Sobriété numérique pour éviter la gueule de bois ? - La Voix Est Libre

mmorandi
, 30/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)


Internet of Things

Titre : Sobriété numérique pour éviter la gueule de bois ?
Intervenants : Baptiste Wojtkowski - Romain de Laage
Lieu : Émission La Voix Est Libre, association Picasoft
Date : octobre 2020
Durée : 33 min
Écouter le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Internet of Things, Wilgengebroed on Flickr - Licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Baptiste Wojtkowski : Bonjour à tous.
Vous êtes dans l’émission La Voix Est Libre, l’émission hebdomadaire de l’association Picasoft1 qui s’est donnée pour objectif de sensibiliser et former les citoyens aux enjeux du numérique, héberger des services web qui soient respectueux de la vie privée et promouvoir une approche libre, éthique, inclusive et locale du numérique. Vous pourrez retrouver cette émission en podcast sur radio.picasoft.net.
Cette semaine on va parler du numérique et de son impact sur la société et sur l’environnement avec le titre « Numérique, la sobriété pour éviter la gueule de bois ? ».
2020 est une année charnière pour le numérique érigé en outil idéal de la lutte contre le coronavirus permettant le télétravail, apéros Zoom, voire Jitsi Meet2 pour se donner bonne conscience. Le monde a basculé vers le tout numérique du matin au soir, certains avec plaisir, d’autres sous la contrainte. Certains ont aimé, d’autres pas.
Les infrastructures ont soutenu la charge mais pour combien de temps et à quel prix ? Ne devrait-on pas encore augmenter les capacités de transfert, de stockage pour permettre plus de services, plus d’offre et plus de croissance ?
2020 c’est aussi une année électorale qui a vu, enfin, passer au premier plan les enjeux environnementaux pour le numérique. Ils sont nombreux et documentés. De l’extraction à l’exploitation et au recyclage tout dans le numérique peut et doit être questionné.
Début octobre s’ouvrait un colloque gouvernemental3 « numérique et environnement » pour, je cite « poser les bases d’un numérique durable », preuve s’il en fallait qu’il n’y a pas d’informatique magique et que son impact sur l’environnement est loin d’être négligeable comparé à ses apports.

Romain de Laage : Du coup, on peut se poser la question du numérique et de l’environnement, savoir où est-ce que ça coince.
D’après un rapport d’étude4 de Green IT en 2019, à l’échelle mondiale, le numérique sous toutes ses formes représente environ 4,2 % de la consommation d’énergie primaire, 22 millions de tonnes de matériaux, 3,8 % des émissions de gaz à effet de serre et ce sont au total 34 milliards d’équipements informatiques – 34 milliards, donc c’est vraiment un chiffre énorme –, hors des accessoires. Ces appareils sont principalement situés dans les pays riches, par exemple en France le numérique concentre 12 % de la consommation de l’énergie, donc c’est vraiment énorme.
Le numérique, comme toutes les technologues en fait, a un coût et suppose une organisation particulière. Il est aussi porteur de choix politiques dont il faut vraiment être conscient. Parmi ces coûts certains sont assumés par les entités qui vont mettre en place ces dispositifs ; d’autres sont des externalités, des coûts qui seront assumés, en fait, par une partie de la société qu’elle en profite ou non. Ces coûts sont assumés dans toutes les étapes de la vie d’un objet informatique, lors de la production, lors de l’utilisation et aussi lors du démantèlement. Parmi ces coûts il y a les coûts environnementaux. Pour les coûts environnementaux du numérique on va compter, par exemple, l’épuisement des ressources non renouvelables, on en a déjà parlé lors d’émissions précédentes, par exemple l’extraction de terres rares, l’extraction de matériaux, l’extraction de pétrole pour produire l’électricité, etc. ; la consommation d’eau qui est due à la fabrication, à l’extraction, etc. ; la contribution au réchauffement climatique ; la consommation d’énergie primaire, qu’elle soit sous une forme qui est renouvelable ou non, d’ailleurs : l’énergie utilisée par le numérique va être produite à partir d’autres sources pour être transformée en électricité. Il y a aussi la consommation d’énergie finale, donc la quantité d’énergie sous la forme exploitée, généralement de l’électricité, mais aussi du pétrole, comme on en parlait pour l’extraction minière.
Parmi les équipements numériques, la plus grosse partie de la consommation va concerner les équipements des utilisateurs finaux, donc ça va être les tablettes, les ordinateurs, les box, les objets connectés, etc., télévisions, consoles. Ça va concerner les particuliers mais aussi les entreprises et les administrations et il y a, on l’a vu, une grosse diversité d’appareils. J’en ai cité quelques-uns, mais il y en a plein d’autres. Donc c’est assez logique, finalement, que ça concentre une grosse partie de la consommation.
Ensuite vient la consommation des datacenters et enfin tout ce qui va constituer le cœur du réseau et, dans le cadre de l’informatique, ça va être principalement le réseau internet donc les câbles, les routeurs, etc.
Il ne faut pas oublier que même si le numérique, Internet, etc., ça ne paraît être que ce qu’on a entre les mains, c’est bien quelque chose de physique, une infrastructure derrière qui a besoin d’être alimentée et maintenue, ça ne marche pas par la magie, d’autant plus que le numérique, on le voit, a de plus en plus d’usages et de plus en plus d’équipements sont aptes à utiliser le numérique. Donc ça ne va pas en s’améliorant.

Selon les appareils, leur consommation, leur taux d’utilisation, c’est soit la fabrication, soit l’utilisation qui va concentrer les coûts environnementaux. Le constat est sans appel : plus de la moitié de la consommation de chacun des indicateurs est liée aux objets individuels. Comment en est-on arrivé là ? Est-ce que les utilisateurs sont tous devenus fous de la technologie ? Est-on prêt à consommer jusqu’à la moelle tous les matériaux rares qui passent ?
Déjà, il y a un impact qui est très peu clair et visible : pour tous les utilisateurs, on a aussi une pression à la performance des usages qui devient, en fait, une norme, une dette numérique et une obsolescence programmée qui est toujours présente.

Concernant les réseaux et les datacenters, même s’ils sont un peu en retrait, on l’a vu, dans la consommation, ils consomment également énormément, près de la moitié de la consommation électrique du numérique. Du coup c’est la faute à qui ?
Principalement, on le voit, à l’usage de la vidéo. En 2019 d’après The Shift Project, avant le confinement, les cours et apéros Skype en ligne, etc., 80 % de la consommation électrique du réseau était due à l’usage de la vidéo. Contrairement à une idée très répandue ce n’était pas seulement du contenu pour adultes, mais aussi de la VOD, du stream, de la vulgarisation scientifique. La vidéo a bouleversé, en fait, les ordres de grandeur de consommation du numérique. Ainsi, si vous hésitez entre télécharger, par exemple, 10 heures de film ou l’intégralité de Wikipédia, sachez que vous consommerez la même quantité de données. Donc c’est vraiment impressionnant.
Pire que ça, en fait ces plateformes sont designées pour inciter les utilisateurs à rester et à consommer toujours plus de données, notamment via des fonctionnalités comme l’AutoPlay et la mise en avant de vidéos qui vont inciter les utilisateurs à rester sur la plateforme parce qu’elle a intérêt à ce que les utilisateurs restent.

Typiquement, une très mauvaise pratique si vous êtes un créateur de contenu, c’est de mettre des sources écrites dans la description de vos vidéos, puisque les utilisateurs vont quitter le site et les taux de recommandation vont baisser pour vous.
Du coup qu’est-ce qu’on peut faire ? Est-ce que le green IT peut nous sauver ? Baptiste ?

Baptiste Wojtkowski : Comme tu le disais, Romain, ce qu’on peut voir à travers cette présentation c’est que le numérique a un impact environnemental d'une part parce que c’est le numérique et que ça consomme des terres rares et, d’autre part, par le design qu’on en fait, par la manière dont on s’en saisit.
Ce qu’on voit bien à travers l’exemple de YouTube c’est que, d’une part, la vidéo c’est gourmand en énergie, ça transforme l’échelle des consommations, mais, en plus, la manière dont YouTube est designé c’est qu’on consomme encore plus et on a encore plus envie de consommer de la vidéo de manière un peu boulimique et de manière systématique.
Effectivement, la question qu’on peut se poser c’est : que faire ? Face à ce constat, une fois n’est pas coutume, on va faire notre quiz en début, milieu d’émission. On a trois questions pour nos utilisateurs.

  • D’une part, est-ce qu’il faut développer des nouvelles technologies plus performantes et, du coup, relativement moins consommatrices d’énergie ?
  • Une autre option ce serait peut-être d’adopter le modèle Amish et ne plus utiliser la technologie.
  • Ou enfin, viser la sobriété numérique et avoir des usages raisonnés du numérique.

On va énumérer chacune des options maintenant.

Pour la première option, ce qu’on sous-entend ce sont les débats autour de la 5G. Il y a énormément à dire sur le débat, ça lève énormément de sujets. On va uniquement s’y attarder d’un point de vue environnemental et d’un point de vue des discours dessus.
Ce qu’on peut dire d’un point de vue environnemental c’est que, au mieux, ce n’est pas fou pour l’environnement et, au pire, c’est dramatique.
Parmi les effets bénéfiques, on aurait l’augmentation de la productivité du réseau, c’est-à-dire que le transfert d’un octet consomme moins sur la 4G que sur la 3G et moins sur la 5G que sur la 4G. Pourquoi ? Parce qu’on transfère énormément de données et du coup, relativement, le coût de un octet diminue. On voit bien que le problème de cet argument c’est qu’il est très joli et scientifique, c’est-à-dire qu’on peut constater un rapport, mais l’implication « je consomme moins à l’octet, donc je consomme moins au total », ne peut jamais être vérifiée, car, pour faire des économies d’échelle il faut un changement d’échelle. Autrement dit, c’est parce qu’on consomme énormément d’énergie pour transférer des données que ramené à la donnée, ramené une donnée, ce coût est faible. On voit bien que dans la dynamique, la quantité générale de transfert de données augmente.
Pire, c’est l’augmentation des capacités du réseau qui amène à leur usage intensif. C’est ce qu’on appelle, en fait, l’effet rebond, c’est parce qu’il est peu cher de regarder une vidéo en ligne que je le fais. C’est parce que je regarde une vidéo en ligne que les gens produisent des vidéos en ligne, donc je contribue à augmenter la demande. Je fais diminuer le prix via des économies d’échelle, donc on peut toujours plus regarder des vidéos en ligne.

Un deuxième écueil dans la même veine, dans la veine du « on va produire des nouveaux objets pour éviter de consommer plein d’énergie », c’est celui des objets connectés. Ça mériterait une émission à part entière. Leur promesse, entre autres, c’est l’économie de ressources, l’utilisation parcimonieuse de celles-ci, par exemple la gestion du chauffage en fonction de l’occupation des lieux, la gestion de la lumière, tout ça automatisé pour éviter de consommer trois mégawatts en trop ; couper automatiquement les appareils inutilisés ou qui ne vont pas être utilisés, et ainsi éviter toute dépense superflue.
Le problème qu’on voit surtout dans l’objet connecté c’est qu’en fait l’inutile, le superflu, c’est souvent l’objet connecté lui-même, avec des matériaux plastiques, son processeur multi-usage dont on se sert, en fait, uniquement pour une application, sa batterie parce que, souvent, il embarque une batterie. Donc sur les 35 milliards d’équipements informatiques dont vous parlait Romain, 35 milliards, je rappelle, c’est huit fois le nombre d’être humains sur la planète. Chaque être humain a à son service, en moyenne, je dis bien en moyenne, huit équipements informatiques. Donc sur ces 35 milliards, 15 milliards sont des objets connectés. Est-ce que ces 15 milliards d’objets ont effectivement un impact, ont effectivement un intérêt sur la réduction de la consommation du numérique. Moi je pense que non !
La deuxième question c’est : est-ce que les besoins auxquels répond le numérique sont réellement des besoins ? Est-ce qu’on a réellement besoin d’avoir une machine à café qui, spontanément, quand on rentre chez soi, nous fait un café parce qu’on adore boire du café en rentrant chez soi ou commence à préparer du café avant notre réveil. Je prends l'exemple de la machine à café, mais il y a énormément d’objets dans les objets connectés qui nous vantent une rationalisation alors qu’en fait, ils sont eux-mêmes superflus et consomment énormément de ressources.
Ça c’était pour la première option du quiz.

Pour la deuxième option, je crois que la personne qui l’a mentionnée, mentionnait ça comme un épouvantail. Donc on ne va pas épiloguer sur la deuxième réponse du quiz.

Pour la dernière option, viser une sobriété numérique et des usages raisonnés, nous on pense que c’est quelque chose vers lequel il faudrait tendre à supposer que ce soit possible. En tout cas, c’est effectivement un cap à avoir, mais c’est un cap qui est compliqué et qu’on va essayer de développer ensemble.

Romain de Laage : Tout de suite la musique qui est donc cette semaine Mental disorder par Deathstaret et qui est sous licence C Réaction.

Pause musicale : Mental disorder par Deathstar.

