donc les objets ne sont pas directement beaux en eux-mêmes, sauf si on essaie de les envelopper dans du beau – un beau téléphone, un bel iPhone – mais en fait, c’est plutôt dans leur insertion dans le monde, dans leur fonctionnement par rapport au monde, qu’on voit qu’ils sont beaux. Et il écrit : « Il faut que la fonction de l’objet soit comprise et pensée, autrement dit il faut une éducation technique pour que la beauté des objets techniques puisse apparaître comme insertion des schèmes techniques dans un univers, aux points clés de cet univers. »

Donc on en revient encore au fait qu’il faut avoir une conscience des schèmes techniques pour pouvoir voir l’aspect culturel, l’aspect de signification des objets.

Le point que j’essaie d’amener ici, si je reprends Simondon pour analyser le logiciel libre, on peut dire que le logiciel libre c’est une revendication pour pouvoir avoir accès, au moins formellement, à la conscience des schèmes techniques. Ou, ce que j’ai mentionné, Olivier Blondeau parlait « à la conscience de l’expressivité du code ». Donc le fait que le code ne fait pas juste fonctionner, mais, en tout cas, de voir le fonctionnement interne.

Ce qui ne veut pas dire que tout le monde va comprendre exactement comment un logiciel va fonctionner, mais, au moins, le seul fait qu’on connaît le logiciel libre et qu’on sait qu’il y a un code derrière, on a une conscience, en fait, qu’il y a un certain type de fonctionnement.

Sur la dimension culturelle, moi j’ai fait des entrevues sur l’appropriation des logiciels libres par les gouvernements, et ce qu’on me dit souvent, en fait, c’est qu’il ne s’agit pas juste de changer un logiciel propriétaire par un logiciel libre [là tout le monde arrive mais la présentation est presque terminée], il ne s’agit pas juste de changer un logiciel propriétaire par un logiciel libre, mais il s’agit aussi de changer de culture. Parce qu’on ne travaille pas avec un logiciel propriétaire comme un logiciel libre. Un logiciel propriétaire, tout est clé en main, l’objet est inerte, il est froid. Un logiciel libre, il faut continuellement s’en occuper. Pas nécessairement nous. Mais l’idée c’est que les usagers doivent être plus actifs dans le monde du logiciel libre.

Donc voilà. Et là j’avais deux slides, des extraits d’entrevues, une slide des extraits d’entrevues que j’avais faites. [J’ai terminé, je pense. Oups, c’est ici.] Donc des extraits d’entrevues que je pourrais vous montrer. En gros, quelques critiques de Simondon. Moi je trouve que Simondon nous parle beaucoup, par contre on peut se demander s’il a trop d’amour pour les objets au détriment d’autres aspects. Il y a, en fait, peu d’importance accordée aux aspects politiques et économiques. Et comme je l’ai dit au début aussi, c’est une réflexion philosophique donc c’est difficile d’opérationnaliser, de faire quelque chose de direct avec ça. Donc c’est bon pour la réflexion, bon pour comprendre le monde, mais pas pour instrumentaliser.

Pour les personnes qui voudraient continuer de parler avec moi, on peut aller dans le corridor. Je pense qu’il y a une autre présentation, c’est pour ça que les gens…

Organisateur : Il y a cinq minutes encore.

Stéphane Couture : Il y a cinq minutes encore. Donc vous en arrière vous êtes venus pour cette présentation-ci ? Pardon ?

Public : Pour la suite.

Stéphane Couture : Pour la suite. OK. Bon ! Mais si on a cinq minutes est-ce qu’il y en a qui ont des questions ? Oui parce que monsieur Stallman voulait avoir ma présentation.

Public : Sur la différence entre la technique, Simondon parle de technique. Aujourd’hui, on a tendance à parler plus de technologie. Est-ce que tu vois une nuance ? Moi j’ai l’impression que dans sa vision qui est une vision où il parle de poésie, on a l’impression que sa vision est très proche d’une vision de design plus que d’une vision d’ingénieur, par rapport à la technique. Est-ce que, justement, l’approche technologique aujourd’hui, ce ne serait pas plutôt une vision d’ingénieur par rapport à la vision qu’il a, lui, de la technique qui est plus quelque chose dans cette relation de médiation de l’humain avec un milieu ? C’est une approche qui est beaucoup plus, je pense, une approche de design aujourd’hui.

Stéphane Couture : Oui. En fait, il y a plusieurs questions dans ce que tu dis. D’abord je pense que Simondon s’intéressait aux pratiques des ingénieurs et des techniciens, des mécaniciens en fait, des techniciens, pas nécessairement au design. Parce qu’il critique, dans le dernier extrait que j’ai dit, il critique, en fait. Lui, ce qui l’intéresse, c’est la beauté comme interne, pas l’enveloppage, si on veut, quoique que l’enveloppage est important aussi. Mais j’ai l’impression que Simondon s’intéresse plus à la mécanique. Ensuite, objet technique, Simondon parle d’objet technique, il ne parle pas de technique, ce qui est assez différent, donc c’est la technique mise en objet.

Le problème avec la technologie, ça vient du mot anglais. Technologie existait moins en français, c’était moins utilisé. Aujourd’hui on utilise technologie. Moi je le perçois aussi comme une technique mise en objet, une technologie c’est l’équivalent d’un objet technique pour Simondon, mais la technologie ça serait l’ensemble des objets techniques. Mais il n’y a pas de terme « technique » en anglais, ce n’est pas utilisé, ce qui est un problème pour traduire Simondon en anglais aussi ; les gens se questionnent là-dessus. Il y a des changements culturels et puis temporels aussi dans ça. Est-ce qu’il y avait d’autres questions ? OK. Eh bien s'il y en a qui veulent continuer de parler, je pense que… Merci beaucoup.

[Applaudissements]

Apéro April le 19 octobre 2017 à Montpellier

19 Octobre 2017 - 18:18
19 Octobre 2017 - 20:20

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Le prochain apéro à Montpellier aura lieu jeudi 19 octobre 2017 à l'adresse suivante : Le Faubourg - 15, rue du Faubourg de Nîmes, 34000 Montpellier.

Pour tous les détails rendez-vous sur le site de Montpel’libre.

Apéro April le 27 octobre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

27 Octobre 2017 - 19:00
27 Octobre 2017 - 22:00

Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 27 octobre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

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