Romain de Laage : De retour sur La Voix Est Libre. Nous venons d’écouter Mental disorder de Deathstar.
Nous retournons à notre émission sur le numérique et « la sobriété va-t-elle nous sauver ? »
On a évoqué les problèmes dus au numérique, savoir si le green IT peut nous sauver. On a vu, par exemple, que les objets connectés n’allaient pas nous sauver.
Maintenant on peut s’attarder sur des pistes qui sont peut-être plus sérieuses.
Déjà, en 2020, on semble se rendre compte qu’il y a vraiment un vrai problème. Cette année s’est tenue la Convention citoyenne pour le climat5 qui a rendu un certain nombre de dispositions sur le numérique parmi lesquelles elle a déjà proposé un petit moratoire sur la 5G, privilégier l’écoconception notamment l’écoconception des datacenters, réduire l’incitation à l’achat sur les écrans, lutter contre le renouvellement régulier des équipements individuels puisqu’on a vu que la production des appareils a un impact très fort ; allonger la garantie des équipements numériques à cinq ans et développer le réemploi et la réparation.
Baptiste, tu veux intervenir.

Baptiste Wojtkowski : Tu as évoqué l’écoconception logicielle. Qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est un super logiciel qui va dans la poubelle verte dématérialisée ? Est-ce que c’est le nouveau buzzword de la Silicon Valley pour vendre des nouveaux produits ? Peut-être, mais on va essayer de s’attarder un peu sur ce qu’est l’écoconception.
De manière générale déjà, selon l’ADEME [Agence de la transition écologique], l’écoconception c’est une manière de concevoir des produits qui a recours aussi peu que possible aux ressources non renouvelables en leur préférant l’utilisation de ressources renouvelables exploitées en respectant le taux de renouvellement – le taux de renouvellement c’est la manière avec laquelle la ressource revient naturellement dans la nature – associée à la valorisation des déchets qui favorise le réemploi, la réparation et le recyclage.
Ce que ça veut dire c’est, en fait, dans tout le cycle de vie du produit, ne pas consommer plus que ce qu’on peut récupérer.
Avec tout ce qu’on a dit là c’est quand même hyper-mal parti parce que le numérique, on l’a dit, ce sont des terres rares qu’on doit extraire en utilisant beaucoup d’énergie ; c’est beaucoup de consommation énergétique et ce sont des métaux qu’on retraite, de manière générale, assez peu.

Comment le monde de l’informatique s’empare de ces définitions et est-ce que c’est fait de manière pertinente ?
Dans l’informatique on lui a donné un petit nom, « l’écoconception des services numériques ». Il y a bien deux catégories différentes dans l’écoconception des services numériques. Il y a à la fois faire des logiciels qui utilisent peu d’énergie, qui vont peu recourir à l’entièreté de l’Internet mondial pour s’afficher et, d’autre part, le design d’infrastructures logicielles qui sont réutilisables, démontables, qui utilisent peu de ressources, qui sont performantes par rapport à leur utilisation de métaux, etc.
D’après le rapport du Syntec les produits électroniques devraient être fiables, sûrs, apporter une valeur ajoutée tout au long de leur utilisation et devraient être également éliminés sans affecter l’utilisateur et l’environnement. C’est ça le but de l’écoconception.
Ce rapport6 du Syntec de 2019 est un rapport semi-imbitable comme les ingénieurs qui s’adressent au politique aiment bien faire, avec plein d’acronymes, et notamment un chapitre « définitions principes » qui fait six pages, plein d’industriels qui viennent se faire mousser parce qu’ils sont plus écolos que leur voisin, mais, une fois qu’on a passé tout ça, on trouve pas mal de choses intéressantes, notamment les cinq axes de travail de l’écoconception qui montrent bien les enjeux qu’il y a dans ce numérique.
Romain, peut-être veux-tu nous en parler ?

Romain de Laage : Effectivement.
Premièrement il y a l’amélioration de la transparence à l’égard des clients. Pour ça, chez Picasoft on a une solution simple, ça s’appelle libérer les services. Vous en avez sûrement déjà entendu parler dans nos émissions.
Un deuxième axe serait la réduction de la consommation d’énergie. Ça va passer par une dégradation qui sera imperceptible des services : diminuer un peu la qualité des images et des vidéos affichées sur son site, mais aussi limiter l’usage inutile de services tiers tels que le téléchargement de polices Google ou les pisteurs qui ne servent pas à grand-chose. La meilleure solution c’est de supprimer tous les pisteurs.
Troisièmement, on aura l’augmentation de la durée de vie des produits. Il y a plein de solutions : ça passe par des garanties plus longues mais aussi par la mutualisation de certains biens informatiques. Normalement, la semaine prochaine on vous parlera des commons, c’est un petit teaser pour l’émission de la semaine prochaine. L’idée ce n’est pas d’acheter des biens informatiques, mais bien de louer le matériel aux fabricants pour qu’ils aient un intérêt direct, en fait, à ce que leurs produits durent le plus longtemps.
Un autre point c’est la dette numérique associée à des logiciels qui sont toujours plus gourmands.
Quatrièmement, on a la suppression des substances dangereuses. C’est un enjeu purement industriel pour le coup. On ne va peut-être pas développer.
Le cinquième axe, du coup, c’est la réduction des impacts de la fin de vie du produit. C’est l’idée qu’un produit informatique, même si on allonge la durée de vie disons à cinq, dix ans, à un moment il ne va plus fonctionner et il va falloir s’en séparer. Il faut que le matériel soit démontable et que le désassemblage soit traité correctement. Du coup il faut aussi pouvoir concevoir les produits dans le but d’être démontés, recyclés, etc.
À l’échelle des utilisateurs, cela passe par privilégier l’utilisation de produits reconditionnés plutôt que neufs, l’utilisation de matériel démontable dont on peut remplacer facilement les composants. Pour l’instant, pour les ordinateurs de bureau ça se fait bien. Par contre, pour les PC portables et pour les smartphones, eh bien il faut choisir avec soin son matériel au moment de l’achat. Il existe déjà plusieurs solutions.

Baptiste Wojtkowski : Si on veut en parler dans la fin d’émission peut-être c’est voir comment le logiciel libre s’empare, en fait, de tous ces questionnements. Ce qu’on va développer c’est pourquoi, en réponse à ça, même si la réponse est imparfaite, le logiciel libre semble quand même s’imposer parmi tout ça.
Déjà, un point sur lequel j’aimerais bien revenir par rapport ça, c’est toute la question de la dette numérique. Aujourd’hui il y a tout un tas d’appareils qui sont trop vieux et qu’on ne peut plus utiliser, non pas parce qu’ils ne marchent, mais parce que l’ensemble des systèmes d’exploitation qu’on va vouloir utiliser sont obsolètes et surtout les fabricants ne les mettent plus à disposition. On peut notamment penser à Bill Gates qui, en 1980, disait que personne n’aura jamais besoin de plus de 640 kilooctets de mémoire. Aujourd’hui, si un ordinateur a 640 kilooctets de mémoire, on ne fait rien tourner dessus, rien du tout ! Pourquoi on ne fait rien tourner dessus ? Parce que tous les systèmes d’exploitation qu’on pouvait faire tourner dessus à l’époque ne sont disponibles nulle part. Personne ne les a rendus libres et personne ne propose d’installer quoi que ce soit dessus.
L’intérêt d’un logiciel libre c’est que vous pourrez aller rechercher des vieilles versions et les faire tourner sur des appareils qui sont techniquement obsolètes, mais qui pourraient quand même remplir le besoin qu’on a envie de remplir avec. Par exemple, on n’a pas besoin d’avoir un bête de course de 2020 pour faire du traitement de texte ; dans les années 2000, on savait déjà faire du traitement de texte et même avant. Et pourtant, vous prenez un PC qui a 20 ans, vous êtes incapable d’avoir un système d’exploitation qui soit efficace, en tout cas dans le domaine du logiciel propriétaire.

Romain de Laage : La philosophie derrière le logiciel libre, au-delà du logiciel, elle peut aussi aider au niveau du matériel puisque, on l’a dit, on a aujourd’hui du matériel comme des smartphones qu’on ne peut pas réparer. Eux c’est vraiment au niveau de la conception, ce n’est pas facile de réparer, souvent on ne peut pas faire grand-chose. Mais, pour d’autres matériels numériques, on peut notamment penser à certains objets connectés, pour la réparation de ces matériels-là en fait, le fait d’avoir du matériel libre, de savoir comment il fonctionne permet de comprendre les pannes, comprendre comment réparer, etc.

Baptiste Wojtkowski : Oui. L’aspect réparabilité est aussi un aspect important. Dans le domaine pas libre mais qui essaie de tendre vers une démontabilité, une compatibilité entre les composants, des specs suffisamment définies pour qu’on puisse démonter des ordinateurs, des téléphones, etc., c’est quelque chose qui se met en place. Le problème c’est que souvent, actuellement, ce sont quand même des solutions assez chères. On pense notamment au Fairphone7 qui est un téléphone qui doit coûter facilement 400, 500 euros, mais qui est déjà développé dans cette philosophie de « si vous avez cassé votre micro, si vous avez cassé votre puce, votre calculateur, etc., vous pouvez la retirer, c’est dans un petit compartiment pour elle-même, et en mettre une autre à la place ». Même si, en eux-mêmes, les composants chez eux ne sont pas libres, ça permet à n’importe qui — ce qui n’est fait pas actuellement — à des utilisateurs qui développent eux-mêmes des pièces de rechange qui respectent les fonctionnalités qu’on leur demande d’avoir.
Toujours pareil, ce qu’on voit c’est le fait de partager les protocoles d’échange entre les différentes pièces, le fait de rendre libre et accessible à tous, ça permet aux gens de s’emparer des choses et d’augmenter la durée de vie des appareils.

Un autre point qui me paraissait vachement important que tu as aussi dit, c’est pareil, là on retrouve directement la philosophie du Libre, c’est Google qui, actuellement, propose souvent des cours gratuits de développement qui vous permettent de développer très rapidement des sites web pour tous vos usages. C’est génial, sur le principe ça a l’air trop bien, ce sont des formations gratuites et tout. Leur objectif c’est que vous utilisiez tous leurs services et en fait, en ayant suivi les cours de Google, ce que vous faites c’est créer un site qui va faire plein d’appels à Google. Donc quand quelqu’un va faire une requête sur votre site, il va demander deux, trois éléments à votre site, globalement le texte et c’est à peu près tout, et après il va aller faire des requêtes à des serveurs partout dans le monde pour aller récupérer les polices d’affichage, donc la forme du texte, pour aller récupérer des librairies CSS, pour aller récupérer des trackers. Chose très importante qu’on vous apprend dans une formation Google c’est mettre des trackers pour bien savoir comment les gens sont venus sur votre site, comment est-ce qu’ils sont arrivés là, est-ce qu’ils sont restés longtemps, où est-ce qu’ils ont cliqué, où est-ce qu’ils ont mis leur souris, qu’est-ce qu’ils ont regardé. Tout ça, ce sont plein d’informations que Google vous incite à récupérer. À chaque fois qu’il va y avoir sur un site Google, c’est la mobilisation du réseau, c’est du calcul sur votre machine, donc ça contribue à abîmer les matériels, ça contribue à leur utilisation et ce n’est pas forcément nécessaire en fait.
L’intérêt de Google c’est surtout de récupérer les données et de faire énormément de big data. En fait, à votre échelle, vous récupérez aussi des données que vous auriez pu avoir autrement et vous passez toujours par des services Google, vous passez souvent aussi par des services Facebook, par des services offerts par tous les GAFAM et, ce qu’il faut bien voir, c’est qu’ils ne sont pas à l’endroit de votre site, mais ils sont partout sur le monde, votre requête va passer le câble sous l’Atlantique, elle va passer à plein d’endroits, aller des requêtes vraiment partout et ça, ce n’est pas la sobriété numérique ; je ne sais pas ce que c’est, mais en tout cas ce n’est pas de la sobriété numérique.

Romain de Laage : Finalement, quand on parlait de dégradation imperceptible des services c’est ce genre de dégradation, c‘est ce genre de chose qu’on voulait éviter, c’est qu’on fasse des appels qui sont inutiles pour l’utilisateur final, qui sont utiles seulement pour les GAFAM, finalement pour leur modèle économique.

Baptiste Wojtkowski : On peut citer quand même une bonne initiative qui a été prise pendant le confinement, c’est l’initiative de YouTube de diminuer la qualité de base de vos vidéos pour réduire le flux. Voilà quand même un point positif de l’histoire.
Le point négatif étant, logiciel libre merveilleux s’il en est, il existe un add-on Wikipédia qui vous permet, quoi qu’il arrive, de mettre la qualité maximale d’une vidéo YouTube pour contrebalancer cette décision prise. On voit que le fait de faire un logiciel libre ce n’est pas toujours associé non plus à…

Romain de Laage : Finalement, l’utilisateur a toujours le choix de ne pas installer cet add-on puisque finalement il est libre, ce n’est pas intégré dans Wikipédia, etc. Il peut faire comme il veut.

Baptiste Wojtkowski : Bien sûr. C’est ça qu’on défend dans le logiciel libre, c’est toujours se poser la question : est-ce que j’en ai besoin ? Qui le fait ? Pourquoi ? Quel est le modèle économique ? Et là, déjà la question est-ce que j’en ai besoin ?, je pense que la question est vite répondue, comme dirait l’autre. Pas besoin d’avoir une vidéo en 8K.
Je ne sais pas si tu as encore des choses à dire sur le sujet, Romain.

Romain de Laage : Non, je n’ai plus grand-chose à dire. En tout cas c’était super intéressant. Merci pour avoir préparé cette émission. Merci à toi Baptiste.
Vous pouvez retrouver cette émission sur radio.picasoft.net, notamment avec les liens vers les sources et aussi le plan général de l’émission.
Avant la fin, j’ai vu sur le PeerTube de Monsieur Bidouille, dont le lien sera en description du podcast, qu’il a sorti une vidéo sur un thème connexe qui est donc la sobriété sur Internet. Là c’est vraiment axé Internet pour le coup, donc la sobriété et l’impact environnemental d’Internet.
Merci Baptiste et à la prochaine.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 3 décembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

ivanni
, 30/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)

3 Décembre 2020 - 17:15
3 Décembre 2020 - 19:30

Logo du groupe de travail Sensibilisation de l'April

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 3 décembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas). Nous poursuivrons notamment l'élaboration des explications succinctes des cases relatives au danger « Centralisation et monopoles » (cases 33 et 39 du plateau).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Image du Jeu du Gnou

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (1er décembre 2020)

egonnu
, 30/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)

1 Décembre 2020 - 15:30
1 Décembre 2020 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

85e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 1er décembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : deuxième épisode d'« au cœur de l'April (dé)confinée », après celui du 17 novembre 2020. Plusieurs personnes actives au sein de l'April parleront des groupes de travail, des activités de l'April, son fonctionnement. Nous parlerons également des coulisses de l'émission. Posez nous toute question, nous y répondrons. Pour cela, mardi 1er décembre, vous pouvez vous connecter sur le salon #libreavous sur le salon web de la radio ou nous appeler au 09 72 51 55 46
  • Les résultats des éditions 2020 du label Territoire Numérique Libre (TNL).
  • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, sur La sagesse et/ou folie des foules, un jeu de simulation de Nicky Case sous licence Creative Commons Zero.
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 1er décembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 1er décembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Khrys’coronalungo du lundi 30 novembre 2020

Khrys
, 30/11/2020 | Source : Framablog

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

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Brave New World

Spécial France

Spécial médias et pouvoir

Spécial Coronavirus

Spécial on gère comme des pieds (et à la néolibérale)

  • Les stations de ski ouvertes à Noël mais les remontées mécaniques resteront fermées (20minutes.fr)
  • À Lille, la grande roue autorisée à s’installer… mais sans public (huffingtonpost.fr)
  • Plus de béton et moins de lits : en Île-de-France, un nouvel hôpital met en colère les soignants (reporterre.net)

    Trois centres hospitaliers fermés, près de 500 lits et 900 emplois en moins. C’est ce qui attend le nord de l’Essonne, en Île-de-France. À la place, un hôpital « innovant » devrait voir le jour sur le plateau de Saclay. Soignants, chercheurs, militants et habitants s’attendent au pire. Le BTP est enchanté, les habitants et les écolos, beaucoup moins.

  • La casse (humanite.fr)

    Le gouvernement et son administration profitent de la focalisation de l’attention des citoyens sur les problèmes liés à la crise du coronavirus pour accélérer leurs projets de restructuration de l’offre hospitalière. Qui dit restructuration implique fermeture systématique de près d’un tiers des lits […] Or, l’épidémie a mis en lumière le cruel manque de lits dans nos établissements, notamment en réanimation mais aussi dans les autres services.

  • « Les étudiants sont-ils les derniers de cette putain de cordée ? » : la colère d’Olivier Ertzscheid (nouvelobs.com)

    Covid-19 : « Le seul front où l’Elysée ne faillit pas, c’est celui de l’érosion de nos libertés » […] Ces étudiant.e.s, depuis le mois de mars dernier, ils et elles ont tout encaissé. À commencer par la misère, encore plus grande, liée aux petits boulots qu’ils ne peuvent plus occuper. L’autre jour le président des restos du cœur expliquait qu’il voyait débarquer pour chercher des colis alimentaires des étudiants avec leur tenue Deliveroo. Ils nous amènent à bouffer mais ils n’ont plus rien à bouffer.

  • Sauver les apparences (imagesociale.fr)

    L’autoritarisme est à l’autorité ce que la brutalité est à la force : une mise en scène de son excès dicté par la faiblesse. L’Etat néolibéral est une administration paradoxale, qui met toutes ses forces à se priver de moyens. L’affaiblissement des instruments de l’action publique impose d’abandonner les processus de concertation et de dialogue au profit d’une démocratie de théâtre, qui exhibe ses pectoraux à défaut de pouvoir remédier aux difficultés sociales.

  • Article 24 : Castex répond à Ferrand… et se contredit (liberation.fr)

Spécial Loi Sécurité Globale

Vu de l’étranger

Spécial répression, racisme, violences policières…

  • La police française est gangrenée par les fléaux du racisme et de la violence (liberation.fr)
  • À Paris, migrants frappés et journalistes molestés lors de l’évacuation d’un camp de migrants éphémère (liberation.fr)
  • Place de la République à Paris, une chasse aux migrants honteuse et absurde (telerama.fr)

    Hier soir, place de la République, sous les yeux impuissants d’élus, d’avocats et de responsables associatifs qui avaient voulu rendre « visibles » ces éternels invisibles de nos villes, la police s’est livrée à une dispersion aussi honteuse qu’absurde, puisque aucune solution n’est proposée. Puisque les hébergements, insuffisants, sont saturés, et le parcours de la demande d’asile, engorgé. Espère-t-on que ces hommes, parfois ces familles disparaissent par magie ? Ultime ironie de cette soirée honteuse : le ministre de l’Intérieur a jugé certaines images filmées par journalistes et vidéastes place de la République « choquantes », et promis des « décisions ». Ces images mêmes que sa loi dite de sécurité globale cherche à empêcher.

  • En toute impunité (liberation.fr)

    Comment en est-on arrivé là, se demandent de bonnes âmes face aux scènes de violences policières insoutenables au cœur de Paris. […] La réponse est toute simple : en y allant. Car c’est la direction qu’a indiquée le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à ses troupes, par ses amendements liberticides, par ses déclarations belliqueuses contre les médias, par ses clins d’œil appuyés aux syndicats de police où se répand le racisme le plus abject contre les migrants sur notre sol. Et c’est aussi la direction prônée par le président de la République par son silence assourdissant, aujourd’hui, comme dans les nombreux cas précédents. Mardi, le ministre de l’Intérieur s’est fendu d’un tweet dénonçant « des images choquantes », offrant ainsi une image non moins choquante de son inconscient. Qui donc oserait lui expliquer que c’est la réalité qui est choquante, et que les images ne sont là que pour le prouver ? […] Comment en est-on arrivé là ? En faisant la leçon à d’autres au lieu de la faire à ses propres policiers, préfets et ministre de l’Intérieur.

  • Place de la République, les images de la honte (liberation.fr)

    Des forces de l’ordre en roue libre et heureusement des vidéos pour le montrer. Alors que la diffusion d’images non floutées de policiers ou de gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions reste un sujet épidermique place Beauvau, c’est justement par des images de journalistes vidéastes […] que le ministre de l’Intérieur a pris conscience que quelque chose avait dérapé. Le témoignage effaré du vidéaste de Brut, Rémy Busine, […] est particulièrement saisissant. Il décrit des policiers plus déchaînés que dépassés […] Aux commandes de ce grossier déblayage, Didier Lallement, préfet de police de sinistre réputation qui s’est illustré dans la répression du mouvement des Gilets jaunes. Ce dernier pourrait cette fois avoir, enfin, des comptes à rendre. Le choc et la revanche des images non floutées.

  • Après République, l’IGPN et son indépendance contestées jusque dans la majorité (huffingtonpost.fr)
  • Rémy Buisine ciblé par la police, des violences de moins en moins collatérales vis-à-vis des journalistes (liberation.fr)
  • Paris police filmed beating music producer in studio (theguardian.com)

    Three French police officers have been suspended after they were filmed beating and allegedly racially abusing a music producer in his Paris studio.[…]The film shows police punching and kicking him, and hitting him over the head and body with a truncheon. […]“If it hadn’t been for the camera I would be in prison today”

  • « Marche des libertés » à Paris : un photographe syrien blessé pendant une charge de la police (liberation.fr)

    « je l’ai retrouvé entouré de gens, le visage tout ensanglanté et enveloppé de pansements. Il était psychologiquement très touché, il a pleuré, et a dit qu’il ne comprenait pas “pourquoi c’était mal de faire des photos”. »[…] Ameer al-Halbi a « été pris en charge par des street medics, qui ont été bloqués plusieurs fois par des CRS au moment de l’amener à l’hôpital ».

  • Un photographe syrien blessé à Paris, RSF dénonce des violences policières “inacceptables” (huffingtonpost.fr)
  • Éditorial. Permis de tabasser (humanite.fr)

    Que se passe-t-il dans notre pays ? Comment trois policiers peuvent-ils agresser et rouer de coups durant vingt minutes un homme sur son pas de porte ? Que se passe-t-il dans nos institutions pour que trois individus portant l’uniforme de gardien de la paix se comportent comme les pires nervis d’extrême droite ? Pour qu’un préfet se croie autoriser à organiser une chasse aux migrants dans les rues de la capitale ? Que se passe-t-il dans notre République pour qu’une loi qui prévoit une limitation inédite de la liberté de la presse et des libertés en général soit adoptée sans coup férir à l’Assemblée ? Que se passe-t-il au sommet de l’État pour que des ministres se permettent de traiter des parlementaires en opposition avec leur politique comme des complices du terrorisme ? Que se passe-t-il à la tête du pays pour qu’un président de République dirige son pays à travers un Conseil de défense au mépris d’une représentation nationale abaissée comme rarement ? […] L’exécutif ne tient plus son autorité que de la police. C’est pour protéger ce qu’il nomme d’ailleurs « les forces de l’ordre », rempart d’un pouvoir délégitimé, que le gouvernement tente d’imposer sa loi de sécurité globale, quoi qu’il en coûte.

  • Police : une grave crise de commandement (lemonde.fr)

    La dispersion violente d’un campement de migrants et le passage à tabac d’un producteur de musique ne sont pas uniquement des dérapages individuels. Ils montrent surtout des dérives hiérarchiques et une perte des repères républicains. L’histoire le montre : le comportement des policiers dépend largement des ordres qui leur sont donnés, de la fermeté des rappels aux procédures et au droit, de l’impunité promise ou non. « Vous serez couverts », déclarait aux policiers parisiens le préfet Maurice Papon quelques jours avant le massacre de manifestants algériens le 17 octobre 1961. A l’inverse, on sait ce que l’absence de drame pendant les émeutes de Mai 1968 doit aux consignes du préfet Maurice Grimaud : « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. » […] Il est trop tard pour le ministre de l’intérieur pour trouver « choquantes » les images de la place de la République et « inqualifiables » celles du passage à tabac de Michel Zecler. Quant au fameux article 24 de la proposition de loi « sécurité globale », attentatoire à la liberté d’expression, il doit, tout comme d’autres dispositions dangereuses de ce texte, être immédiatement retiré. Sans la diffusion des images que ce texte prétend réglementer, Michel Zecler serait aujourd’hui poursuivi pour « rébellion », et les policiers tabasseurs auraient poursuivi leur exercice.

  • Violences policières : la vidéo, élément déterminant dans les enquêtes (leparisien.fr)

    Les décisions récentes et un soutien affiché de la majorité politique ont peut-être fait croire à certains qu’on leur avait signé un chèque en blanc. C’est le moment de leur dire que non. La police n’est pas une bande rivale. Si elle se comporte ainsi, elle s’affaiblit.

  • République : derrière les violences policières, un échec signé Lallement et Darmanin (actu.fr)
  • Violences policières : ces deux archives de Macron candidat refont surface (huffingtonpost.fr)

    En 2017, Emmanuel Macron promettait d’être “intraitable” tout en s’étonnant du manque de remise en cause de “la hiérarchie policière et administrative.”

  • Arnaud, simple flic, dénonce un système devenu toxique (lezephyrmag.com)

    « On ne peut pas imaginer à quel point la situation a glissé » […] « Dans la brigade, on parle volontiers de matraquer du journaleux, de leur mettre un coup de pied dans la gueule. Et ça fait sourire les collègues. »Dans les vestiaires, les flyers anti-journalistes fleurissent de plus belle. On y voit, placardés, les têtes de reporters connus, d’indépendants, de patrons de médias dits « islamo-gauchistes ». On y encourage les coups portés à leur encontre. Au milieu de la liasse, les prospectus de syndicats comme Alliance ou ceux du SCPN […] visent nommément Gaspard Glanz, David Dufresne, Taha Bouhafs, Nnoman Cadoret… Autant de noms affichés comme des cibles mouvantes aux yeux de tous. […]« Ajoutez à ça les remarques et les applaudissements quand on apprend qu’un journaliste a pris des coups la veille, et vous aurez un aperçu de l’ambiance ». […] « La déculpabilisation et la légitimation de la violence, ça n’arrive pas comme ça, du jour au lendemain […] Ça vient avec le temps. Ce sont des années de travail et de déshumanisation des gens que l’on place en garde à vue. Ce sont des gestes et des accords. Ce sont des soutiens parfois haut placés qui renforcent le sentiment d’impunité dans les rangs. »

  • Garde à vue : 17 heures d’humiliation (la-zep.fr)

    Le 17 novembre, j’ai manifesté contre la loi « sécurité globale » à Paris devant l’Assemblée nationale. Bilan : plus de 3 heures d’interpellation et 17 heures de garde à vue pour un délit non avéré. Et la conviction que mes droits et ma personne n’ont pas été respectés par la police.

  • Dans l’affaire Theo, blessé lors d’une arrestation, le parquet requiert le renvoi de trois policiers devant les assises (lemonde.fr)
  • Pour l’avocat de Théo, le rapport de la Défenseure des droits « montre les dérives de la police » (leparisien.fr)
  • Affaire Théo : la Défenseuse des droits réclame des « sanctions disciplinaires » contre les policiers (liberation.fr)
  • L’État condamné par le tribunal administratif de Lyon pour un tir de LBD sur une manifestante Gilet jaune (francebleu.fr)
  • Toulouse : un commandant de police condamné pour avoir gazé un handicapé (sudouest.fr)

    Un commandant de police a été condamné vendredi à Toulouse, sur la base d’une vidéo diffusé sur les réseaux sociaux, à 4 mois de prison avec sursis pour avoir gazé un tétraplégique en fauteuil lors d’une manifestation des gilets jaunes.“Cette affaire démontre que la vidéo est essentielle dans le cadre d’un procès mettant en cause un policier”, a déclaré l’avocate de la victime, Me Claire Dujardin.

  • La préfecture de police de Paris a menti pour couvrir les tirs d’un policier sur des jeunes innocents (mediapart.fr)
  • Jérôme Laronze, le paysan tué par un gendarme, avait subi des contrôles irréguliers (reporterre.net)

    Trois des contrôles subis par Jérôme Laronze, éleveur tué par un gendarme en 2017, étaient « irréguliers », assure le tribunal administratif de Dijon. « Les gendarmes présentaient Jérôme comme dangereux. Mais selon ce jugement, c’est Jérôme qui était agressé », souligne la famille de l’éleveur. « Cette décision rétablit Jérôme dans ses droits et dans sa dignité. »

Spécial Résistance(s)

Soutenir

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

  • Ce qui déconne (affordance.info)

    Michel Zecler. Passé à tabac par des policiers. Sous le regard de plein d’autres policiers. Et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, expliquant que les policiers ont “déconné”.

  • La semaine imaginaire du préfet Lallement (slate.fr)

    Heureusement, pour me changer un peu les idées, je peux toujours compter sur ce cher Jean Castex […] La dernière en date est hilarante même si un peu tirée par les cheveux qu’il n’a plus trop. Les stations de ski vont finalement ouvrir pour les vacances des Noël. Mais pas les remontées mécaniques. Un peu comme si un homme se faisait élire pour faire barrage à l’extrême droite, et finissait par autoriser et organiser l’impunité des violences policières.

  • Rendre les camps de migrants invisibles ne les fera pas disparaître (theconversation.com)
  • Simulmatics : le big data au service de la manipulation politique 50 ans avant Facebook (maisouvaleweb.fr)

    lorsqu’il s’agit aujourd’hui de défendre des projets technologiques potentiellement liberticides, un des arguments qui revient souvent consiste à dire qu’il n’est jamais aisé de prévoir ce que pourrait produire comme « effets » une nouvelle technologie, de sorte qu’il est inutile d’interroger sa légitimité, ou encore de penser à l’interdire. […] Peut-être est-il temps de ne plus chercher à prévoir le futur, mais à tirer les leçons du passé…

  • Hold-up : un récit alternatif ? (lundi.am)
  • Paniques anticomplotistes (blog.mondediplo.net)

    l’autorité des paroles institutionnelles n’a pas été effondrée du dehors par quelque choc exogène adverse : elle s’est auto-effondrée, sous le poids de tous ses manquements. À commencer par le mensonge des institutions de pouvoir. Les institutions de pouvoir mentent. Mediator : Servier ment. Dépakine : Sanofi ment. Bridgestone : Bridgetsone ment. 20 milliards de CICE pour créer un million d’emplois : le Medef ment. Mais aussi : Lubrizol, les pouvoirs publics mentent ; nucléaire, tout est sûr : les nucléocrates mentent. Loi de programmation de la recherche : Vidal ment (mais à un point extravagant). Violences policières, alors là, la fête : procureurs, préfecture, IGPN, ministres, président de la République, tout le monde ment, et avec une obscénité resplendissante qui ajoute beaucoup. Covid : hors-concours. Le capitalisme néolibéral a déchaîné les intérêts les plus puissants, or là où les intérêts croissent, la vérité trépasse. C’est qu’il faut bien accommoder la contradiction entre des politiques publiques forcenées et l’effet qu’elles font aux gens. Or pour combler ce genre d’écart, quand on a décidé de ne pas toucher aux causes de l’écart, il n’y a que le secours des mots. […] Quand il n’est pas pure et simple répression, le néolibéralisme finissant n’est plus qu’une piscine de mensonge. Nous baignons là-dedans. C’est devenu une habitude, et en même temps on ne s’y habitue pas. Vient forcément le moment où l’autorité de la parole institutionnelle s’effondre parce que l’écart entre ce qu’elle dit et ce que les gens expérimentent n’est plus soutenable d’aucune manière. […] En fait c’est très simple : pourquoi les paroles institutionnelles s’effondrent-elles ? Parce que, dans le temps même où elles présidaient au délabrement de la société, elles auront, chacune dans leur genre, ou trop menti, ou trop couvert, ou trop laissé passer, ou trop regardé ailleurs, ou trop léché, que ça s’est trop vu, et qu’à un moment, ça se paye. Le complotisme en roue libre, c’est le moment de l’addition.

  • Comment le béton a homogénéisé le monde (reporterre.net)

    Le béton incarne la logique capitaliste. Il est le côté concret de l’abstraction marchande. Comme elle, il annule toutes les différences et est à peu près toujours le même. Produit de manière industrielle et en quantité astronomique, avec des conséquences écologiques et sanitaires désastreuses, il a étendu son emprise au monde entier en assassinant les architectures traditionnelles et en homogénéisant par sa présence tous les lieux.

  • 5G : un ogre énergétique en puissance ? (reporterre.net)
  • Daniel Colson : « L’anarchisme est extrêmement réaliste » (revue-ballast.fr – texte de 2015)

    L’idéalisme et l’utopie ne sont pas du côté de l’anarchisme, mais du côté de l’ordre, des apparences et des mises en forme soi-disant réalistes dont les principales réalités sont celles de la contrainte et de la domination.

  • Effets de genre sur grand écran (genre-ecran.net)
  • Féminisme noir : s’autodéfinir, une nécessité vitale (unioncommunistelibertaire.org)

    Dans son ouvrage, la brésilienne Joice Berth revient sur le concept d’« empowerment » qu’elle considère «  vidé de son sens original et a perdu son pouvoir transformateur pour devenir une pratique individualiste, carriériste, récupérée par le néolibéralisme ».

  • Pour s’adapter, il faut s’inspirer du vivant et cesser d’optimiser à tout prix (liberation.fr)

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Alors ça y est, c'est reparti pour des lungo ? - la personne de droite répond : Yep, c'est la loi de l'action-réaction... Plus tu cherches à comprimer la liberté d'expression, et plus elle éclate de partout !
Retrouvez les revues de web précédentes dans la catégorie Libre Veille du Framablog.

Les articles, commentaires et autres images qui composent ces « Khrys’presso » n’engagent que moi (Khrys).

Polymny Studio

Maiwann
, 27/11/2020 | Source : Framalibre

Catégorie : Éducation - Tags : diapositive, vidéo, formation

A partir d’une présentation existante (libre office, powerpoint, beamer, etc.), vous fournissez vos diapositives en PDF et enregistrez une vidéo pédagogique pour vos élèves, vos étudiants, vos clients ou vos collègues.

Polymny est un logiciel libre, utilisable gratuitement, 100% web, indépendant du système d’exploitation de votre ordinateur (windows, macOS, linux). Il suffit de créer un compte pour enregistrer une première capsule vidéo. Besoin d'aide, de support :
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Lien officiel

OpenStreetMap fait saliver les ogres - Décryptualité du 23 novembre 2020

mmorandi
, 27/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)


Logo du projet OpenStreetMap

Titre : Décryptualité du 23 novembre 2020 - OpenStreetMap fait saliver les ogres
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 23 novembre 2020
Durée : 15 min 49
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 47 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo du projet OpenStreetMap, Ken Vermette - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 2.0 Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Un article de blog affirme que depuis un an, OpenStreetMap a été investi par les "AFAM" (les GAFAM sauf Google). Les contributions corporate ont représenté 75% du total alors qu'elles en font normalement 25%. L'occasion de parler cartographie et de ce que ce développement représente en opportunité et en risque.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 47. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Qu’a-t-on au sommaire ?

Manu : Une petite revue de presse. Quatre articles principaux.

Luc : Le Monde.fr, « En rentrant dans de prestigieuses bibliothèques, le logiciel libre gagne ses lettres de noblesse », un article de Vincent Fagot.

Manu : Le logiciel libre, en gros le code des logiciels libres qui sont hébergés sur GitHub, il était question et il est en train d’être stocké sous des glaces dans des pays froids, pour être stocké à long terme et être là encore dans des milliers d’années. Il est aussi distribué notamment sous la forme de boîtes assez jolies avec des microfilms à l’intérieur, il est distribué à différentes bibliothèques qui veulent accueillir du code source. C’est bizarre, mais il y a un côté symbolique et il y a un côté « on l’a sous le coude au cas ». On veut stocker pour le long terme le logiciel libre qui fait notre monde aujourd’hui.

Luc : Développeurs de logiciels libres, dites-vous que vos bugs resteront jusqu’à la fin des temps !
Aquitaine Online, « Industrie du logiciel libre : un véritable atout pour la Nouvelle Aquitaine », un article de Jean-Marc Blancherie.

Manu : Ça parle d’attirer du logiciel libre dans une région de France, plutôt pas mal, on a déjà parlé du sujet. Je pense que les gars là-bas arrivent à faire parler d’eux. Ils veulent monter des entreprises, faire venir des initiatives, c’est plutôt bien.

Luc : ZDNet France, « Youtube-dl : l'EFF pousse Github à remettre le projet en ligne », un article de Catalin Cimpanu.

Manu : Ce sont les tragédies classiques : y a des ayants-droit qui se plaignent qu’un outil permet de télécharger, de pirater leurs contenus, à eux, parce c’est leur droit, donc ils se plaignent, ils envoient une lettre à GitHub. GitHub fait « c’est quoi ce bordel. OK ! » Donc ils ont enlevé un logiciel.

Luc : Comme ça, il n’y a pas de procès.

Manu : Voilà, il y a de ça. Donc ils ont enlevé youtube-dl et youtube-dl c’est quoi ?

Luc : C’est un plugin pour navigateur, au moins sur Firefox. « dl », c’est pour download, ça permet de télécharger des vidéos sur son disque qui sont sur YouTube initialement.

Manu : En fait c’est un logiciel assez basique, qui ne fait pas grand-chose et certainement pas contourner des règles ou contourner des dispositifs de protection. En fait, il n’y a aucune raison réellement de l’enlever, c’est juste un outil de téléchargement.

Luc : C’est un exemple de l’effet dissuasif de la menace juridique. Personne n’a envie de se prendre un procès, même une grosse boîte.

Manu : Ils l’ont remis en place et il y a des avocats qui sont mis sur le coup, notamment les avocats de l’EFF, Electronic Frontier Foundation, donc des gens bien qui vont défendre nos droits face aux ayants-droit.

Luc : usine-digitale.frc, « Qui est derrière Unsplash, la banque d'images gratuites qui inonde le Web? », un article de la rédaction.

Manu : Ce ne sont pas juste des images gratuites qui sont dans cette banque d’images, ce sont des images qui sont librement utilisables, même diffusables et, je crois, qu’elles sont modifiables, il faudrait aller creuser dedans, parce que justement c’est du Libre de ce point de vue là. Mais il y a une petite problématique, quand même pas toute petite, c’est qu’on peut faire tout ce qu’on veut avec les images qui sont sur cette banque d’images si ce n’est, grâce à elles, constituer une autre banque d’images. Donc ce n’est pas libre en fait. Ce critère-là fait que ça ne fonctionne pas. C’est un petit peu bizarre, un petit peu rageant et les gens qui posent des images dans cette banque d’images doivent et peuvent se poser des questions. Il y a eu d’autres problématiques, leurs images peuvent être utilisées un peu pour n’importe quoi et le gouvernement britannique a utilisé l’image d’une danseuse pour dire qu’elle devrait peut-être devenir informaticienne. Ça a un peu choqué tout le monde, y compris la personne qui avait pris la photo et la personne qui était sur la photo. Le gouvernement britannique l’a retirée, ça a fait un petit scandale. Voilà, c’est effectivement une conséquence possible de mettre des contenus à disposition librement. Il faut s’en rendre compte. Ça n’empêche que cette clause qui fait qu’on ne peut pas reconstituer une base de données à côté, c’est un peu choquant.

Luc : Ça souligne l’importance de la façon dont les données sont organisées et que tout ça est presque aussi important que les données : qui contrôle ça garde finalement beaucoup de pouvoir sur les usages et les gens.

Manu : Le sujet du jour, Luc ?

Luc : On va parler de tout autre chose, on va parler d’OpenStreetMap1.

Manu : OpenStreetMap est aussi une basse de données, mais de cartes.

Luc : C’est de la cartographie. On le résume souvent en disant que c’est le Wikipédia de la cartographie en quelque sorte. Un projet qui est né en Grande-Bretagne il y a, je pense maintenant, une bonne quinzaine d’années. Quelqu’un s’est dit pourquoi on ne ferait pas une carto collaborative et ça a commencé avec des passionnés, des bénévoles.

Manu : Comme beaucoup de projets libres.

Luc : Comme à chaque fois, tout le monde a dit « ça ne marchera jamais ! »

Manu : Surtout quand tu as Google qui débarque avec Google Maps.

Luc : Effectivement. Je me souviens qu’à l’époque, dans mon boulot, on utilisait des cartographies et j’avais dit on pourrait contribuer un petit peu à OpenStreetMap, ne serait-ce que parce que un, on travaille beaucoup avec des clients publics.

Manu : Tu travaillais dans les transports.

Luc : Dans les transports publics. En fait les cartos, même Google Maps qui est une bonne carto en termes de fonctionnalités et de complétude, même dans ces cartos-là le milieu rural est très peu renseigné. Nous on travaillait beaucoup avec des collectivités qui ont toutes des contrats avec des fournisseurs de carto propriétaires et qui sont enchantés de prendre les données que ces collectivités vont récolter, dans le transport tu as notamment tout le transport scolaire. Les départements, à l’époque, allaient chercher les gamins dans les villages, les hameaux et tout ça, qui sont très mal répertoriés.
J’avais discuté avec des gens qui avaient dit : « En gros on va leur filer les données et après ils vont nous les revendre lors de la mise à jour et on n’est pas trop content » . J’avais dit à mes patrons on pourrait proposer juste de mettre ces données-là dans OpenStreetMap, envoyer les traces GPS qu’on avait et, en plus de ça, ce n’est même pas un sujet concurrentiel avec les boîtes qui font la même chose que nous, avec qui on est en concurrence, on n’est pas en concurrence sur la cartos, on va tous les acheter, grosso modo, chez les mêmes fournisseurs. Même si à l’époque la carto n’était pas encore assez complète, on met juste des billes dedans, ce qui ne nous prendra beaucoup d’efforts, on se fait une réputation, on contribue avec pas grand-chose, mais on contribue quand même et, un jour, on pourra peut-être basculer dessus et arrêter de payer des fournisseurs de carto.

Manu : Et comme d’habitude, tu as été trop en avance sur ton temps. Luc, tu as raté ton coup.

Luc : Oui. Ce qui est marrant c’est que notre directeur technique a dit « il y a Google Maps », c’était le début où Google Maps arrivait en force en disant « c’est facile à utiliser, ça marche très bien. »

Manu : Ce n’est pas cher !

Luc : Au début c’était même gratuit. Voilà, on ne va pas s’emmerder !
Ce qui s’est passé c’est que des années après, une fois que tout le monde a mis du Google Maps partout parce que, effectivement, c’était très pratique et gratuit, etc., ils ont commencé par monter les tarifs. En gros, on disait qu’au-delà d’une certain quantité de requêtes c’était payant. Ils ont baissé ces seuils-là, monté les tarifs, etc.

Manu : Et ça devenait de plus en plus cher, rapidement.

Luc : Ils ont refait un deuxième coup il y a trois, quatre ans peut-être, où là ça a été vraiment très sévère, en fonction des tranches on a quand même eu une multiplication des coûts par 60.

Manu : En gros, quand tu installais Google Maps sur ton site web, au début ça ne coûtait rien. Au bout d’un an, si ton site web était très consulté, ça coûtait un peu d’argent et puis très rapidement ça coûtait très cher.

Luc : Effectivement. À l’époque on a plein de sites web qui ont arrêté leur carto, tout coupé, parce qu’ils ont dit « je veux de l’argent ». En plus de ça, il y a plein de malins qui se disaient « je ne vais pas payer, de toute façon le Web est grand ». Sauf que le métier de Google…

Manu : C’est de tracer les gens !

Luc : Voilà et c’est de surveiller tout l’Internet. Du coup, va leur échapper alors que tu fais appel à un de leurs services sur ton site web !, eh bien il faut se lever de bonne heure. Il y a des gens qui se sont retrouvés comme ça avec Google qui frappe à leur porte et qui dit : « Bonjour, c’est 100 000 euros. »

Manu : Ça doit faire bizarre quand tu as une facture qui arrive comme ça le matin. Pour le coup, tous ces gens-là se sont rendu compte du jour au lendemain qu’OpenStreetMap existait, ils ont commencé à l’intégrer. Ce n’était pas tout à fait le même niveau de qualité visuelle, moi je trouvais notamment que…

Luc : Il ne faut pas mélanger le côté visuel et les données qui sont derrière. Dans OpenStreetMap tu as plusieurs rendus possibles. Déjà tu peux choisir le type d’informations que tu vas donner, parce qu’il y a des couches, en quelque sorte, et rien ne t’interdit de développer ta propre présentation graphique. Eux en proposent une par défaut quand on va sur leur portail, mais derrière il y a des données, on peut récupérer des données, monter son propre portail, etc. D’ailleurs c’est un des trucs où beaucoup de gens, notamment des entreprises qui sont assez légères là-dessus : elles vont taper directement sur les bases de données d’OpenStreetMap qui reste un projet qui était à l’époque amateur.

Manu : Un truc communautaire avec des serveurs pas très solides.

Luc : Un truc communautaire, Voilà. Qui ne garantit pas, une fiabilité de folie et les gens ne se sont pas posé de questions, ils ont dit « c’est gratuit, on y va » et ils se sont mis à interroger tout ça évidemment sans se dire qu’ils pourraient peut-être verser 100 euros dans l’année, pas une fortune.

Manu : La base de données s’est constituée. C’était de l’open data, de fait, des données qui étaient partagées et tout le monde y contribuait. Je sais qu’il y a pas mal d’amateurs qui faisaient les chemins de randonnée, qui faisaient les bancs dans les parcs publics, même les arbres, les arbres sur les rues étaient cartographiés. Tout le monde mettait un peu ce qu’il voulait et c’était bien accueilli.

Luc : Il y a toujours ça. C’est toujours le cas. Dans l’Agenda du Libre2 que tu as développé et que tu maintiens, il y a plein d’évènements, de cartoparties, de gens qui se réunissent pour travailler ensemble, parce qu’ils trouvent ça intéressant, ils vont sur le terrain.

Manu : Ou que, par hasard, leur coin n’est pas bien cartographié, pas aussi bien cartographié qu’ils le voudraient, donc ils font des tours dans la ville ou le village et ils essayent d’aider, de contribuer, de remonter les données qui manquent.

Luc : Effectivement c’est très rigolo. C’est moins conflictuel qu’un Wikipédia, parce que dans Wikipédia on arrive très vite dans des débats idéologiques avec des guerres de tranchée. Là on est sur quelque chose de plus technique.

Manu : De plus factuel.

Luc : De plus factuel, on va dire : où est la route.

Manu : On se rappelle que Google Maps n’est quand même pas un mauvais outil. Ils ont des millions de kilomètres qui sont parcourus par des voitures qui enregistrent tout et n’importe quoi.

Luc : C’est un excellent outil.

Manu : Ils sont plus ou moins interdits en Allemagne.

Luc : Pour Street View.

Manu : Voilà. Les Allemands ne veulent pas qu’on cartographie, ça leur a créé des problèmes. On rappellera aussi que Google Maps n’était pas présent dans certaines zones, notamment des zones de conflit. Bagdad, bizarrement, n’était pas aussi bien cartographiée par le grand G alors qu’OpenStreetMap, au contraire, avait des cartographies assez à jour. Il y avait des gens qui participaient et on sait qu’OpenStreetMap a été utilisé dans des zones de conflit, dans des zones de catastrophes.

Luc : Oui. On en a parlé régulièrement. Un des atouts c’est la souplesse et comme n’importe qui peut apporter les éléments, etc., il y a même une association qui s’est montée, notamment de réaction rapide en cas de catastrophe pour pouvoir travailler sur des vues aériennes ou des choses comme ça.

Manu : Des images satellites.

Luc : Des images satellites pour, très rapidement, faire une cartographie de telle sorte que les gens qui sont sur le terrain puissent bosser plus efficacement. Ce n’est pas du tout le même objectif qu’un Google qui est là pour gagner du fric. Effectivement, lui s’en fout un petit peu du tremblement de terre.

Manu : Il y a même des institutions, des pays qui ont contribué.

Luc : Je me suis intéressé d’un peu plus près à ça il y a des années. Par exemple en Hollande, l’équivalent de l’IGN [Institut géographique national], je ne sais plus quand, ça va faire au moins huit, dix ans je pense, a dit « nous y croit et on met tout notre fonds cartographique en Libre et on le met dans OpenStreetMap ». Il y a tous les ans un évènement qui s’appelle State of the Map3, l’état de la carte. À une époque, je ne sais pas si ça se fait encore, une entreprise faisait une animation avec la Terre, passée en accéléré, où, au fil de l’année, on avait des lumières où il y avait des choses qui étaient déclarées dans OpenStreetMap.

Manu : Tous les contributeurs allumaient la planète.

Luc : Cette année-là les pays-Bas, boom !, se sont allumés en une seule fois parce que tout a été versé d’un coup, c’était très impressionnant.

Manu : Là, c’est pour ça qu’on en parle, il y a des contributeurs nouveaux et puissants qui ont débarqué et qui s’intéressent à OpenStreetMap comme un bijou, un petit trésor.

Luc : C’est un article4 que tu as déterré, écrit par Joe Morrison qui travaille dans une boîte qui est dans le domaine de la carto, qui dit qu’en un an, les « AFAM » puisque Google n’est pas le coup, se sont jetés sur OpenStreetMap et inversé un peu la tendance puisque, avant, il y avait 25 % des contributions qui venaient d’entreprises et maintenant c’est l’inverse, c’est 75 % des contributions qui viennent d’entreprises avec Apple en tête.

Manu : Le grand G n’est pas là parce que justement c’est lui qui est dominant sur la cartographie sur Internet, on va dire, et les autres qui sont derrière, qui sont un peu à la ramasse, quelque part ils se sont mis ensemble sur quelque chose de commun alors que, pourtant, ce sont des ennemis mortels sur tellement de domaines.

Luc : On le voit. Il y a plein d’autres domaines dans le développement, dans l’informatique, la Fondation Linux5 par exemple, où il y a plein de gens qui sont concurrents mais qui contribuent ensemble à quelque chose qui profite à tout le monde.

Manu : Là il y a du BIG-MAP qui tape sur OpenStreetMap. Apple, c’est Apple Map ?, je ne sais même pas, qui doit taper sur OpenStreetMap, des trucs comme Tesla.

Luc : Apple s’était cassé les dents il y a quelques années. Ils avaient essayé de faire un concurrent à Google Maps, leur truc n’était pas fini. Il y a des gens qui avaient failli mourir parce qu’en Australie ils faisaient tourner à droite au lieu de tourner à gauche.

Manu : Et tu te retrouvais ?

Luc : Au milieu du désert avec rien, pas de station-service, donc si les gens roulaient trop longtemps, ils arrivaient au milieu du désert, il n’y avait personne et ils pouvaient crever de chaud.

Manu : C’est un minimum dangereux, on a besoin d’avoir des données un peu solides. Je sais que Tesla utilise OpenStreetMap, en tout cas d’après l’article.

Luc : De fait, il y a un fonds cartographique est assez utilisé qui s’appelle Here, comme « ici » en anglais, h, e, r, e, qui était porté depuis plusieurs années par des constructeurs automobiles européens. Ce besoin d’être indépendant de Google a été clairement identifié par beaucoup de grosses entreprises au fil des années. La preuve, quand on dit qu’il faut être autonomes des GAFAM, il n’y a pas que nous qui le pensons, il y a des tas de gens qui gagnent beaucoup d’argent qui en ont conscience. Effectivement, le fait que Google ait fait exploser ses tarifs a motivé plein de gens à essayer de se passer de lui.

Manu : C’est un moyen de se rendre compte qu’il y a quelqu’un qui est dominant et qui utilise sa position dominante pour en tirer un gros avantage.
Là les entreprises, ces fameux « AFAM » – je trouve ça génial, les « AFAM » qui poursuivent le G, je trouve ça super – c’est quand même quelque chose comme six trilliards de capitalisation boursière, c’est quelque chose de conséquent.

Luc : Ça ne change pas grand-chose pour la carte.

Manu : Non, mais ça donne des moyens.

Luc : Oui. Mais ça pose aussi des questions, parce qu’il y a toujours cette peur de dire que le projet qui était essentiellement communautaire, même s’il y avait des entreprises c’était des PME ou des boîtes de taille plus ou moins importante mais pas des mastodontes comme peuvent être ces boîtes-là.

Manu : Il y avait un équilibre.

Luc : Il y avait une forme d’équilibre. C’est une chose dans l’article qui parle de la tragédie des communs dont on a très souvent parlé. Or, c’est une chose qui ressort dans le bouquin d’Elinor Ostrom6. Elle dit que quand il y a un commun à gérer et qu’il y a un acteur qui est beaucoup plus gros que les autres ça ne marche pas. Là on n’est pas dans un bien commun puisque la carto est réplicable, c’est juste de l’information, c’est un bien public selon sa définition, peut-être que ça ne marche pas exactement pareil, mais on peut craindre que le poids de ces boîtes-là fasse que le projet puisse être dévoyé.

Manu : À priori il reste des points qui peuvent poser problème. Il y a la gouvernance, la gestion de la communauté c’est quelque chose qui peut être pris en charge par des groupes particuliers ; il y a la marque qui peut appartenir à quelqu’un et peut être contrôlée et puis les serveurs, mine de rien ce n’est pas rien !

Luc : Après, si le projet devient énorme, il va falloir beaucoup d’argent pour avoir des serveurs parce que tout le monde va vouloir taper dessus. Du coup les GAFAM vont dire « venez chez nous, on a toute l’infrastructure qu’il faut ». Après ça, il y a un système de gouvernance du projet, du coup même la marque qui appartient à quelqu’un, sauf à avoir un dictateur éclairé, pareil, tu peux avoir du noyautage. Je comprends l’angoisse de la communauté qui a fait grandir ce projet au fil des années et qui voit maintenant, une fois qu’ils ont fait le gros du bouleau, les GAFAM débarquer là-dedans en disant « on va être super copains ! ». Dans ce cas-là oui, tu as tendance à serrer les fesses.

Manu : On en a parlé il n’y a pas très longtemps. Les institutions françaises essayent de se bouger et faire de l’open data, ce qui était déjà le cas avant et la France n’est pas trop mauvaise sur ce sujet. Là on pourrait imaginer que la France contribue : elle met toutes les cartos de l’IGN, les cartos de météo et autres données qu’on a aujourd’hui, dieu sait qu’il y en a, la Poste par exemple, je ne sais pas, tout ça pourrait aboutir dans OpenStreetMap, ce serait super intéressant.

Luc : Oui, ce serait bien ! Je crois que l’IGN n’a pas mal assoupli sa position par rapport à OpenStreetMap, mais, initialement, ils ont été plutôt dans une logique assez frileuse. En tout cas ça démontre, encore une fois, la pertinence du Libre et le fait que nos décideurs ont été bien bêtes de ne pas se précipiter là-dessus beaucoup plus tôt.

Manu : Tu as été encore trop en avance, trop tôt Luc. Tu me diras si tu as d’autres idées comme ça d’ici la semaine prochaine.

Luc : À la semaine prochaine.

La vérité vraie, médias et réseaux sociaux - Décryptualité du 16 novembre 2020

mmorandi
, 26/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)


Médias, Le Vrai du Faux

Titre : Décryptualité du 16 novembre 2020 - La vérité vraie, médias et réseaux sociaux
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 16 novembre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 46 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Médias, Le Vrai du Faux - Licence GPL v3.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Partant d'un article sur la responsabilité des médias traditionnels dans le chaos de la présidence de Trump, Manu pose la question de ce qu'est la vérité vraie.

Transcription

Luc : Semaine 46. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : On enquille directement sur le sommaire.

Manu : Petit sommaire mais de qualité, en gros.

Luc : Presse Citron, « Mobilizon : ce nouvel outil permet d'organiser des événements sans passer par Facebook », un article de la rédaction.

Manu : C’est la présentation d’un nouvel outil qui met en avant le partage, la diffusion des savoirs, sur du logiciel libre fédéré, donc ce n’est pas un outil centralisé comme Facebook et justement il se propose, au moins dans certains éléments, donc l’organisation d’évènements, de remplacer Facebook.

Luc : Est-ce que ça ne fait pas un peu concurrence à l’Agenda du Libre1 que tu as développé ?

Manu : De plein de manières, oui. Mais tu peux aussi considérer que l’Agenda du Libre est un site centralisé qui va permettre, effectivement, d’alimenter par exemple Linuxfr2 alors que Mobilizon3 c’est tout le monde qui peut faire des petits sites sur d’autre sujets que le Libre. C’est tout à fait approprié en tant qu’outil, même plutôt intéressant.

Luc : ZDNet France, « Guido van Rossum, le fondateur du langage Python, rejoint Microsoft », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est bon comme information, parce que Python c’est le langage considéré comme le plus apprécié, le plus recherché en ce moment dans le monde de l’informatique, dans les recherches d’emploi, dans les projets, les choses comme ça. Vaste débat, en tout cas Python a le vent en poupe.

Luc : C’est quoi le meilleur langage ?

Manu : Exactement. C’est ça. Le débat est gigantesque et là ce dictateur… comment dit-on ?

Luc : Ce dictateur bienveillant.

Manu : Exactement, eh bien il avait pris un peu de distance par rapport au projet, il y avait des petites problématiques de personnes, notamment, et il devait être fatigué. Là ça a un peu étonné quand même, moi en tout cas ça m’étonne, il rejoint Microsoft. Il ne sera pas le premier, il ne sera pas le dernier à faire ça, mais ça fait un grand pas.

Manu : Peut-être que Microsoft est passé dans le camp du bien alors ?

Manu : En tout cas ils font plein de Libre et là ils vont financer, d’une certain manière, des gens qui contribuent au Libre, parce qu’il va continuer à travailler sur ce type d’outil. Pas mal intéressant mais bizarre quand même.

Luc : Acteurs Publics, « Ouverture des données : des pistes pour relancer la machine », un article d’Emile Marzolf.

Manu : Ça parle d’open data et de quelle manière on peut faire en sorte que ça s’ouvre encore plus, qu’on ait encore plus accès à des données. Il y a des blocages, il y a des choses qui sont un petit peu difficiles. L’April est pas mal à l’écoute là-dessus, sur le sujet, parce que c’est quelque chose d’utile et important et très connexe au logiciel libre.

Luc : Rue89 Strasbourg, « Professeur en informatique, Germain Forestier inspire scientifiques et gouvernants sur le Covid », un article de Jean-François Gérard.

Manu : Ce prof est plutôt intéressant. C’est un libriste convaincu qui partage des données, c’est justement très dans l’optique open data, mais liées aux cartographies du covid. L’épidémie et son évolution ont été compliquées à appréhender pour tout le monde, les journalistes, le grand public, les politiques aussi. Il a fourni des outils, des cartes assez sympas, un peu comme de la météo, et ça permet de mieux appréhender notre problème actuel. Le gars est plutôt intéressant et ça fait plaisir de voir ce genre de projet et ses revendications de partage de connaissances parce qu’il n’est pas en train de chercher à monétiser tout ça, à bloquer, à contrôler ce qu’il produit. Non, non, au contraire, il diffuse et il partage. C’est plutôt sympa.

Luc : Un vrai libriste.
novethic, « Time for the planet : un fonds d'investissement citoyen pour décarboner l'économie », un article de Béatrice Héraud.

Manu : C’est un article qui ne parle beaucoup de logiciel libre et d’open source. C’est un fonds qui se propose de financer des entreprises et des petites boîtes sans faire des bénéfices, financer les entreprises qui vont partager leurs innovations et leurs découvertes ou leurs créations en open source. Donc c’est quelque chose d’assez original. Il est prévu, en tout cas ils demandent et ils cherchent à obtenir un financement d’un milliard, mais on ne sait pas trop ce que ça va donner.

Luc : Il y a peut-être des gens qui se disent qu’il est temps d’agir et c’est peut-être un frémissement. On peut espérer. Pour une fois je suis optimiste.
Le sujet de la semaine, tu avais quelque chose.

Manu : Oui. J’ai l’intention d’enfin dévoiler le fond et là je veux qu’on parle, toi et moi, de vérité, de la vraie vérité vraie, avec un grand « V ».

Luc : C’est un sujet qui te tiens vraiment à cœur donc !

Manu : J’adore. Je suis convaincu que la vérité avec un grand « V » n'existe pas ou, à tout le moins, qu’elle ne nous est pas accessible.

Luc : C’est vrai !

Manu : J’ai l’impression de partager ce point de vue-là avec un grand homme de notre époque, avec Donald Trump.

Luc : Je pense que vous avez beaucoup en commun.

[Rires]

Luc : Ton interrogation est partie d’un article4 que tu m’as fait suivre, qui a été publié sur Ina global – INA, Institut national de l’audiovisuel –, qui est une interview d’un chercheur américain qui s’appelle Yochai Benkler, qui travaille à Harvard et qui s’est penché sur tout ce qui s’est passé aux États-Unis avec les actions de Trump et toutes les actions au niveau politique, électoral. C’est très intéressant, c’est un sujet dont on a parlé à intervalles réguliers. Lui a un éclairage assez différent de plein de choses qui ont été dites, notamment que nous avons dites.

Manu : Effectivement, il remonte un peu sur l’importance des médias et des journalistes, met à mal, de son point de vue en tout cas, le fait que les médias sont en train de se numériser et qu’Internet, les médias sociaux, les réseaux sociaux, Facebook, soient devenus dominants dans la propagation des opinions et des débats. Donc non !, de son point de vue les journalistes ont encore une place prédominante, mais ils l’ont un peu perdue, c’est-à-dire qu’ils n’y croient plus d’une certaine manière.

Luc : On rappelle aussi que le gouvernement britannique a étudié Cambridge Analytica5 pour voir si ça avait eu effectivement autant d’influence qu’on l’a dit sur le vote sur le Brexit et la conclusion est que non, que ça a été très survendu et que ce n’est pas si puissant que ça. Peut-être, effectivement, qu’on s’est tous beaucoup emballés, nous y compris, sur ces sujets-là.
Ce que je retiens de l’article c’est qu’il dit qu’en fait les réseaux sociaux sont une sorte de caisse de résonance mais que derrière ça il y a un tempo et un vrai programme qui a été mis en place par Trump et ses alliés pour lancer des dynamiques, pour foutre le bordel, pour jouer sur les sentiments, pour qu’il n’y ait pas de débat. Qu’il y a aussi des politiques pour casser la possibilité de voter. Ils ont mis en place des politiques, sous couvert d’éviter la fraude électorale, qui visaient à empêcher de voter les catégories de population qui ne votent pas pour eux, notamment celles qui ont un peu trop de mélanine dans la peau. Et que derrière il y a un vrai plan organisé, c’est le résultat qu’on voit aujourd’hui, que ce n’est pas, comme on l’a souvent compris, une sorte de résultat d’une foule laissée à elle-même sur les réseaux sociaux et qui partage des fake news et des choses comme ça.

Manu : Dans les mécanismes que j’ai l’impression d’identifier, grâce à l’article notamment, il y a celui des médias et, on va dire, des journalistes en général qui ont perdu pied, en tout cas c’est l’impression que ça donne.

Luc : C’est ce qu’il dit.

Manu : À une époque ils étaient les juges entre deux groupes partisans ; les journalistes représentaient une forme d’objectivité et ils ne devaient pas prendre parti. Sauf que là, avec Donald Trump, le gars a clairement mis de côté la réalité, il s’est affranchi d’une vérité avec un « V » majuscule, de ce côté. De ce côté-là, à la limite je suis assez d’accord avec lui.

Luc : Il ne s’en est pas affranchi puisqu’il a dit que c’était la vérité.

Manu : Non ! Il se base sur des faits alternatifs et il ne creuse plus maintenant sur une réalité partagée et consensuelle, mais au contraire sur des émotions que chacun ressent et sur la vérité de l’individu, du groupe qu’il constitue.

Luc : Il reste accroché à la vérité.

Manu : Mais c’est une vérité qui n’est pas partagée. Et quand le journaliste va essayer d’être objectif, en tout cas c’est souvent ce qu’il essaye d’être, clairement même eux sont conscients que c’est difficile, eh bien il perd pied parce que d’un côté il y a un groupe qui continue à travailler sur une forme de consensus alors que l’autre a tapé dans la table, il a tout fait tomber, il est parti de son côté en embarquant toute optique de mise en commun et il a clairement gagné pendant les quatre dernières années.

Luc : En gros, ce qu’il dit c’est qu’effectivement les journalistes, américains en tout cas, ayant cette position de neutralité, par exemple sur la question de qui a gagné l’élection aux États-Unis, ils vont avoir tendance à dire « les partis ne sont pas d’accord », ce qui est un fait en l’occurrence.

Manu : Oui.

Luc : Il y a un autre fait qui est que Trump ment. Quand quelqu’un ment et que c’est vérifiable par des faits, c’est un mensonge et ça c’est un fait.

Manu : Mais il y a encore quelques mois jamais les journalistes n’auraient dit d’un homme politique majeur comme le président des États-Unis qu’il ment.

Luc : Voilà !

Manu : C’était quelque chose qu’ils se refusaient à faire dans leur globalité.

Luc : De la même façon les réseaux sociaux, y compris Twitter qui n’est pas trop favorable à Trump, se sont toujours interdits de le virer en disant il raconte juste n’importe quoi.

Manu : Ou même il est dangereux.

Luc : En revanche, ils commencent à mettre un petit peu des bandeaux en disant « attention, ceci est faux. »

Manu : Tardivement !

Luc : C’est assez rigolo de voir le retournement dont tu parles aujourd’hui, parce que ça arrive pile au moment où Trump perd l’élection, donc on sent un courage de haut niveau des journalistes.

Manu : Retournement, c’est-à-dire que maintenant les journalistes ont fait un choix, en tout cas on en a l’impression, et les grands médias américains ont fait ce choix de dire, non, là, quand il dit une connerie, on l’arrête, on arrête ce qu’il diffuse en cours de route, ce qui est extraordinaire, et on dit qu’il dit des bêtises.

Luc : Un des résultats de la recherche c’était de dire, évidemment, chaque camp va avoir ses médias favoris. J’ai vu une infographie qui montrait qu’avec le fact-checking les médias de la droite américaine étaient beaucoup plus dans les conneries que ceux de l’autre côté. Il explique qu’il y a plein de gens qui, en ne voyant pas d’éléments contradictoires dans la presse opposée ou la presse généraliste un peu neutre, donnent finalement du crédit à quelque chose qui est faux. C’est là que se fait la différence entre la vérité et les faits. La vérité, effectivement c’est quelque chose de ressenti, d’inatteignable, c’est une forme d’idéal. Le fait est quelque chose qu’on peut partager, qu’on peut vérifier. Nous sommes tous les deux assis sur des chaises et on est d’accord là-dessus puisqu’on est face à face.

Manu : On s’est mis d’accord là-dessus, mais effectivement, moi, de temps en temps, j’ai tendance à dire non !, tout est illusion, donc je vais prendre un peu de recul. Certes, on peut se mettre d’accord. À un moment donné, si je me jette d’un immeuble, je tombe, je me fais mal. Mais notre sensation ou notre optique de ce qu’est la gravité, par exemple, c’est le résultat d’une illusion, c’est une illusion qu’on a construite depuis longtemps, qu’on remet en cause maintenant avec la relativité générale et on se rend compte que non, la gravité c’est juste le résultat d’une inertie, de l’espace temps. Donc c’est quelque chose qui remet en cause la vérité qu’on avait pu construire auparavant.

Luc : Oui, tout est illusion, certes, mais après il y a une valeur pratique des choses et voilà, tu sautes du tout de l’immeuble, tu meurs, tu ne peux plus argumenter derrière comme quoi tout est illusion.

Manu : Mais là regarde, Donald Trump déboule, il arrive en haut de l’immeuble et il te dit « non, ce sont des fake news. Moi j’ai une réalité alternative, des faits alternatifs, je peux me jeter de l’immeuble. De toute façon, je ne crois pas ce que tu me dis sur la gravité et l’impact au sol. Mon émotion c’est que je vais y arriver. »

Luc : Dans ce cas-là on lui dit « saute » et l’affaire est vite réglée !

Manu : Bizarrement ce n’est pas ce qu’il fait parce qu’on peut supposer qu’il a bien, quand même, une conscience de ce qui va arriver, c’est une conscience commune, mais il y a des gens qui le suivent. Qu’est-ce qu’ils sont dans ce cas-là s’ils se jettent de l’immeuble ?

Luc : Des fous ou des fanatiques. Après, je pense que dans l’humanité c’est quelque chose d’assez fréquent. Tu as une réalité qui est socialement négociée, où tu as de l’illusion, où on va se raconter des choses, et c’est tout le temps, dans tous les aspects de notre vie et ça permet, en plus, de bouger les gens, donc ce n’est pas inutile. À nous écouter on pourrait croire que c’est vraiment caca et que c’est complètement nul, mais il y a énormément de choses qui se font par ce biais-là. Et si on n’a pas cette partie-là, on n’arrive pas à s’organiser ou très difficilement.

Manu : J’ai l’impression qu’on est tous dans une pièce de théâtre gigantesque, on a des rôles. Autour de la table, toi tu as le rôle de Luc, moi j’ai le rôle de Manu. C’est une forme de construction qu’on a faite avec le temps, sur laquelle on s’est mis d’accord et qui fonctionne assez bien. Tout ça, c’est un consensus, une pièce de théâtre. Trump et Boris Johnson sont partis sur un autre consensus, ils ont cassé ce qui existait un peu avant, en tout cas ils ont essayé. Bonne chance maintenant, c’est mis de côté. Il va falloir reconstruire des consensus, ça va être compliqué, peut-être même infaisable.

Luc : Un truc que j’avais trouvé rigolo, j’avais lu un article sur une étude qui avait été faite sur des violons et des joueurs de violon. Ils étaient allés dans un évènement où il y avait plein de très bons violonistes, des musiciens professionnels. Ils avaient fait tester, les yeux bandés, des violons à différents violonistes en leur demandant de les classer.

Manu : Il y avait des Stradivarius dans le lot ?

Luc : Oui. Il y avait des Stradivarius qui sont censés être les meilleurs violons, c'est censé être les violons qu’on n’a jamais réussi à égaler. Il y avait des violons très haut de gamme mais faits par de luthiers encore vivants. Les violons haut de gamme contemporains ont tous été préférés par les gens qui ne savaient pas avec quoi ils jouaient. Ça n’empêche que plein de gens expliqueront que si, tel violon est beaucoup mieux. Et ce sont des phénomènes qu’on va retrouver partout, tout le temps.

Manu : Donc des croyances qu’on construit, qu’on co-construit et effectivement on n’y coupe pas, ça fait partie de la société.

Luc : Si on parle un petit peu d’informatique, comme il y a beaucoup d’aspects de nos activités qui passent maintenant par l’informatique, derrière on a les logs, c’est-à-dire qu’on a des enregistrements de ce qui est fait. Du coup ça permet de confronter à des faits qui sont « qu'est-ce que j’ai dans les logs ? » Ça m’arrive au boulot. Le client qui dit : « Le logiciel a fait ceci cela ! »

Manu : Quand tu remontes dans l’historique.

Luc : On lui dit : « Tu as dû faire tel truc – Non ! » Et dans les logs, on voit bien qu’il a fait le truc en question, on lui dit : « C’est dans les logs ». Après il va dire : « Oui, mais les logs, ce n’est pas vrai ». Or, quand on est dans le métier, on sait que si c’est dans les logs c’est que ça a été fait.

Manu : C’est la donnée de référence. Quand on se confronte à plusieurs avis, plusieurs opinions, des gens qui vont énoncer des choses opposées, c’est effectivement intéressant de retomber sur une donnée de référence, je crois qu’on appelle ça parfois des golden records.

Luc : Oui. Dans un milieu encore un peu différent, notamment des gens qui vont gérer des systèmes avec des bases de données qui sont importantes et avec plusieurs bases de données qui se parlent. Typiquement, dans de grosses entreprises, on peut avoir plusieurs systèmes qui vont gérer, par exemple, la liste des employés et on veut, à un moment, se dire OK je vais fixer la référence et telle version c’est ma référence. Je connais des entreprises qui parlent d’« espace vérité », parce que c’est celui-là qu’on considère comme étant la vérité. On retrouve le côté conventionnel de la vérité dont tu parlais plus tôt.

Manu : On sait bien que c’est une problématique qui existe déjà depuis longtemps, mais comme tu dis, à un moment donné, on peut être confronté à des aspects qui ne sont pas prédits ou mal prédits par ces croyances et qui vont se retourner contre ceux qui croient en ces théories.
Ceci dit, moi je trouve que c’est quand même toujours intéressant d’avoir une petite partie de folie et que dans l’humanité il y ait des gens qui continuent à avoir des opinions complètement à l’encontre du reste. Si jamais il y avait un problème global, peut-être que ceux-là seraient les seuls survivants qui arriveraient à sortir l’humanité d’une déchéance complète. Imaginons, par exemple, un vaccin qui va tuer à six mois de distance tous ceux qui l’auront pris, j’espère bien qu’il y aura quelques personnes qui ne l’auront pas pris. Bizarrement, dans la plupart des cas, moi je vais prendre le vaccin, je n’en doute pas, mais je trouve que c’est intéressant qu’il y a ait petite portion de l’humanité qui garde ce grain de folie et qui se mette à part. Il faut juste que ce ne soit pas cette partie-là qui dirige le monde, parce que c’est quand elle dirige le monde là, pour le coup, on prend des risques.

Luc : Sauf que là ça devient une grande portion et pas une petite. Le truc qui est terrible dans l’humanité, dans le fonctionnement social, c’est qu’une société entière peut basculer dans le fantasme et suivre un programme complètement délirant.

Manu : On va voir pour le programme pour la prochaine semaine. On espère que le monde sera encore là.

Luc : Oui, c’est une hypothèse, je veux bien y croire. À la semaine prochaine peut-être.

Manu : À la semaine prochaine.

Contre les futurs sécuritaires, faites un don à La Quadrature

marne
, 26/11/2020 | Source : La Quadrature du Net



Futur et sécurité.

Nos dirigeants et leur armée d’industriels n’ont que ces mots à la bouche. Ils prétendent nous guider tels des prophètes vers ce futur auquel, paraît-il, on n’échappera pas, parce que ce serait pour notre bien. Ce futur qu’ils nous promettent c’est celui de la surveillance biométrique, des drones et des caméras partout.

« Expérimenter la reconnaissance faciale est nécessaire pour que nos industriels progressent » déclarait notre secrétaire d’État chargé du numérique. De toute façon, comme toutes les autres technologies de surveillance, « la reconnaissance faciale ne peut être désinventée » ; alors à quoi bon s’y opposer ?

Prétendre que le futur est tracé de manière immuable et nier son caractère politique, c’est le meilleur moyen de se dédouaner, de s’ôter la culpabilité de transformer nos villes en Technopolice, en laissant nos vies exsangues de libertés.

La Quadrature du Net refuse ce futur.

Nous nous battrons pour choisir notre futur. Nous nous battrons pour que les machines et techniques servent les habitants des villes et de la Terre. Qu’elles ne nous soient plus imposées, qu’elle ne servent plus à nous faire taire et à nous contrôler. Rejoignez-nous dans ce combat. Soutenez La Quadrature du Net.

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L’association ne touche aucun argent public, mais elle touche des subventions de la part de deux fondations philanthropiques, OSF et FPH, à hauteur de 25 % de son budget.
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En plus, le cumul de vos dons vous donne droit à des contreparties (sac, t-shirt, hoodie, etc.)

DE NOUVEAUX PALIERS POUR LES CONTREPARTIES

Les paliers qui donnent accès aux contreparties ont changé l’année dernière. Ils ont augmenté (c’est rarement dans l’autre sens…) pour s’adapter aux coûts de la fabrication et de l’expédition.
Dorénavant, il faudra cumuler 42 € de dons pour recevoir un piplôme, 64 € pour un sac (+piplôme), 128 € pour un t-shirt (+piplôme+sac), et 314 € pour un hoodie (+piplôme+sac+t-shirt).
Attention, l’envoi n’est pas automatique, il faut faire la demande sur votre page personnelle de donateur.
Et si les contreparties tardent un peu à arriver, ce qui n’est pas rare, c’est parce qu’on est débordé·es, ou qu’on attend le réassort dans certaines tailles, et parce qu’on fait tout ça nous-mêmes avec nos petites mains. Mais elles finissent toujours par arriver !
Merci encore pour votre générosité, et merci beaucoup pour votre patience <3

À QUOI SERVENT VOS DONS ?

Tout simplement à faire exister l’association. La Quadrature du Net emploie actuellement une équipe de six salarié·es à plein temps. C’est encore trop peu, pour tout le boulot à abattre. Quand on en parle avec nos collègues à l’étranger, l’étonnement est toujours le même : « Vous êtes aussi peu nombreux pour faire tout ça ? ». Oui, on est aussi peu nombreux, même en comptant les membres bénévoles, et non, on n’a pas le temps de s’ennuyer…
En 2020, vos dons nous ont permis de récolter 217 000 €. Nos dépenses pour l’année se montent à 195 000 €. Pour l’année qui vient, nous nous fixons un objectif de 240 000 € de dons, avec l’espoir de pouvoir embaucher une personne supplémentaire dans l’équipe.
Les dons recueillis servent principalement à payer les salaires des permanents (79 % des dépenses). Le restant couvre le loyer et l’entretien du local, les déplacements en France et à l’étranger (en train uniquement) et les divers frais matériels de l’activité militante (affiches, stickers, papier, imprimante, t-shirts, etc.).
Quand on ventile toutes les dépenses (salaires inclus) sur nos campagnes, en fonction du temps passé par chacun·e sur les sujets de nos luttes, ça ressemble à ça :

La 5G est-elle politique ? - elzen

mmorandi
, 26/11/2020 | Source : APRIL (Actualités)


elzen

Titre : La 5G est-elle politique ?
Intervenants : Emmanuel Macron, voix off - Christophe Michel, voix off - elzen
Lieu : Association Skeptikón
Date : 16 novembre 2020
Durée : 12 min 3
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo - Licence Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

elzen : Il y a quelques semaines, un membre de La Quadrature du Net1 est intervenu dans un évènement organisé à Lyon par le mouvement anti-5G.
Pour les gens qui ne la connaîtraient pas, La Quadrature du Net est une association de défense des libertés dans le contexte numérique. Elle se bat notamment contre les politiques de surveillance et a réussi à faire annuler quelques-unes des dérives liberticides de nos différents gouvernements. C’est à ce titre que l’association était invitée à cet évènement pour parler des problématiques de surveillance, liées ou non, à cette technologie.
Cependant, il se trouve que l’un des arguments d’opposition à la 5G que retiennent le plus ses partisans est celui du possible danger des ondes sur la santé. Les résultats scientifiques actuels montrant qu’il est très peu vraisemblable que les ondes utilisées par la 5G et d’autres technologies similaires présentent un quelconque danger à ce niveau, l’opposition à la 5G est donc perçue par toute une partie de la population comme une élucubration antiscientifique, d’autant plus que pas mal de spéculations complotistes font également la part belle à cette technologie.
Quand un membre de La Quadrature du Net, à l’occasion de cet évènement, a exprimé sur les réseaux sociaux le fait que, suite à de nombreuses discussions internes, l’association se positionnait plutôt contre cette technologie, il a donc fallu faire face à un certain nombre de réactions outrées qui associaient immédiatement cette position aux arguments antiscientifiques ou complotistes.
Bien que ces réactions aient pu, de loin, ressembler aux arguments que peut formuler la pensée critique contre tel ou tel discours, on en était, dans les faits, assez loin si l’on va voir dans le détail. Ça me paraît donc important de soulever quelques points à ce sujet d’où la présente vidéo.

Commençons d’emblée par une précision. Je ne m’exprimerai pas ici sur les raisons de fond d’être pour ou contre la 5G en elle-même. Ce qui m’interpelle ici est plutôt la construction d’un certain discours pro 5G qui a été développé à cette occasion et qui me semble particulièrement problématique.
La première chose qui me semble essentielle à souligner, parce qu’elle semble avoir été oubliée par pas mal de monde, est qu’il est possible d’être d’accord sur une conclusion générale en étant pour autant profondément en désaccord sur les raisons qui nous font arriver à cette conclusion. De la même manière, ça a d'ailleurs déjà été soulevé ici, qu’il est possible d’avoir raison pour de mauvaises raisons.

Christophe Michel, Voix off : Remarquez bien le fait que le raisonnement soit invalide ne garantit pas que la conclusion est fausse ; c’est peut-être faux, c’est peut-être vrai, on ne peut pas conclure. Beaucoup de gens pensent qu’ils ont démontré que la théorie de leur adversaire est fausse juste parce que des arguments invalides ont été utilisés. Mais on peut très bien avoir raison pour de mauvaises raisons.

elzen : C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je ne m’attarde pas davantage sur les multiples arguments fallacieux pro 5G que vous avez pu voir tout à l’heure. Leur intérêt dans le débat est, de toute façon, très limité. Bref !
Que La Quadrature du Net se positionne globalement contre la 5G, avec son angle de vue qui est la défense des libertés, ne signifie en aucun cas qu’elle soutient les arguments anti ou pseudo-scientifiques développés par les autres opposants, arguments qui sont, en fait, complètement en dehors de son champ d’analyse. Ce point est assez important parce que déclarer qu’on doit être soit pro 5G soit anti-ondes en général, eh bien ça relève du faux dilemme. Il s’agit de nier le fait qu’il puisse simplement exister d’autres raisons de s’opposer à une technologie que celles qui nous paraissent faciles à démonter. Utiliser consciemment ce type d’argument est assez malhonnête, mais il vaut mieux éviter de partir du principe que les gens en face de nous sont malhonnêtes.
En l’occurrence, il est beaucoup plus probable que les gens qui tenaient ce type de discours ne perçoivent réellement pas d’autre motif que la peur des ondes pour s’opposer à la 5G et c’est peut-être même ce qui fait le plus peur dans l’affaire. En effet, l’essentiel des critiques qu’a rencontrées La Quadrature du Net sur ce positionnement semblait reposer sur un principe simple selon lequel un progrès technologique serait forcément un progrès tout court. C’est ce principe que je voudrais fortement questionner aujourd’hui.

Les argumentaires ne manquent pas pour expliquer en quoi la 5G serait, selon ses défenseurs, un formidable progrès technique. Mais ils passent assez souvent sur les aspects politiques de la question et, de ce fait, ne répondent pas vraiment aux arguments avancés par La Quadrature du Net qui, eux, sont des arguments politiques.

Resituons les choses.
Le domaine de la politique c’est le domaine des choix que l’on doit faire pour organiser la société. Bien évidemment, il est préférable que ces choix s’appuient, autant que possible, sur les connaissances scientifiques et sur la technologie disponible à un instant donné. Ce sont ces données qui font qu’on a, ou pas, des chances d’arriver à nos objectifs. Mais ces données ne suffisent pas en elles-mêmes pour prendre une décision. Il est nécessaire de préciser quels sont nos objectifs.
Prenons un exemple classique. Le verre met 4 000 ans à se décomposer dans la nature. Si notre objectif est de retrouver notre lieu de pique-nique favori en bon état la semaine suivante, alors il est préférable de ne pas laisser traîner nos bouteilles qui se trouveraient toujours là. Mais, si notre objectif est au contraire de laisser une trace de notre passage pour que les générations futures puissent les retrouver et les analyser, alors il est préférable d’opter pour le verre par rapport à d’autres matériaux, comme le carton, qui disparaîtraient beaucoup plus vite.
La durée de décomposition du verre n’est qu’une donnée. Ce qui importe, ce sont les choix que nous allons faire en fonction de cette donnée.
Or, les technologies dont on choisit, ou pas, de se doter, ont une influence sur les choix que l’on est en mesure, ou pas, de faire. La technologie n’est donc pas aussi neutre qu’on pourrait le croire.
L’image habituelle est ici celle du couteau qui peut être employé aussi bien pour couper son pain que pour tuer quelqu’un. Dans les deux cas, ce sont les objectifs de la personne qui comptent et, si cette personne veut tuer des gens, ce n’est pas le couteau en lui-même le meurtrier. Bon ! Tout le monde sera d’accord là-dessus. Réfléchissons un peu plus loin que ça. Les couteaux sont très loin d’être les seuls objets tranchants dont nous disposons. Une épée, par exemple, est généralement encore plus efficace qu’un couteau pour tuer quelqu’un. En revanche, couper son pain à l’épée est quelque chose de beaucoup plus pénible. L’épée en elle-même n’est toujours pas responsable du fait qu’on l’utilise pour tuer des gens, mais avoir à sa disposition une épée ou un couteau change les actions qu’on va être en mesure de faire et faire le choix de prendre avec soi une épée ou un couteau conditionne beaucoup ce qu’on va pouvoir faire ensuite. En ce sens, la technologie dont on se dote n’est pas neutre.

On voit ici qu’il faut faire attention au sens des mots qu’on emploie car « neutre » peut avoir des tas et des tas de sens différents selon le contexte. La Quadrature du Net est ainsi une des grandes défenderesses de la neutralité du réseau, mais c’est une neutralité complètement différente.

Continuons à prendre les analogies habituelles et imaginons, en guise d’Internet, le réseau postal. Le but, dans les deux cas, est d’amener des paquets du point A ou point B. Ce que l’on appelle la neutralité du réseau ce sont les obligations que l’on donne au facteur : il ne faut pas ouvrir les enveloppes pour regarder à l’intérieur du paquet ; il ne faut pas non plus prioriser, c’est-à-dire décider que si c’est telle sorte de paquet ou pour telle destination, on va faire beaucoup plus ou beaucoup moins d’efforts que dans les autres cas. Le réseau est neutre au sens où tous les paquets sont traités à égalité.
Le fait qu’on mette en place un réseau neutre, eh bien ça n’est pas neutre. Ça donne la possibilité de construire une société dans laquelle tout le monde a droit à la parole à égalité, contrairement à d’autre sortes de réseaux, comme la télévision, où seule une petite minorité de gens a les moyens de s’exprimer.
Ça ne veut pas dire qu’on va forcément construire cette société-là, de la même manière que prendre un couteau ne veut pas forcément dire qu’on va s’en servir pour couper du pain, mais ça nous en donne la possibilité.

Dans ce contexte, la 5G est un des moyens dont on se dote pour relier les gens au réseau.
Si l’on reprend notre comparaison avec le réseau postal, ça peut représenter le fait de déplacer les colis par camion, tandis que l’Internet par fibre optique correspondrait par exemple au fait de déplacer les colis sur des rails avec un train. Globalement le résultat est le même, on transporte bien des paquets du point A au point B dans les deux cas. Mais, quand on regarde dans le détail, chaque technologie va avoir ses avantages et ses inconvénients. Le réseau ferré, par exemple, va être beaucoup moins souple. On ne pourra relier un point donné que si on a posé les rails qui vont jusque-là. Mais, d’un autre côté, la vitesse de transfert des trains et des camions ne va pas forcément être la même et le coût environnemental non plus. Il y a donc des choix à faire, des choix politiques sur la façon dont on va décider de relier les gens en fonction des différentes technologies à notre disposition.
Nous ne sommes pas passés des vieux trains à vapeur au TGV juste parce que les TGV étaient un chouette progrès technique. Nous y sommes passés parce qu’on a pesé les avantages et les inconvénients de la nouvelle technologie, sur autant de plans que possible, et qu’on a conclu que ça valait le coup de refaire une bonne partie des rails pour ça.
De la même manière, peut-être que les camions de cinquième génération sont un chouette progrès technique par rapport à ceux des générations antérieures, mais c’est très loin d’être la seule question à se poser à leur sujet.
Parmi ces questions à se poser, il y en a une qu’il ne faut surtout pas négliger : qui va prendre la décision ?
Si l’opposition à la 5G est parfois violente, c’est en grande partie parce que les gens ont l’impression qu’on leur impose quelque chose qu’ils perçoivent comme dangereux, peu importe qu’ils aient raison ou pas sur ce point, sans les avoir consultés. Or, la façon dont on construit la société – car les outils qui nous servent à communiquer sont ce qui nous permet de faire société, donc leur choix conditionne la façon dont on construit celle-ci – est une question qui nous concerne toutes et tous. Imposer la décision d’utiliser la 5G sans prendre en compte l’avis des gens c’est le contraire de construire une société égalitaire dans laquelle tout le monde a droit à la parole ; c’est le contraire de ce que des associations comme la Quadrature du Net essaient de construire avec l’Internet neutre qu’elles défendent, ce qui est déjà une raison politique tout à fait valable de ne pas être d’accord.

Certes, beaucoup d’opposantes et d’opposants à la 5G utilisent des arguments pseudo ou antiscientifiques et nous sommes d’accord sur le fait que c’est un problème. Mais, d’une part, ils ne sont pas les seuls ; quelques exemples m’ont ainsi servi d’illustration pour cette vidéo. D’autre part, il y a quelque chose qui me semble essentiel à garder en tête. Les personnes électrosensibles, par exemple, sont avant tout des gens qui souffrent. Il se trouve que nous savons que les raisons pour lesquelles ils et elles souffrent ne sont pas celles auxquelles ils et elles pensent puisqu’aucun lien avec les ondes n’a jamais pu être démontré. Mais savoir ça, ça ne les empêche pas de souffrir et se moquer de leur position ou les insulter n’a rien pour arranger la situation.

Emmanuel Macron, voix off : Évidemment on va passer à la 5G. Je vais être très clair. La France est le pays des Lumières, c’est le pays de l’innovation et beaucoup des défis que nous avons sur tous les secteurs se relèveront pas l’innovation. Donc on va expliquer, débattre, lever les doutes, tordre le cou à toutes les fausses idées, mais oui !, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas au modèle Amish et je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine.

elzen : Vous pensez réellement qu’atteindre le niveau de mépris auquel nous venons d’assister va faire progresser l’humanité ? Moi pas. On peut faire tellement, mais tellement mieux que ça ! Si vous prétendez utiliser les outils de la pensée critique au sujet de la 5G, ça pourrait être intéressant de commencer par utiliser la guillotine de Hume.

La 5G ne doit pas être utilisée juste parce qu’elle existe. Il faut se poser la question de ce qu’elle apporte et de ce que l’on veut faire avec. C’est cette question que la Quadrature du Net s’efforce de poser et pour ça, on peut les remercier.
On peut être d’accord, ou pas, avec leur conclusion, mais tâchons de le faire en connaissance de cause, en ayant réellement réfléchi aux arguments des uns et des autres. Réfléchir c’est plus efficace à plusieurs.

KLayout

R.B.
, 25/11/2020 | Source : Framalibre

Catégorie : Métiers - Tags : dao, CAO, 2d, dessin, électronique, design, circuit intégré, GDS, OASIS

KLayout permet de visualiser des fichiers de type .GDS et .OASIS ainsi que de les éditer. Il est destiné à la réalisation de masques pour la fabrication de circuits intégrés ou d'autres microdispositifs. Il possède également des fonctions avancées comme une vérification automatisée du respect des règles de dessin (DRC) ou le travail avec des cellules paramétrisées.

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